26/03/2007

Benjamin Franklin, "Le Premier Américain" - et qui me convient bien!

Reçu récemment « The First American – The Life and Times of Benjamin Franklin » (1706-1790); ouvrage de H.W. Brands, professeur d’histoire à la Texas A&M University (Anchor Books/Random House, 2002). Somme de plus de 700 pages « serrées », excellemment écrites. Exemple des dimensions fascinantes de l’histoire et du genre biographique, à propos d’une des « lumières » qui ont éclairé notre partie du monde (on était au siècle des Lumières mais je parle ici de Franklin lui-même,  comme d’un véritable phare). Enfant de Boston, dans une famille nombreuse, il travaille avec un grand frère imprimeur, puis s’enfuit à 17 ans pour Philadelphie, échappant aux obligations rigides du statut d’apprenti. Laborieusement, non sans difficultés récurrentes, il y trouve des jobs chez des imprimeurs qui - comme aujourd’hui encore, même si cela est en diminution - étaient aussi les rédacteurs de journaux et auteurs de publications diverses (almanachs par exemple) et les commercialisaient. Franklin est un autodidacte passionné, notamment en matière de philosophie et littérature, de vie civile et politique, de sciences naturelles.
Sur l’incitation du Gouverneur de la Pennsylvanie qui lui propose l’impression des documents officiels (souvenons-nous toutefois qu’on est alors dans un monde modeste, quasiment rural, très « pionnier » à beaucoup d’égards – rien à voir avec ce qu’est devenue la Côte Est des Etats-Unis), Benjamin traverse pour la première fois l’Atlantique, à 19 ans – il fera au cours de sa vie, avec des fonctions et statuts bien différents, six fois l’aller et retour ! –,  pour l’Angleterre afin d’acheter de nouvelles presses. Les promesses du gouverneur ne se concrétisent en rien ; sans ressources, il doit rester à Londres durant deux ans ; imprimeur toujours, découvrant les plaisirs et les vicissitudes de la grande métropole.
Retour à Philadelphie, il y fait une longue et belle carrière, professionnellement et civiquement. Il poursuit ses intérêts littéraires, fondant la American Philosophical Society, et développe des activités scientifiques, s’intéressant à tout, au Gulf Stream, à tant de sujets dans la nature (en particulier l’électricité - chez nous, une des seules choses souvent qu’on sait de lui est qu’il est l’inventeur du paratonnerre). Il  est en 1776 membre du Comité qui rédige le projet de la Déclaration d’indépendance des Etats-Unis ; il fera aussi partie du Congrès continental qui élaborera la Constitution du pays. Président de la Pennsylvanie, il est une des personnalités les plus prestigieuses et écoutées du pays. Dans la dernière partie de sa vie, il sera pendant près de dix ans « Premier Commissaire » des Etats-Unis en France, jouant un rôle majeur afin de promouvoir et maintenir l’aide de la France, qui a été déterminante dans les premiers temps – menacés - de l’indépendance américaine
Témoin, diplomate, savant, philosophe, commerçant, inventeur et bon vivant, Franklin a été, de multiples points de vue, le « premier Américain », celui qui a inventé la notion de nation américaine. A ce propos, une chose revient souvent dans la narration de H.W. Brands : une constante de l’action de Franklin était de rechercher les justes milieux, d’élaborer les solutions les mieux adaptées à la situation de sa communauté (locale ou nationale) et aux intérêts des différents groupes en son sein. Inutile de dire (voir la note mise sur le présent blog le 24 mars sur le bipolarisation en politique) que cette position de fond me réjouit beaucoup. Aujourd’hui comme outre-Atlantique au XVIIIe siècle, elle est  susceptible d’amener sur un mode non polémique, sans constantes guerres et « guéguerres »,  les évolutions requises dans des collectivités bénéficiant de notre héritage socio-politique.

21:50 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0)

24/03/2007

La bipolarisation est une manière de faire de la politique, mais ce n'est pas la meilleure

Ce matin 24 mars sur la RSR l, intervention de Jean Charles, qui chaque samedi pose une question aux auditeurs. Il s’agissait de la bipolarisation en politique - notamment à propos de la montée de François Bayrou dans certains sondages, dans la perspective de l’élection présidentielle chez nos voisins. Avec la réaction de tel correspondant disant vivement sa conviction que c’est le seul régime qui vaut, mais aussi d’autres commentaires se référant au ras-le-bol, chez beaucoup de Français, lié à  l’opposition ritualisée et sempiternelle entre socialistes, d’une part, bourgeois et libéraux d’autre part.
La règle chez nous est celle de la collégialité, avec des gouvernements qui forment équipe – pas toujours sans difficultés cela va sans dire. Même si elle n’est inscrite dans aucun texte légal et si elle est mise à mal actuellement au Palais fédéral, il est clair que cette règle nous a bien servis. « On  ne gouverne qu’au centre », selon une formule souvent citée. Cela donne lieu à une vie politique moins « brillante » et moins bruyante, moins théâtrale, que celle où s’affrontent constamment deux blocs. Mais cela assure une meilleure gestion publique et n’empêche en rien d’avoir aussi une vision, de mettre en place une stratégie. Une majorité doit bien entendu concrétiser une ligne politique correspondant aux objectifs qu’elle a présentés aux électeurs ; mais ceci tout en étant respectueuse d’un équilibre, des intérêts légitimes de la minorité, sans jamais l’humilier. A propos de doctrine et pratique centristes, commentaire de l’historien Olivier Meuwly, il y a quelque temps, à propos du philosophe et politologue Raymond Aron (1905-1983) : "Les régimes occidentaux, dit Aron, par leur nature, appellent l’élaboration de compromis dans le respect de la loi, dans la mesure où ils tendent à une réglementation pacifique des conflits".
 Au quotidien, par la persévérante recherche d’un consensus suffisant, on arrive aux solutions acceptables pour le plus grand nombre. Ce faisant, on n’obtiendra pas l’aval de minorités extrêmes… Tout en respectant le fait qu’elles existent et ce qu’elles voient comme leur vocation, j’observe que, le plus souvent, elles sont pour tout ce qui n’est pas faisable et contre tout ce qui est faisable… En pratique, guère efficace. Ici, il faut souligner qu’il n’y a évidemment aucune fatalité qui ferait que le centre politique est forcément un « marais », une plaine morte !  C’est au contraire le lieu des échanges les plus fructueux. On y prend le risque de s’exposer à d’autres influences, plutôt que d’en rester à la proclamation d’affirmations simpl(ist)es, dogmatiques, telles qu’on les entend trop dans les réunions partisanes des inconditionnels de positions présentées comme immuables ; de fortes idées trop souvent fausses parce qu’éloignées de la réalité et de ses besoins.
Actualité oblige… S’agissant du second tour de l’élection du Conseil d’Etat, dans une semaine, je suis de ceux qui souhaitent voir confirmée une équipe avec une majorité de centre-droit, pour poursuivre l’action qui a été celle de la dernière législature. Dans le sens de la promotion de l’initiative et de la prise de responsabilité de chacun et tout en assurant une vraie solidarité. A ce propos, pour prendre l’air, parcourir  la « balade » en compagnie de Pascal Broulis à quoi nous convie 24 Heures de ce jour. Pascal Broulis qu’on verrait bien prendre la présidence du gouvernement cantonal pour les cinq ans à venir.
Nos sociétés montrent de multiples fossés et « fractures », dont les média sont les commentateurs quotidiens et dont certains vont croissant. Il est impératif de parvenir à concilier dynamisme privé et maintien d’une convivialité forte. Modestement, cela se fera certainement mieux, au mieux, par une action d’essence réformiste que par les stridences de la bipolarisation.

10:34 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0)

23/03/2007

Eugénisme, subjectivement (doctrines) et objectivement (pratiques)

Il y a peu, deux étudiantes du secondaire supérieur ont demandé à me voir dans l’optique du travail de maturité qu’elles préparent sur les bébés-médicaments (design babies). Ce qui nous a fait parler de plusieurs sujets, dont le diagnostic préimplantatoire qui examine, lors d’une démarche FIVETE (« bébé-éprouvette »), l’embryon que l’on envisage d’introduire dans l’utérus de la femme, afin de détecter d’éventuelles anomalies. Une de leurs questions a été : « A votre avis, est-ce que ces techniques relèvent de l’eugénisme ? ». Interrogation et préoccupation majeure sans doute. A propos de quoi il faut apprécier les réalités que recouvrent les termes et comment des pratiques quotidiennes peuvent correspondre à des mots très impopulaires (les « mots du Mal », si est permise cette analogie audacieuse avec l’empire du Mal d’un Président U.S. heureusement en fin de mandat).

Sociétalement, eugénisme est un « mot du Mal ». Il y a le propos fou des Nazis, il y a toutes les formes de purification ethnique. Mais, dans la pratique médicale (chez les gynécologues, pédiatres, généticiens… et autres) et si on considère les directions intensément poursuivies de la recherche, il paraît clair que beaucoup concourt à améliorer la « qualité » (merci de ne pas prendre ombrage du mot) des enfants qui naissent et des jeunes et adultes qu’ils deviendront. Promouvoir leur « qualité » intrinsèque afin d’augmenter leur qualité de vie. On s’emploie assidûment à diminuer et si possible supprimer les troubles/handicaps des personnes. Eugénisme ? On pourra dire que l’argument dépend de la définition adoptée : « théorie et méthodes visant à améliorer le patrimoine génétique des groupes humains », selon le Larousse. Il est vrai que le médecin praticien s’adresse à des individus. Mais, en général, n’est-il pas  prêt à mettre son action préventive à disposition de tous les patients ou familles qui le consultent ? Et un certain nombre de personnes, cela fait un groupe humain. Alors ? Le concept général est repoussant, absolument ; mais quid de l’eugénisme au niveau familial, dimension importante de la médecine actuelle ?
 

Des confrères éminents, français notamment, émettent de graves inquiétudes à cet égard. Va-t-on vers une discrimination des personnes handicapées ? (dont on pourrait dire - de manière perverse - que leurs parents n’ont pas fait ce qu’il fallait pour éviter leur naissance… ?!). J’ai été rendu conscient il y a une vingtaine d’années déjà de ce que certains des efforts médicaux visant à éviter la naissance d’enfants présentant des troubles/handicaps de départ posaient problème aux associations de personnes concernées et suscitaient chez elles des réserves. Je respecte ces réserves compréhensibles, fondées sur des valeurs de non-discrimination que nous partageons tous. Mais, ici, qui définira la/les limite(s) entre les affections qu’il est légitime de chercher à prévenir, voire à éradiquer, et celles qui ne devraient pas l’être (pas du tout, ou selon les cas) ? Qui freinera les scientifiques et les parents/familles qui les sollicitent? Impressionnante problématique dont l’étude démontrera, une fois de plus, que l’éthique c’est à propos de limites et de « Comment faire pour bien faire dans les situations-limites ? ».

17:18 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0)