11/04/2007

Edouard Zarifian, psychiatre français partenaire des patients

Celles et ceux qui se préoccupent de santé mentale, et en particulier d’un véritable partenariat dans le domaine des soins psychiatriques, entre soignants d’une part, et patients et leurs proches d’autre part, ont éprouvé au début de cette année une perte majeure en la personne du Professeur Edouard Zarifian, enseignant à la Faculté de médecine de Caen, décédé prématurément à l’âge de 66 ans.
J’ai eu le privilège d’être durant six ans, jusqu’en 2006, son collègue au sein du Conseil scientifique de la Caisse nationale française d’assurance-maladie des travailleurs salariés (CNAMTS), mandat au cours duquel nous avons beaucoup échangé et  développé de vifs sentiments d’amitié (il passait quand il le pouvait dans la région de Morges où il avait des proches – grand connaisseur des vins, il appréciait aussi ceux de notre région !).
Le Prof. Zarifian était une de ces personnalités qui se démarquent du modèle du grand patron paternaliste à l’ancienne mode. En Europe latine particulièrement, la profession médicale comme les enseignants universitaires n’ont pas toujours pour l’instant effectué adéquatement l’évolution qui demande de considérer le patient comme un partenaire à part entière, qui d’une manière générale est le mieux à même de juger ce qui est bon pour lui - ou pas. Je réalise bien sûr que cette affirmation mérite d’être modulée dans le domaine de la santé mentale, notamment en ce qui concerne les situations aiguës, mais elle doit être gardée à l’esprit.
Zarifian s’était acquis une large audience, y compris dans le grand public, par ses ouvrages publiés par Odile Jacob, notamment Les jardiniers de la folie (1988), La force de guérir (1999), et Le Goût de vivre (2005). Extrait de la présentation de La force de guérir : « Au-delà de tous les traitements et de toutes les techniques, aucune guérison n’est complète si ne s’instaure au cours des soins et après ceux-ci, entre le malade, ses proches et son médecin, une relation humaine particulière, véritable alchimie fondée sur la parole ». Et de celle de Le goût de vivre : « Face à la souffrance qui accompagne tant d’événements de l’existence, c’est le goût de vivre qui nous permet d’aimer, de soulager. C’est l’échange de paroles qui fait de nous des humains ».
Au reste, qu’on ne se trompe pas : il ne s’agit en aucune manière ici de contester les compétences strictement professionnelles du médecin et des autres soignants, mais d’insister sur le fait que c’est une démarche conjointe, qui accorde au patient les droits de parole et de co-décision qui sont les siens, qui est la mieux susceptible de promouvoir la guérison - ou pour le moins la meilleure évolution possible. Par son enseignement, par sa pratique, par ses livres, Edouard Zarifian a illustré cette approche moderne accordant à chacun, patient, proche ou collègue, le respect et l’écoute qu’il mérite. Il importe bien sûr que cet héritage soit cultivé et propagé par d’autres.

10:05 Publié dans Médecine | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.