05/10/2017

Le Prix Nobel Jacques Dubochet, un « Grand-parent pour le climat » militant

 

Notre canton et notre pays se sont réjouis hier de ce que le Vaudois pur jus qu'est Jacques D. reçoive le Prix Nobel. Il s’est acquis ce mérite suprême pour son activité scientifique mais, comme cela a été relevé, c’est aussi un citoyen engagé dans sa commune, en toute simplicité (ses amis morgiens rappelaient qu’il a été homme sandwich lors de campagnes électorales - il faut le faire). Amoureux de la nature, il est aussi très préoccupé par les défis environnementaux.

Dans ce registre, intéressant de savoir qu’il est un militant  actif, avec son épouse Christine, de la lutte contre le dérèglement climatique, problème planétaire majeur - un des plus graves. En particulier au sein du mouvement des "Grands-parents pour le climat” - voir le site de l’association www.gpclimat.ch. Entre autres, le couple Dubochet était  présent à la COP 21 de Paris il y a deux ans, défilant en portant haut la bannière des GPclimat…

Bien encourageant pour ceux qui se préoccupent de la qualité de vie de nos enfants et petits-enfants - en voulant qu’ils aient un monde encore « vivable » - de bénéficier de soutiens engagés de ce niveau !

Extraits d’une lettre d’hier de la co-présidente des « Grands-parents » :

Cher Jacques,

Je me fais la porte-parole des membres de l’association en t’adressant nos plus vives félicitations à l’occasion du prix Nobel de chimie que tu viens de recevoir. En écrivant, j’entends ta conférence de presse, tissée de félicitations adressées à d’autres, de reconnaissance envers l’université et d’humour (j’ai contribué à “inventer l’eau froide” !).

Les GPclimat n’y sont évidemment pas pour grand-chose, mais ils sont extraordinairement fiers de te compter parmi eux. De telles récompenses font encore plus plaisir quand elles sont attribuées à des savants modestes, généreux et amusants.

Je suis certaine que tu ne nous oublieras pas. Amicales pensées de nous tous et RESPECT. 

 

 

29/09/2017

Soins palliatifs –"Mourir est un art"...

 

L’association Curaviva avait son Congrès « Personnes âgées » à Montreux les 19 et 20 septembre. Gros succès d’audience. On y a entendu  des conférences plénières d‘orateurs connus comme Micheline Calmy-Rey et le cuisinier de renommée mondiale Anton Mosimann.

Une session m’a particulièrement intéressé, intitulée « Sterben ist (k)eine Kunst » (mourir est/n’est pas un art). Les responsables de deux institutions y ont présenté leurs pratiques en matière de soins palliatifs et de fin de vie. J’évoque ici des éléments apportés par la directrice de la Erlenhaus, de Engelberg (OW). Son institution héberge 50 résidents et doit assumer le décès, chaque année, de 40% d’entre eux environ. Cela représente à l’évidence un défi pour les soignants.

Dans son propos : Notre action est basée sur la relation, en tenant compte des ressources et intérêts de chacun et de la vie en commun dans la maison - conformément à notre devise « En sécurité pendant la vie – en sécurité au moment de mourir ». L’équipe de la Erlenhaus s’efforce par exemple de trouver, avec les patients, l’occasion de revisiter leur histoire personnelle et ce qu’ils vivent dans la maison.

Elle a souligné l’importance des rituels. Il n’est pas question (comme cela a pu être le cas dans le passé) de traiter une mort au sein de l'EMS de manière aussi discrète que possible voire à la sauvette. « On sort par la grande porte », dit-elle, décrivant comment a été institué un cérémonial particulier à la sortie du cercueil de la maison, en présence du personnel. Une réunion a lieu aussi avec les résidents, pour parler du disparu et de ce que son départ suscite chez chacun(e).

Beaucoup d’attention est porté aux proches ; on leur offre même le petit-déjeuner au lendemain du décès - on est dans une communauté rurale, avec sa vie locale et ses caractéristiques, où tout le monde se connait.

La formation en soins palliatifs  de tous les acteurs est fondamentale. Elle est inspirée par le principe « Accompagner dans la vie et dans la fin de vie est notre activité centrale ». Formation où il s’agit de débattre d‘attention à l’autre, d’appréciation et de prise en compte des valeurs (les siennes et celles des autres). La dimension spirituelle y tient une place.

Enfin, à propos de travail interdisciplinaire : ce qui se passe autour et avec un patient ressemble à la vie d’un orchestre, avec de multiples intervenants, chacun jouant sa partition. Et l’oratrice relève que, dans la mesure du possible, c‘était le patient lui-même qui devrait être le chef d’orchestre – pour ce qui le concerne, les professionnels ayant pour but de lui permettre de l’être !

 

 

13/09/2017

Chercher à faire revivre des espèces disparues ?

Les potentialités qu’apportent les avancées de la science alimentent nombre d’idées nouvelles voire de fantasmes Dans cet éventail, un supplément du Hastings Center Report américain (1) est consacré à une problématique concernant la nature – ou la Création : tenter de faire revivre des espèces éteintes ?

La biodiversité diminue rapidement - on parle de la disparition de 150 espèces par jour (parmi lesquelles, selon eux, certaines disparaissent avant même d’avoir été identifiées, cataloguées !). Même si au cours de l’évolution il y a toujours eu émergence d’espèces nouvelles et extinction d’autres, il est pour le moins souhaitable que cet appauvrissement soit freiné. L'idée est attrayante en soi de « ressusciter » des espèces disparues . Parmi les animaux d’une certaine taille, on citera l’aurochs, le grand pingouin, le vison marin, le dodo de l’Île Maurice, le tigre de Tasmanie.

Question : quelle devrait être la position des « conservationnistes » (militants de la protection des espèces) dans ce débat ? Donner leur aval éthique aux efforts de « dé-extinction » ou, dans l’optique de ne pas interférer indûment avec la nature telle qu’elle est aujourd’hui, s’y opposer ? L’Union internationale pour la conservation de la nature (basée à Gland) a émis en 2016 un document de principes formulant des règles à suivre, selon les cas, pour en décider.

Intéressant de se demander sur quelles raisons on se baserait pour choisir les cas qui « méritent » d’être ramenés de l’extinction. On pourra ne pas vouloir ressusciter des espèces considérées comme nuisibles, mais qui décidera du caractère nuisible, sur quels critères ? Modifier certaines espèces pour les rendre utiles (à qui ?) ; les réorienter dans leur écosystème ou dans un écosystème différent ? Qui sait si alors elles pourront y (re)trouver leur place ? Pour prendre des exemples qui jouiraient d’une certaine sympathie chez de vieux enfants comme moi, nostalgiques de romans situés dans la préhistoire, on pense au mammouth (2).

Débats éthiques ardus en perspective. Réfléchir à la question souvent posée actuellement : s’agissant de la vie, l’Homme est-il une créature ou un créateur, ou les deux ? Discuter de la dignité accordée aux espèces vivantes non humaines, éteintes ou existantes ; de ce qui serait manipulation motivée par hubris « scientifique » ou désir légitime de maintenir voire recréer de la biodiversité.

Et je n’aborde même pas les financements nécessaires. Combien d’argent consacrer à « ressusciter » des espèces animales, végétales voire humaines… (tribus disparues du Nouveau Monde ??), plutôt que chercher les voies et moyens de soulager les problèmes de violence et de guerre, de faim et d’aliénation de ceux qui vivent ici et maintenant…

 

1.Hastings Center Report, July-August 2017, vol. 47, Supplement S2.

2.voir l’ouvrage de Beth Shapiro « How to clone a mammoth – The science of de-extinction», Princeton University Press, 2015.