25/11/2007

Drogues: du bon sens, pas des croisades !

 

Une étude de l’équipe du prof. P.-A. Michaud, du CHUV, suscite une nouvelle poussée des controverses à propos du cannabis. Les idéologues s’en donnent, semant plus de bourrasques que de clarté et peinant une fois de plus à comprendre que la vie et les choses ne sont jamais simpl(ist)es. A titre d’illustration, merci de considérer les formulations qui suivent dont j’ose affirmer, après une carrière de santé publique, qu’elles sont toutes  vraies - même si elles ont parfois l’air contradictoires. Et que l’important est, du mieux qu’on peut, de les concilier :

 

 

A propos de cannabis : fumer un joint une ou deux fois par mois n’est généralement pas un problème (voir l’étude du prof. Michaud et l’expérience de centaines de milliers de Suisses depuis 40 ans) ; la consommation de cannabis peut mener à des formes de dépendances et à des troubles psychiatriques, comme plusieurs substances légales; il importe, pour le cannabis et les autres, d’oeuvrer plus activement par la prévention, le traitement, et la répression quand cela se justifie; en particulier, l’usage de tous ces produits doit être strictement proscrit chez les enfants et jeunes adolescents (l’âge est un facteur d’importance); il est inadéquat de vouloir distinguer complètement, dogmatiquement, le traitement par la société des substances illégales de celui des légales 

 

A propos de tabac : un décès sur sept à huit, en Suisse, est lié à la consommation de tabac (impressionnant, non ?) ; il n’est pas raisonnable de vouloir interdire aux tabagiques de fumer dans leur boudoir personnel ou à l’air libre ; le droit d’une personne d’enfumer son entourage est beaucoup moins fort que celui de l’autre de ne pas être enfumé ; en particulier, il est très mauvais (inacceptable à mon sens) qu’une femme enceinte fume ou que des parents vivant avec de jeunes enfants fument ailleurs que sur leur balcon (dans les deux cas, les rejetons en souffrent sérieusement) ; il est éthiquement dramatique que les multinationales du tabac, au vu des contraintes qu’elles rencontrent au Nord, jettent massivement leur dévolu sur les pays du Sud.

 

A propos d’alcool : le vin réjouit le coeur de l’homme et il est scientifiquement démontré que la consommation de deux verres de vin par jour est favorable à la santé ; les boissons alcooliques font des ravages, aujourd’hui encore, chez tant de personnes et de familles et il faut prévenir et agir contre la consommation excessive d’alcool ; l’efficacité des moyens d’aider les alcooliques augmente.

 

Sur ces sujets il y a dans les deux camps opposés des jusqu’auboutistes. Les croisades des rigoristes alimentent des « guerres » de mauvais aloi, les laxistes sont inconséquents. Pendant un quart de siècle, je me suis engagé avec d’autres pour que soient adoptées des attitudes pondérées et pragmatiques, tenant compte d’une réalité complexe et pas de lubies doctrinaires. Mais le fait est que, quand des groupes de pression tiennent à faire de ces questions des enjeux politiques tranchants au lieu de rechercher les indispensables justes milieux, il est bien difficile de faire prévaloir le bon sens.

 

 

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