30/08/2007

Rationnement des soins - Effets d'annonce et réalité du terrain


 On a parlé ce mois de « qualité des hôpitaux », selon l’étude d’un groupe lié aux assureurs-maladie (voir l’inclusion au présent blog du 20 août dernier). Le 28 août, une réunion sous les auspices de l’Académie suisse des sciences médicales mettait en évidence la problématique du possible rationnement des soins en milieu hospitalier.

 

C’est là un sujet dont il importe de parler. Notamment parce que, si tout le monde est favorable à et insiste pour la rationalisation dans les soins, visant l’efficacité et l’efficience, le mot rationnement lui apparaît tabou - rappelant  notamment, pour les plus anciens chez nous, le spectre des coupons de la Deuxième Guerre mondiale. Toutefois, il convient examiner la question avec un peu de recul. Pour ma part, j’ai souvent argumenté que, en réalité, dans la pratique quotidienne des professionnels au lit du malade, il est bien difficile, pour ne pas dire plus, de distinguer toujours aisément la rationalisation souhaitée du rationnement rejeté.

 

Au delà des discours selon quoi ces choses ne sauraient exister dans une société civilisée, il faut voir quelles pressions majeures sont constamment exercées sur les dépenses sanitaires. Ces pressions ont leur légitimité mais, comme toutes les choses acceptables en soi, elles ont aussi leurs dérives.

 

Bertrand Kiefer, rédacteur de la Revue médicale suisse (Genève), est un de ceux qui s’attache semaine après semaine à désigner les démarches discutables des financeurs du système qui tendent à altérer la qualité des soins, humainement et techniquement. Extraits de son Bloc-notes d’hier, sous le titre « Manœuvres idéologiques » :

 

A propos de la récente étude Comparis : « Scientifiquement, cette enquête ne vaut pas grand’chose. Ses biais sont évidents : interroger les patients est un moyen peu fiable pour déterminer la sécurité des établissements. Et rien ne peut être affirmé sans pondérer les résultats : si les hôpitaux universitaires sont les plus mal cotés, c’est qu’il prennent en charge les cas les plus graves et complexes ».

 

Puis il évoque un article de deux médecins du Centre de gériatrie du Bas-Valais, sur la perception qu’ont les personnes âgées des coûts médicaux qu’elles induisent. Il s’avère qu’une majorité (57%) de ces patients pensent ne pas mériter l’agent qui leur est consacré : ils estiment que « les soins médicaux de leur groupe d’âge coûtent trop cher à la collectivité ». Surprenant, pour le moins… D’où peut leur venir ce sentiment ? D’une ambiance de stigmatisation des malades qui n’appartiennent pas au « bon groupe » (celui des jeunes consommateurs se prenant en charge). C’est ce que répondent les auteurs de l’étude. Préoccupant, non ? On peut voir dans ces observations, pour une part, une conséquence de la manière dont une mouvance politique assène à tout propos le slogan « Stop aux abus ».

 

Cela dit : efficacité et rationalisation, oui. Mais aussi, s.v.p., solidarité, horizontale (entre gens qui ont des moyens matériels très différents) et verticale (intergénérationnelle), humanité, convivialité ! Comme toujours, il est essentiel de trouver un équilibre, un juste milieu, qui permette de fournir à ceux qui ont aujourd’hui besoin de l’aide d’autrui, par des mécanismes collectifs mutualisants et sans les culpabiliser, les prestations nécessaires.

08:39 Publié dans Médecine | Lien permanent | Commentaires (0)

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