02/04/2007

Etrange, étranger (II)

 

 

Intégration : J’ai évoqué hier plusieurs facettes de nos rapports avec les étrangers ou ceux qui, sans être d’ailleurs, sont vus comme « étranges ». Un sujet qui préoccupe beaucoup le monde politique et civil en Suisse et dans d’autres pays est celui de l’intégration. La presse ces jours s’est faite particulièrement l’écho de la possible obligation de cours de langues pour les étrangers, notamment ceux nouvellement arrivés. Le Conseiller fédéral Blocher vient de présenter des projets d’ordonnances d’application des lois sur l’asile et les étrangers, qui prévoient, sur plusieurs points, des règles plus strictes qu’aujourd’hui. Par ailleurs,Bâle-Ville et son responsable de l’intégration Thomas Kessler retiennent l’attention.

 

Il ne s’agit pas d’être dogmatiquement contre, s’agissant d’obligations qui seraient fixées pour les personnes arrivant dans notre pays. En général, je suis attaché à la notion d’un « contrat social » incluant pour chacun des droits et des devoirs. Et je peux partager l’appréciation de Sylvie Arsever, observatrice perspicace de notre société : « Si l’on peut envisager avec quelque crainte les conséquences d’une obligation trop stricte de résultat (dans le cadre de mesures d’intégration), sur le statut notamment des familles, aucune raison de principe convaincante ne s’oppose à une obligation de participation ».

 

Cela étant, il importe comme toujours de ne pas être simpliste, les solutions ne seront évidemment pas trouvées du côté des seuls immigrants. La Suisse – quand bien même elle n’est pas la seule – peine à prendre la mesure des évolutions que nous vivons et dont nous devons être des acteurs plutôt que les jouets. Selon Sandro Cattacin, professeur de sociologie à l’Uni de Genève, notre pays n’a pas encore compris le changement majeur de la société contemporaine, devenue pluraliste, mobile et urbaine ; la différence a sa place dans les grandes villes, on y accepte l’autre, mais c’est dans les (autres) agglomérations qu’un travail doit être fait – de différentes manières et à divers niveaux, public comme privé, cantonal et fédéral mais aussi et surtout local. A relever l’activité réjouissante, dans un sens d’acquisition de compétences et de convivialité, des commissions communales qui existent dans passablement de communes (Moudon, Morges, Renens, etc.). A noter aussi la désignation le 22 mars dernier de la nouvelle coordinatrice vaudoise en matière d’intégration des étrangers et de prévention du racisme, Magaly Hanselmann.

 

Naturalisation par les urnes: La commission concernée du Conseil national a formulé le 30 mars à une voix de majorité – suite au ralliement de quelques non-UDC aux thèses populistes - un préavis favorable à l’initiative demandant que la naturalisation puisse être accordée par vote populaire. Alors qu’il est suprêmement impopulaire dans ce pays de mettre en doute la sagesse du peuple souverain, pourquoi une telle initiative est-elle dangereuse et doit-elle être écartée ? C’est que, dans les grandes localités en particulier, l’électeur serait amené à se prononcer sans avoir une connaissance adéquate de ce dont  il s’agit, de qui il s’agit, et pourrait être indûment influencé par des généralisations en rapport avec le pays d’origine des candidats par exemple. Une telle façon de faire serait en contradiction avec le droit international que notre pays a ratifié – et on ne peut pas tout d’un coup décider de ne plus appliquer ce droit parce qu’il nous défrise. Je crois importante la formule qui dit que la liberté ne vaut que par les limites qu’on lui met. Le vote populaire à tout propos est un bon modèle à plusieurs conditions : 1) si chacun est en mesure, sans que cela soit trop difficile, d’assimiler véritablement les enjeux liés à son vote ; 2) si l’abstention n’est pas trop répandue ; 3) si la société n’est pas trop hétérogène (raison pour laquelle, par exemple, il ne faut pas non plus élire le Conseil fédéral au suffrage universel) ; 4) si chacun incorpore un sens civique partagé, comprend et est prêt à accepter les contraintes de la liberté, de la responsabilité et de la solidarité.

 

Or, il est probable, dans ce pays en ce moment, qu’on pourrait obtenir au suffrage universel des majorités pour voter des textes en contradiction claire avec les droits de l’homme dont la promulgation est l’honneur de la démocratie moderne. Ceci tout en célébrant un dogme de l’infaillibilité de la volonté populaire sur quoi nous endoctrinent les papes nationalistes. Au nom duquel on pourra substituer la loi de la rue à l’Etat de droit… ? Je ne souhaite bien sûr pas l’abandon en bloc de nos spécificités en matière de prérogatives du souverain et de suffrage universel. Mais il faut une réflexion sur les limites raisonnées qui doivent exister, en particulier pour éviter des situations susceptibles d’attenter aux droits des personnes. Ainsi dans l’éventualité où l’acquisition de la nationalité suisse par tel ou tel serait rendue dépendante d’un vote populaire, excluant la possibilité de recourir contre le possible caractère inique de cette décision.

16:07 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)

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