27/06/2007

Secouante trajectoire liée à la maladie mentale - Un livre prenant!

 

 

Dans une vie de soignant, il n’est pas rare de ressentir qu’on n’est pas aussi utile au patient qu’on pourrait l’être parce qu’on peine à « se mettre à sa place », qu’on ne comprend qu’incomplètement sa souffrance. Deux ouvrages publiés chez Labor et Fides sont précieux à cet égard. Pas seulement pour les médecins, infirmières et  autres professionnels de la psychiatrie mais aussi à beaucoup de ceux qui oeuvrent dans ce qu’on appelle la relation d’aide : médecins de premier recours, psychologues, travailleurs sociaux, médiateurs, aumôniers, responsables d’institutions. Et ils intéresseront vivement ceux qui dans le grand public se préoccupent de la vie de l’esprit, de ses fluctuations et désordres.

 

 

Le premier est Doués de folie, dont je parlerai dans un prochain billet.

 

L'autre, Quotidien, mon amour, décrit l’extraordinaire parcours psychique et humain de Diana Dillmann, Genevoise, qui écrit à visage décourvert si je peux dire. Histoire d’une quinzaine d’années d’évolutions vives (c’est un euphémisme), pas rarement chaotiques, d’une psychose maniaco-dépressive. Comédienne, musicienne, elle a fait des études de lettres, est à l’aise dans les arts graphiques; le lecteur ne manque pas d’être impressionné par les plusieurs facettes de ses compétences artistiques. Elle a connu sa première casse psy à l’âge de 28 ans et les troubles y relatifs se sont étendus, de manière quasi continue à certaines époques, durant les années suivantes. Avec une vingtaine d’hospitalisations, à Genève et ailleurs, parfois volontaires, souvent pas. Des passages discutant les formes de contrainte en milieu psychiatrique intéresseront particulièrement les professionnels du domaine.
                              
Quotidien, mon amour est fait pour l’essentiel d’un journal tenu entre octobre 2004 et mai 2006, tout en incluant de nombreux flashbacks sur les périodes antérieures. Récit que j’ai envie de dire formidable, au sens fort du terme, sur une vie aux prises avec des souffrances et troubles multiples, typiquement psychiques ou alors physiques (migraines, vomissements et autres manifestations digestives, …). Le lecteur n’échappe guère à l’impression d’être - lui aussi - pris dans un maelstrom existentiel, un tohu bohu qui coupe le souffle ! Il faut relever notamment les virées, les fugues sans crier gare, à Paris, à Milan, à St-Cergue (cette dernière déjà contée dans Doués de folie), marquées par la manie - voire l’érotomanie, évoquée dans la transparence - dans les transports, dans la rue, à l’hôtel, dans les grands magasins. On ressent dans ces périodes labiles, aiguës ou subaiguës, une incertitude majeure sur ce dont demain sera fait… Les choses ne se passent pas trop mal aujourd’hui, cette semaine, mais ensuite, d’ici quelques heures… ? Cela, et d’autres aspects du récit, ont frappé le personnage désespérément rationnel, « non papillonnant », qui rédige ces lignes.

 

Véritable leçon de vie. On comprend mieux comment beaucoup de (grands) artistes ont été largement en dehors des limites de la norme au plan psychique - que cela ait été ou non étiqueté pathologique. Le  témoignage de Diana Dillmann est très  fort, assurément inhabituel, marqué par l’intensité, l’originalité, la créativité - dans la vie et l’écriture ; par la capacité de faire toucher du doigt des expériences majeures de glissements et « explosions » psychiques.

 

 

Référence :  D. Dillmann, Quotidien mon amour, chez Labor et Fides (Genève), Collection Ecrivains du réel, 2006.

 

 

 

 

 

 

 

 

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