06/06/2007

Expérience(s), fruits...

 

  

Depuis des années, je cite la formule « L’expérience est la seule chose qui ne s’apprend pas dans les livres ». Il m’a semblé au cours du temps qu’il y a là du vrai ; chacun dans sa ligne ou sur ses créneaux, personnels et professionnels, fait avec l’âge son bagage d’expériences, nourri de réussites, d’échecs et d’autres circonstances qui n’ont été ni l’un ni l’autre. Ce qui fait que, vis-à-vis de collègues, de proches, d’enfants, on estime être crédible en disant « Si j’en juge par ce que j’ai vécu, fait, observé, je peux dire ceci… ». Même au-delà de l’âge de 50 ans, je me suis demandé s’il y avait de la suffisance dans le fait ainsi de « prodiguer ma science »… Parfois peut-être mais, en général, j’ai été de moins en moins « inconfortable » dans les circonstances où j’étais amené à donner un avis fondé sur mon parcours. 

 

Avis discordant : « La lumière que donne l’expérience est une lanterne de poupe, qui éclaire seulement les vagues qui sont derrière nous » (Samuel T. Coleridge). Et, lisant récemment l’excellent Alexandre Jollien (La construction de soi, Seuil, 2006), je trouve « L’expérience ressemble à un peigne qui ne sert qu’aux chauves » (Jollien cite sans toutefois reprendre à son compte). Alors ? L’expérience, c’est ce qui devrait servir mais quand on n’en a plus besoin ? A rapprocher de « L’expérience, c’est le nom que chacun donne à ses erreurs » (Oscar Wilde)? Ou de « Ce fruit tardif, le seul qui mûrisse sans devenir doux » (Barbey d’Aurevilly).

 

A propos de fruits : en février dernier, j’ai été invité à intervenir devant un Groupe d’aînés de ma région sur le thème « Entrer dans la retraite : le temps de cueillir les fruits mûrs ». J’y ai affirmé que les seniors ne sont pas inutiles, qu’il importe qu’ils passent plus loin les enseignements engrangés durant leur existence. Ceci toutefois (y être attentif !) sans donner dans le paternalisme ou le moralisme. A la fin de la réunion, j’ai eu cette remarque : « Oui, vous, avec ce que vous avez vécu, vous pouvez parler de ce que les anciens apportent, mais cela ne vaut pas pour ceux parmi vos auditeurs qui sont des gens simples dont l’existence n’a rien eu de particulièrement remarquable »… J’espère – et je crois – que cette dame se trompait. Souvenons-nous que nous avons tous eu dans notre enfance et notre jeunesse des personnes qui, aussi modestes aient-elle été, restent des références (parents, grands-parents, enseignants, d’autres).

 

A propos de fruits encore, récemment sous la plume d’un confrère senior le Prof. G. Abraham, psychiatre enseignant : « Si nous, les anciens, faisions notre devoir d’information, si nous avions le courage de parler aussi des difficultés dans notre jeunesse, nous (verrions) que la vieillesse (peut) se présenter comme l’âge le plus important de la vie. Pas tellement celui des semailles mais plutôt l’âge de la récolte ».

Ainsi, je crois que l’expérience cela existe et qu’il est possible d’en faire profiter d’autres. Il est vrai que, comme pour beaucoup de choses et particulièrement  dans une époque mouvante, il n’y pas là de garantie, et que c’est un instrument - ou un capital – dont on peut faire des usages de qualités diverses. Il vaut la peine de s’attacher à en trouver le bon usage !

 

16:32 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0)

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