24/05/2007

Préparer l'avenir - ou pas?

Le nouveau Grand Conseil entrant en fonction le 1er juillet (je n’en ferai plus partie - déçu mais je m’en remettrai) aura à traiter un sujet qu’il faut discuter. Nous vivons dans un monde très fluide, avec des évolutions déboussolantes auxquelles il importe de ne pas répondre comme l’autruche mais de pré-voir. Le Conseil d’Etat l’a évoqué dans un exposé des motifs récent mettant en musique la Constitution cantonale de 2003, en référence à son art. 72 qui dit « Dans le but de préparer l’avenir, l’Etat s’appuie sur un organe de prospective ». Il indique que le Constituant exprime la volonté que les autorités anticipent les problèmes, relevant que la prospective est une discipline en soi, visant « l’élaboration d’un scénario probable du futur, à long terme, qui n’est pas une simple extrapolation du présent… ».

 

Le but fixé à l’organe de prospective était d’identifier les évolutions sociales, scientifiques, économiques, politiques, philosophiques et d’en rendre compte. Où le Conseil d’Etat fait un pas très surprenant, c’est quand il dit son intention de proposer au peuple l’abrogation de l’article 72 ! Personne bien sûr ne dispute le fait que la stratégie, la vision à moyen terme - au moins - est une tâche de gouvernement (« voir loin, commander court » selon l’adage militaire). Mais on sait aussi combien est lourde la charge de nos Ministres, qui comme tous les politiques vivent sous pression constante des péripéties - parfois futiles - de l’urgent alors que l’important peut rester en rade. Le Conseil d’Etat a mon estime mais il n’échappe pas à ce phénomène. C’est dire qu’il devrait se féliciter de ce que la Charte fondamentale prévoie un appui compétent, à distance de la tension quotidienne, avec pour mission de suivre les grandes tendances et de lui soumettre, dans une réelle indépendance, des évaluations fondées, critiques - voire des signaux d’alerte.

 

 Bien sûr, un canton a peu de prise sur ce qui se passe au plan international. Objection admise, une démarche prospective au niveau de la Suisse occidentale voire au-delà est souhaitable (« les défis du long terme se posent de manière analogue à l’ensemble des collectivités, non à une seule », dit le Conseil d’Etat). Reste que les cantons gardent d’importantes prérogatives propres et que rien n’empêche Vaud de donner l’exemple, comme il a eu des occasions de le faire dans le passé.

 

Ce qui laisse songeur, c’est le message que passerait le Conseil d’Etat vis-à-vis du souverain, qui ne se passionne pas forcément pour certaines distinctions fines, avec sa proposition : il aurait l’air de tourner le dos au besoin, pour voir loin, de s’assurer les aides nécessaires à la décision. L’article 72 a le mérite certain de dire explicitement ce besoin - ce n’est pas du tout  négligeable – tout en étant une disposition très ouverte quant à  la forme et au statut de l’organe prévu. On veut croire que notre nouveau Gouvernement aura mieux à faire que de déplacer les électeurs dans une démarche contre-productive - l’abrogation envisagée - qui créerait la confusion dans les esprits.

 

PS : Il est intéressant, sur la même thématique, de relever que la Fondation du 450e anniversaire de notre Université entend organiser cet automne, avec l’UNIL, une réunion sur le thème « Vivre ensemble dans l’incertain ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

10:16 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)

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