16/05/2017

D'Emmanuel Macron aux patients-experts - Les (bonnes) mutations en médecine et en politique

 

Le nouveau président français a été influencé par les idées du philosophe Paul Ricoeur dont il a été l’assistant. Dans un article paru au moment de l’élection (1), Michel Eltchaninoff relève que pour Macron, tout aussi éloigné du modèle ultralibéral que du collectivisme uniformisant, l’enjeu n’est pas d’apporter la même chose à tous, c’est de fournir à chacun ce dont il a besoin. Il pense que « la politique consiste à donner aux personnes la capacité de développer leurs potentialités » et préfère, s’agissant d’une ligne de conduite, l’équité à l’égalité à tout crin.

« Je ne crois pas, dit-il, que la politique doive promettre le bonheur, car elle ne peut tout régir ou tout améliorer. Elle doit plutôt permettre à chacun de trouver sa voie, de devenir le maître de son destin. Considérant ce qui précède en pensant aux buts de la médecine, je trouve frappantes les analogies. Mettez médecine à la place de politique et cela marche (cela « colle »). Le médecin ne peut tout régir, il est là pour permettre aux patients qui le consultent de développer au mieux leurs potentialités (cas échéant celles qui leur restent), d’être mieux maître de leurs choix (même si ces derniers sont limités).

Dans le dernier bulletin de l’Ordre national français des médecins, on trouve un texte du Prof. Jean-François Delfraissy, nouveau président du Comité consultatif national d’éthique (CCNE). Il a vécu de près l’épopée du sida depuis son émergence au début des années 1980 : « Nous avons été une génération de jeunes médecins faisant face à quelque chose de radicalement nouveau : il n’y avait plus d’un côté ceux qui savaient et de l’autre le malade. Il y avait des patients acteurs de leur santé et soutenus par des associations [non-médicales]. Du jamais vu.» Comme médecin cantonal, j’ai vécu intensément cette période. De ce phénomène de désécurisation d’une médecine d‘abord impuissante a découlé une évolution comparable à ce que le président français veut aujourd’hui en politique. Delfraissy à nouveau : «  La dimension technique de notre métier est essentielle mais il reste incomplet si nous ne sommes pas capables d’écouter les personnes et plus largement la société civile. » 

Macron ne veut pas voir le citoyen comme un administré mais comme un acteur à part entière. On a actuellement dans la pratique médicale et des soins un même mouvement, mettant l’accent sur le partenariat entre soignés et soignants et sur la décision partagée.

Autre développement : en France, des Universités des patients (UDP) (3) se sont mises à former des patients-experts : des malades chroniques qui, forts de leur expérience (que l’université ambitionne de transformer en expertise), mettent ce vécu au profit d’autres malades (s’agissant de diabète, sclérose en plaques, insuffisance rénale, cancers…). Celle de Paris a été la première, en 2010, puis sont venues Marseille et Grenoble. La formation ouvre aux patients-experts des possibilités de se réinsérer socialement et professionnellement.

Un conseil de Macron en conclusion : « Nous sommes comme recroquevillés sur nos passions tristes, la jalousie, la défiance, la désunion [qu’il voudrait remplacer par] les grandes passions joyeuses, par la liberté, le savoir, l’universel ». On lui souhaite de réussir.

 

1.Article de M. Eltchaninoff. Journal Le Point, Paris, 27 avril 2017, p. 46-48.

  1. « Le simple patient a sa place dans la réflexion éthique ». Médecins (Bulletin de l’Ordre national des médecins, Paris), mars-avril 2017, no 48, p. 32.
  2. « Patients-experts, vers un nouveau métier ? ». Médecins, no 48, p. 8-9

 

 

 

 

09/05/2017

Stratégie énergétique - La pesée d'intérêts inadéquate de Philippe Roch

 

Philippe Roch, ancien directeur de l’Office fédéral de l’environnement, est une figure respectée de ce pays. A propos de la votation du 21 mai toutefois, il a pris une position qui stupéfie ceux qui pensaient l’avoir de leur côté. Il importe de mettre en évidence le caractère étriqué de son raisonnement.

S’agissant de voter, on ne peut dire « oui mais » ou « non mais » ; après une large pesée d’intérêts, il y a lieu de s’engager pour la position la plus pertinente. Or, Ph. Roch refuse un projet qui à ses yeux affaiblit la préservation de la nature - se faisant l’allié de milieux qui ne veulent pas entendre parler de dérèglement climatique ni d’épuisement des ressources non renouvelables. Sa position « rousseauiste», d’une nature en quelque sorte distincte de la vie de la communauté humaine, fait penser à cette formule lue récemment : « Quand l’Homme aura pris totalement possession de la Terre, de la façon dont il le fait en ce moment, il n’y aura plus rien à posséder ». Quand milieu, climat et monde vivant auront été tellement altérés par la production-consommation effrénée, que restera-t-il des éléments esthétiques qui préoccupent - de façon disproportionnée aujourd’hui – M. Roch ? De plus, à défaut de la Stratégie 2050, que pense-t-il des dégâts à la nature par la persistance du nucléaire et l’importation d’électricité produite à partir de charbon ?

La nature est pour nous comme pour lui un grand pilier de ce que nous apprécions dans l’existence, mais une certaine myopie alarme. « First things first », disent les Anglo-Saxons - il faut établir des priorités. Aujourd’hui, il faut sortir du fossile et du fissile (nucléaire) et il est impératif de diversifier nos manières d’obtenir l’énergie. Donc voter oui le 21 mai.

 

 

 

 

02/05/2017

"Des repères pour choisir" - Présentation

Pour les personnes intéressées, ci-dessous le lien qui vous permet de télécharger une présentation de mon modeste ouvrage:

+FICHE-Martin-19.3. 17.pdf