02/01/2008

Alexandre Jollien, compagnon et maître à vivre

 

 

Alexandre Jollien a un parcours extraordinaire mais souligne qu’il ne veut pas – ou plus – être reconnu voire admiré parce qu’il surmonte un handicap majeur. Je m’efforce donc de parler sans paternalisme aucun de ce qu’il apporte. La construction de soi, paru au Seuil, est fait de lettres à ses amis philosophes mettant en regard leurs réflexions et les enseignements de sa vie. Sur la manière de mener son existence : « Une vie peut très bien ne se justifier que par le combat. J’ai consacré la mienne à livrer bataille (...) Se bâtir contre l’adversité, n’est-ce pas différer les occasions de joie ? Il me plaît de rejoindre les philosophes pour quitter cette logique de guerre ». Plus loin : « Non, je ne crois pas que nous accédons au bonheur par renoncement.  Je souhaite plutôt bâtir une vie du milieu en me gardant de prendre refuge dans l’ascétisme ». Il ne s’agit pas non plus de frénétiquement chercher le rendement: « En prétendant nous enrichir, nous passons à côté de  l’existence. Je me conduis de la même manière quand, avec avidité, je veux jouir de chaque instant, ne m’autorisant aucune gratuité, exigeant que tout me soit utile ». Ce qui donne lieu à « Depuis peu, j’observe la nature et, pour savourer sa beauté, j’ai arraché le compteur. Le croirez-vous, j’essaie d’être le plus lent possible ».

 

 

Tous nous sommes peu ou prou influencés par le qu’en dira-t-on, parfois l’envie: « Pour nous rassurer, nous comparons. Cependant, en scrutant les autres, nous nous exposons  à l’exclusion, au manque. Comment en finir avec cette propension à se référer sans cesse à des modèles ? ». « Je commence à bannir les comparaisons sans devenir assez fou  pour vouloir toutes les abolir. Certes une tonique émulation libère les possibilités qui sommeillent en soi. (Mais) une chose est de l’utiliser comme un moyen de progresser, une autre de l’installer au cœur de la vie. Celui qui dirige systématiquement son regard ailleurs finit par ressembler à une éponge ou à un esclave ». 

 

Corollaire de ce qui précède, avoir de l’estime pour soi-même, ce que beaucoup dans notre tradition morale peinent à faire : « Je m’applique avec plaisir à ne plus être complexé de mes complexes (…) Pour vous, cher Spinoza, le mépris de soi consiste à avoir de soi-même une moins bonne opinion qu’il n’est juste. A l’inverse qui flirte avec la mégalomanie encourt de grands risques ». Moins comparer, plus et mieux comprendre: « Il s’agit plus sobrement de s’abstenir de juger. Le philosophe sceptique refuse de statuer catégoriquement pour se rendre disponible à l’incertain ». «  Je me redis souvent: ne pas railler, ne pas pleurer, ne pas détester mais comprendre ».

 

Sur ce qu’on dénomme aujourd’hui bien vieillir – ou mûrir : «  Chaque jour je laisse derrière moi un peu de ma vie, l’homme de la semaine dernière n’est plus. Changer, c’est mourir, perdre et trouver ». « Je composerai avec ma constante transformation. Si rien ne saurait  être définitif, mes égarements, mes tourments passeront aussi. Et s’ils doivent demeurer, je les accepterai ». Et vers l’avenir, notamment de ceux qui nous suivent : « Hier soir, je tenais ma fille dans mes bras. Comment savoir ce que me conseillait véritablement mon amour pour elle (…) car trop d’erreurs ont été commises sous le prétexte que ‘c’était pour ton bien’ ». Dans la foulée, belle occasion de réfléchir à l’occasion des Fêtes : « A quoi suis-je attaché par l’amour ? A trop de choses. A trop peu de choses ».

 

 

 

 

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