12/04/2007

Europe, "rêve lucide" nécessaire


 Je sors d’entendre, dans un grand auditoire - plein - de l’Université de Lausanne, l’exposé de José Manuel Barroso, invité par la Fondation Jean Monnet (dont l’animateur a été longtemps Henri Rieben récemment décédé) et le Centre européen de la culture (initié par Denis de Rougemont), à l’occasion du cinquantenaire du Traité de Rome. Présentation solide, intéressante, souriante, d’un Président de la Commission européenne qui ne veut pas que les europhiles, où qu’ils soient, deviennent eurodépressifs.

 

Le Président Barroso, et à cela chacun je veux croire peut se rallier, a souligné que le monde a besoin de l’Europe et de ses valeurs, au premier rang desquelles la liberté et la solidarité. Jean Monnet disait déjà « Nos pays sont devenus trop petits pour le monde moderne ». C’est l’évidence même si, le nez sur nos suissitudes incomparables, nous peinons à la reconnaître. L’orateur a évoqué la manière dont l’Union fait front aux problèmes liés à la mondialisation, s’attaque en ce moment aux défis du réchauffement climatique et de la politique énergétique parmi d’autres. Engagements formalisés il y a peu dans la Déclaration de Berlin. Il souligne que, contrairement à ce que certains allèguent, la considération, le respect, dont jouit la Communauté auprès des autres grands ensembles (USA, Russie, Chine, Inde, Japon) ne fait que croître. On craignait à sa naissance que l’euro ne soit une monnaie faible, on la trouve aujourd’hui trop forte…. Pertinemment, Barroso refuse que l’Europe devienne le bouc émissaire de politiciens qui entendent distraire l’attention du public de leurs problèmes nationaux. En stigmatisant clairement « les chimères simplistes et populistes et la tentation du repli nationaliste » (sur ce dernier point, nous autres Suisses pouvons aussi en prendre pour notre grade).

 

S’agissant du travail de la Commission, il s’agit de « donner à l’Europe la capacité d’agir, d’utiliser pleinement la dimension européenne » ; ceci à l’intérieur et vis-à-vis de l’extérieur. A été évoqué le besoin d’une diplomatie étrangère européenne active et énergique (qui était prévue dans le Traité constitutionnel refusé par deux membres, France et Pays-Bas). Suite aux avatars dudit traité, la Commission a mis l’accent sur l’« Europe des résultats », les avancées de ce demi-siècle - y compris des dernières années. Ces faits devraient suffire à contrecarrer la théorie du déclinisme, un certaine crisophilie (sic)…  L’Europe reste un projet enthousiasmant, avec des réalisations qui le démontrent. En rapport avec ce qui est décrit comme la pesante techno- et bureaucratie bruxelloise, son autoritarisme, Barroso cite le philosophe Peter Sloterdijk disant que l’Union est le premier Empire non impérial de l’histoire. Et de réaffirmer l’importance du principe de subsidiarité, appliqué avec constance (ce qui doit être fait l’est au niveau le plus simple/bas/périphérique où il peut être réalisé de manière appropriée).

 


Les questions posées à l’orateur incluaient bien sûr son appréciation de la position suisse actuelle ; il a fait état du respect et de l’amitié portés à notre pays. Pour faire court, sa formule la plus parlante a été que, effectivement, la Suisse donnait l’impression (ou voulait être) un « dernier village gaulois », mais ceci alors qu’aucune troupe romaine autour de lui n’a d’intention de l’attaquer ! A méditer (dans tous les cas, s’il y a une chose que les plus acerbes opposants helvétiques à l’Union doivent admettre, c’est qu’elle n’a pas besoin de nous). Et Barroso d’ajouter que l’objectif majeur de l’Europe est d’ « apporter de la valeur ajoutée dans le respect des identités ». Difficile de trouver but qui devrait mieux convenir à la Suisse…

 

Au terme d’un exposé convaincant et pragmatique, l’auditeur à Dorigny reste devant l’incongruité que la Suisse romande héberge des institutions qui valorisent ceux qui ont inspiré une Fédération européenne alors que le milieu – notamment au plan civique – apparaît de plus en plus réticent pour ne pas dire opposé. Les plus grands pays de l’Union eux-mêmes, selon Barroso, ne sont pas de taille à affronter seuls la société de demain. Alors, nous ? Vocation de Monaco ou de Bahamas ? Tristement, certains le voudraient. Dans ce contexte un rien désabusé, des rayons de lucidité voire de lumière (l’orateur a évoqué à un moment le besoin d’un rêve lucide) : comme la prise de position le 10 avril de la Conférence des gouvernements cantonaux, et la certitude il y a quelques jours à la radio romande de Charles Kleiber, Secrétaire d’Etat à l’éducation et la recherche, pour qui l’adhésion est certaine, indispensable, à terme. Occasion de citer la devise du réformateur Jan Hus au XVe siècle (dont le pays a rejoint récemment l’Union !) « La vérité finit par vaincre, mais si tard ».

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