24/09/2007

Vaccin contre le cancer du col utérin - Bravo à ceux qui s'engagent!


 

 

On apprend ce jour que le Valais a décidé de l’offrir à l’ensemble des adolescentes du canton (sympathique interview du Dr Georges Dupuis, médecin cantonal, au journal de midi et demi sur la RSR 1). Je rappelle qu’il s’agit d’un vaccin contre le HPV (virus du papillome humain, sexuellement transmis, responsable du cancer du col utérin), disponible depuis peu. Il est très efficace mais coûte cher, environ Fr. 700.-. Genève a été le premier, il y a quelques semaines, à annoncer qu’il allait le prendre en charge.

 

Au plan national et sous réserve de bonne surprise, on risque de voir se rejouer les valses-hésitations habituelles - un délai est toujours bon à prendre pour les payeurs. D’autant plus qu’il s’agit d’une mesure préventive – pas une urgence politique -, à propos de quoi on réentendra peut-être les déclarations orientées selon quoi tout cela peut rester du domaine de la responsabilité individuelle. Qu’il faut de temps et d’efforts renouvelés pour faire passer une perspective de santé publique !

 

Dans tous les cas, bravo à nos deux voisins pour leur célérité, dont on espère qu’elle inspirera d’autres autorités sanitaires.

21/09/2007

Tests génétiques pour candidats à l'immigration ?...

Nouvelle de France qui vient de retenir l’attention de nos média. Une loi introduirait la possibilité de tests ADN pour assurer, en cas de regroupement familial, que les personnes concernées ont bien un lien biologique. Extrait d’une pertinente prise de position qui fait l’objet d’un article dans Libération du 18 septembre 2007 :
« Selon la loi actuelle en France, les tests génétiques ne sont utilisables qu’à des fins médicales ou de recherche scientifique, ou après une saisine judiciaire […] Or, selon l’amendement voté, les autorisations à un regroupement familial pourraient se fonder sur des tests de filiation biologique. […] Si les parents qui souhaitent légitimement un tel regroupement peuvent payer - environ 1 000 euros - le test génétique, ils auraient leurs documents en règle plus facilement, bien qu’exclusivement pour les ­enfants du même sang qu’eux.
En France, les législateurs ont souligné l’importance du fait que le lien de filiation ne pouvait en aucun cas se réduire à sa ­dimension biologique. L’importance de ce principe est évidente lorsque l’on songe aux enfants adoptés ou aux familles recomposées. Ce principe cesserait-il d’être important pour ceux qui ne sont pas nés en France ? Le droit à vivre en famille, reconnu par la Convention européenne des Droits de l’homme, serait-il réservé aux Français ou à ceux qui ont les moyens de payer des tests génétiques, présentés avec une hypocrisie certaine comme non-obligatoires, mais qui deviendraient vite indispensables ? »
Intéressant, non ? D’un point de vue psychosocial notamment, on ne peut que se rallier aux préoccupations ci-dessus quant au caractère très discutable, en réalité choquant, de réduire la famille à sa dimension biologique. De plus, voilà qui est fort susceptible de donner des idées à d’autres, y compris à notre très « patriotique » Département fédéral de Justice et Police. S’agissant de déraper dans des démarches ou allégations à caractère xénophobe, il apparaît par les temps qui courent que la créativité ne connaît guère de limites…
Pour le médecin qui écrit ces lignes, et qui se penche de longue date sur les aspects éthiques et légaux du métier, une telle initiative rappelle les désastres personnels et sociaux que peuvent causer l’utilisation sans discernement de tests génétiques. Je me souviens en particulier d’une conversation avec le Prof. Jean Bernard, grand monsieur de la médecine et de l’éthique en France durant des décennies, décrivant les destructions sans retour de la vie de familles, et de l’amour mutuel en leur sein, consécutives à la découverte (par un test) que tel garçon ou fille n’était pas l’enfant du père qui l’élevait depuis toujours. Sur le nombre de telles situations, il n’y a guère de statistiques précises, pour des raisons évidentes. Mais les estimations crédibles disponibles indiquent 5 à 10%. Donc, dans chaque classe d’école, un ou deux élèves ne sont pas les enfants biologiques de leur père légal (indépendamment bien sûr de toutes circonstances connues de famille recomposée ou d’adoption).
Une fois de plus, s’agissant d’initiatives comme celle évoquée ici, « Bonjour les dégâts »…

 

 

14:15 Publié dans Ethique | Lien permanent | Commentaires (0)

18/09/2007

Prescription de cheval pour la survie de la planète?

 

 

 

J’étais il y a quelques jours à Zurich, pour la Conférence annuelle de l’Association européenne des centres d’éthique médicale, rassemblant des spécialistes de toute l’Europe. La prise de position à cette occasion de Richard Nicholson, rédacteur en chef du Bulletin of Medical Ethics, auteur réputé, a le mérite d’interpeller. S’exprimant sur le thème « Justice et changement climatique », il a affirmé :

 

« Si nous nous efforçons de réduire l’importance du changement climatique et de réduire le nombre de morts humaines qui en résulte (morts qui seront de manière très majoritaire dans les pays en développement), le principe de justice exige que les pays riches procèdent aux plus grands changements dans leurs modes de vie. Ces derniers toucheront chaque élément de notre existence et demanderont  des modifications majeures dans la mise à disposition de services de santé. Mon exposé entend montrer que, grosso modo dans les 20 ans à venir, les pays riches devraient envisager de :
-         fermer tous les hôpitaux et s’en remettre uniquement aux soins de premier recours,
-         cesser les efforts visant à prévenir les épidémies, dans la mesure où ces dernières représentent la manière la plus simple et la moins douloureuse d’arriver à la nécessaire réduction de la population mondiale,
-         mettre hors la loi toutes les méthodes de procréation médicalement assistée, puisque plus de monde est le pire qui puisse arriver.

 

Le paradoxe apparent est que plus nous nous attachons à maintenir en vie des humains individuels, plus il devient probable que l’espèce humaine ne survivra pas. »

 

C’était une réunion scientifique tout à fait sérieuse… Il est certain toutefois que le Dr Nicholson s’est laissé aller à un certain humour (cynique) britannique - et pas dans le sens de ce qu’on appelle British understatement -  à savoir euphémisme. Cela étant, aussi provocant que soit son propos, préfigurerait-il caricaturalement certaines des choses qui nous attendent?