20/08/2007

Qualité des soins aigus: évaluer ce qui importe

Pas question de dire que seul est important ce qui peut être  quantifié, notre vie est influencée par de nombreux facteurs non aisément mesurables. Toutefois, il y a indéniablement un besoin d’évaluer objectivement la qualité des soins médicaux. Encore faut-il mesurer ce qui est pertinent. S’agissant de résultats récemment publiés, ne pas se tromper : de tels sondages donnent une idée de la sympathie accordée aux hôpitaux, à ne pas confondre avec une évaluation précise. Notre étude « ne permet aucunement de juger de la qualité des soins», dit le directeur de Comparis.

 

Distinguo majeur ! C’est surtout de la qualité objective des prestations que public et responsables du système devraient être informés. Aujourd’hui, la durée moyenne de séjour en soins aigus est de l’ordre d’une semaine. Si une ambiance aimable et une proximité - y compris socio-culturelle - sont bien sûr souhaitées, on attend d’abord de ces quelques jours l’excellence technique (pas examinée par l’étude évoquée, que pourtant on a voulu faire dans des hôpitaux avec unité de soins intensifs…). Or, s’agissant d’évaluer ces aspects « techniques », on est actuellement loin du compte, même si des programmes sont mis en place – notamment sur la base de modèles développés en Suisse par une équipe universitaire lausannoise, on peut le noter.

 

De longue date, consommateurs et politiques, parmi d’autres, demandent une meilleure estimation de la qualité des soins. Mais on ne s’est guère pressé… Qui se montre enthousiaste quand on lui propose de soumettre ce qu’il fait à examen, alors que le respect traditionnel porté à sa pratique ne faisait l’objet d’aucune mise en cause ? Les professionnels ont mis du temps à intégrer qu’« on a le droit de poser n’importe quelle question à n’importe qui », y compris au médecin ou à l’hôpital - et ceci sans qu’il faille y voir une critique ou une marque de méfiance. Il est vrai que, en vue d’obtenir des chiffres crédibles, il existe des obstacles. Exemple: les hôpitaux universitaires sont sans doute ceux qui, statistiquement, ont la mortalité intra-hospitalière la plus élevée, parce que les cas gravissimes, chez des malades fragilisés, leur sont référés. Attention donc de ne pas tirer de conclusions de données trop brutes (par contre, un décès dans un établissement qui pratiquerait surtout la médecine/chirurgie esthétique doit interpeller).

 

J’ai pu déplorer dans ma fonction antérieure de médecin cantonal des situations où le brio du verbe de confrères très sûrs d’eux-mêmes tenait lieu de preuve de la qualité des soins - qu’aucune donnée solide ne permettait de juger. Prime au meilleur vendeur…!? Les patients méritent mieux. Pour se distancer du flou artistique, il est impératif d’étendre et de faire connaître les efforts faits dans le sens de véritables évaluations, par des programmes à la méthodologie adéquate, qui pourront déboucher sur un « guide des hôpitaux » même si la comparaison avec Gault et Millau froisse certains. Ceci tout en souhaitant que des sondages « impressionnistes » ne distraient pas trop l’attention.

 

 

22:34 Publié dans Médecine | Lien permanent | Commentaires (0)

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