05/12/2007

J'ai cru à une farce du 1er avril...


 

 

 

Pascal Diethelm, qui avec le Dr Jean-Charles Rielle, médecin genevois de santé publique (et nouveau conseiller national), a été très engagé dans la lutte anti-tabac, vient de recevoir le prix de l’International Tobacco Industry… Lisant ce titre, j’ai d’abord regardé le calendrier... non, nous ne sommes pas le 1er avril !

 

MM. Diethelm et Rielle, grâce à un travail obstiné de recherche d’information dans les archives, sur internet, etc, ont mis à jour l’affaire qui il y a quelques années a beaucoup secoué le monde scientifique et économique, à Genève puis bien plus largement notamment aux Etats-Unis. L’université de Genève a pendant des années collaboré avec le Dr. Ragnar Rylander, chercheur suédois qui y donnait des cours. Or, les investigations de  Diethelm et Rielle ont montré que le Dr R., qui avait publié des articles minimisant le caractère nocif de l’usage du tabac, y compris du tabagisme passif (fait de respirer la fumée des autres), était soutenu financièrement par l’industrie du tabac. Exemple crasse d’un conflit d’intérêts évidemment inacceptable ; illustration des méthodes plus que discutables que dite industrie a longtemps utilisées pour tenter de nier que son produit entraîne des millions de morts chaque année dans le monde.

 

Le Dr Rylander a intenté un procès à Diethelm et Rielle et dans un premier temps obtenu gain de cause. Suite à une véritable épopée judiciaire, le Tribunal fédéral avait renvoyé l’affaire devant les tribunaux genevois qui les a acquittés.

 

Ce rappel fait comprendre ma stupéfaction initiale. Il s’avère que le prix de l’International Tobacco Industry, comme son nom ne l’indique pas vraiment, a été créé dans le cadre de l’accord trouvé, aux Etats-Unis, entre les compagnies du tabac et les Etats qui leur avaient intenté des procès dans les années 1990. Il peut donc servir, et c’est très bien ainsi, à récompenser des pionniers qui ont osé s’attaquer à un secteur économique puissant, qui a peu reculé devant des pressions tous azimuts et manœuvres souterraines pour que la vérité à propos des effets de l’usage du tabac soit connue aussi partiellement et aussi tard que possible.


 

 

Il est vrai que les choses ont changé pour le mieux. Les non-fumeurs sont aujourd’hui mieux protégés et, sans qu’il s’agisse d’entreprendre des croisades contre les personnes fumeuses, ces dernières ont été sensibilisées à la nécessité de limiter les nuisances liées au tabagisme. Ce n’était donc pas une farce, excellente nouvelle.

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