01/04/2007

Etrange, étranger...

 

1. Ces deux mots ont le même fondement étymologique. Compréhensible que, à des époques où les voyages étaient peu fréquents, bien difficiles, dangereux, on ait peu vu chez soi de contemporains exotiques. J’ai eu la chance de passablement voir le monde, et ai toujours admiré celles et ceux qui l’ont fait dans des conditions tout autres que durant la seconde moitié du XXe siècle.

 

2. Relu ces jours Ella Maillart. Cette femme est vraiment quelqu’un(e), avec cette fantastique soif de découvrir. Pour finir par trouver que « Il ne faut pas chercher la paix immuable dont nous avons soif dans le monde relatif qui nous entoure (…) cette paix est en nous, dans la partie de nous-même qui dépasse le monde relatif ». Après tant de périples, « une notion, un goût de l’essentiel accompagnaient la plupart de mes instants et les complétaient » ; « cela ne me fait rien de ne rien savoir, car je suis presque entièrement libérée de moi-même » (dans les dernières pages de « Croisières et caravanes », Payot, 1995). J’ai un souvenir vif de son exposé lors du Noël de la Policlinique médicale universitaire de Lausanne, il y a une quinzaine d’années, évoquant comment, finalement, elle avait « trouvé son Réel ».

 

3. Cette belle parenthèse fermée, parler un peu d’étrangers et de nos rapports avec eux. Personnellement, je suis subjectif et durablement marqué par le fait que, au cours de huit ans de travail outremer au début de ma carrière, puis  à  de nombreuses occasions ensuite, j’ai toujours trouvé tellement enrichissants les contacts avec des gens d’ailleurs, ou venus d’ailleurs. Oser s’ouvrir, ne pas juger ce qui semble « étrange ». Se souvenir qu’aucun comportement social ou culturel n’est dénué de sens, même si celui-ci n’apparaît pas au premier abord ou a l’air déraisonnable, désorienté.

 

4. Nos concitoyens juifs vivent chez nous depuis des centaines d’années et ne sont donc pas des étrangers. Reste que, selon le sondage de l’institut GfS dont parlent les journaux d’hier samedi, ils suscitent encore des fantasmes péjoratifs dans l’esprit de trop d’autres Suisses. La persistance des ces préjugés, après tant d’exactions commises à leur égard dans de multiples endroits et sociétés au cours des siècles, m’a toujours laissé perplexe, scandalisé, désemparé quant à ce qui peut l’expliquer - malheureux de penser qu’il y a là le besoin si fréquent de désigner des boucs émissaires (intéressant en passant de se souvenir qu’un des régimes qui a le moins mal traité les Juifs a été l’Empire ottoman, après qu’ils aient été maltraités et souvent chassés d’Europe occidentale par des souverains chrétiens – à recommander à ce propos l’excellent « La Senora », de Catherine Clément).

 

5. D’où le besoin de rester très attentif aux manifestations de racisme et d’antisémitisme dans notre société ; par la parole et l’action de chacun refusant l’intolérance et la discrimination,  par des associations comme la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA), dont j’ai l’honneur de présider la section vaudoise.

 

6. Souligner ici l’importance de donner aux faits et aux choses leur juste place, en évitant des exagérations - dans quelque sens que ce soit. Je n’ai pas lu jusqu’ici le rapport sur la Suisse de M. Doudou Diène, rapporteur spécial de l’ONU sur le racisme, personnalité dont je pense qu’il fait preuve de courage. Mais je crois aussi qu’il faut considérer les propos de Thierry Meyer en page 20 de 24 Heures du 31 mars : « Qui prétend aujourd’hui que le racisme n’existe pas en Suisse, que la xénophobie n’y a pas cours ? Personne, si ce n’est quelques esprits obscurs. Mais (…), loin des slogans électoralistes de tel ou tel parti qui ne se préoccupe d’intégration que lorsqu’une affaire criminelle défraie la chronique, il existe une Suisse majoritaire qui œuvre à préserver un intégration mariant l’adoption des us et coutumes du pays d’accueil et le respect des origines ». Cela aussi est vrai (je pense par exemple à une autre association dont je suis proche, Appartenances, oeuvrant dans plusieurs villes sur Vaud et Genève).

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