04/04/2007

Les jeunes se préoccupent de bioéthique - Ils ont raison!

Au cours des dernières semaines, trois équipes de deux jeunes du Gymnase de Morges m’ont demandé de les rencontrer dans le cadre de la préparation de leur travail de maturité : relativement gros boulot impliquant des recherches bibliographiques, des entretiens, de la rédaction bien sûr…  Quelques thèmes généraux sont proposés par l’établissement, l’un d’eux est cette année la bioéthique. Qui a été choisi me dit-on par 25 élèves à Morges, formant 13  équipes.
Pour moi, qui n’ai guère entendu parler d’éthique durant mes études, il y a plus d’une génération il est vrai, et qui ai été amené durant ma carrière à m’en préoccuper vivement et de plus en plus, par penchant personnel et compte tenu de ma fonction de médecin cantonal, il est bon de voir nos jeunes concitoyens s’y pencher avec attention et sérieux (cela lui fait toujours  plaisir aussi - vous verrez ! - quand on laisse penser à un retraité qu’il peut encore servir à quelque chose).
Le champ actuel de l’éthique de la médecine et de la santé est très large : début de la vie, y compris procréation médicalement assistée et interruption de grossesse, fin de vie, y compris soins palliatifs, assistance au suicide et euthanasie, contrainte dans les soins, recherches génétiques et sur l’embryon, des aspects des neurosciences, parmi d’autres. Mes interlocuteurs avaient choisi respectivement les « bébés-médicaments » (designer babies), les modifications génétiques et la  transgénèse humaine, les cellules-souches et leurs possibles applications. A chaque fois, (mais il est vrai que je me laisse parfois  emporter dans explications et digressions !), nous avons parlé longuement, sur la base d’un catalogue de questions que ces filles et garçons avaient préparées.
J’ai été impressionné par une vraie étendue de leurs connaissances, biologiques et quant aux enjeux éthiques actuels. L’espace ici ne permet pas d’aller dans le détail  (je fournirai volontiers aux lecteurs intéressés le texte de publications sur mes propres questionnements). Parmi les sujets que nous avons évoqués :
1)      la vie a-t-elle un caractère sacré ou, plutôt, faut-il considérer qu’elle doit être respectée, toujours, sans qu’il s’agisse de la sacraliser ? (je me rallie à la seconde option),
2)      l’embryon est-il une personne humaine dès la conception/fusion  de l’ovule et du spermatozoïde ? Je ne le pense pas ; ainsi que d’autres l’ont dit, il s’agit alors plutôt d’une potentialité de personne humaine, qui s’affirme et se définit progressivement par la suite.
En rapport avec ce qui précède : l’immense difficulté, constante, quasi-obsédante pour ce qui me concerne, est que, dans les processus biologiques à propos desquels il s’agit de porter des appréciations, il n’y a nulle part un « saut » clair, une « marche d’escalier » manifeste qui rendrait simple de déterminer « Oui, jusque-là on peut aller et au-delà c’est inadmissible », « Oui, jusqu'à ce point il s’agit de recherche scientifique et de tentatives thérapeutiques de bonne foi, qu’on peut encourager, plus loin nous nous mettons véritablement à jouer à Dieu,  au mépris du respect que nous nous devons et de la dignité humaine ».  Ce que cela rappelle vivement, c’est que l’éthique c’est toujours à propos de limites (qu’on nous demande de poser, au mieux ou au moins mal). Un livre de 1995 du professeur genevois Eric Fuchs sur l’éthique a pour titre « Comment faire pour bien faire ? ».
J’ai aussi mentionné les deux grandes tendances parmi ceux qui sont dans des démarches  philosophiques et éthiques. Les déontologistes pour qui l’application de certains principes catégoriques est impérative (à la limite, même si les conséquence de cette application peuvent être considérées comme regrettables) et les conséquentialistes, ou utilitaristes, pour qui la nature des effets de la détermination ou de l’action doivent être considérés. Les premiers sont plus absolus, les seconds parfois relativistes… Personne n’a tout à fait tort et personne n’a complètement raison… mais c’est un sujet qui nous emmènerait trop loin aujourd’hui.

16:28 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0)

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