25/04/2008

Dépistage du cannabis dans les écoles - L'exemple de la fausse bonne idée

Le Grand Conseil vaudois vient d’accepter une motion exigeant une loi permettant le dépistage du cannabis dans les écoles publiques. Nouvel exemple - notre bon canton en est affligé depuis vingt ans - de positions dogmatiques de milieux qui se sont improvisés experts en toxicomanie tout en ignorant superbement la complexité de la problématique. Y’a qu’à prohiber et punir !... insistent-ils, balayant du dos de la main l’expérience de milliers d’intervenants (dont il serait ridicule de prétendre qu’ils sont politiquement motivés – le sérieux Bulletin des médecins suisses, dans son édition du 23 avril, comprend derechef un article professionnel soulignant comment ne sont utiles que des options équilibrées). La politique bien sûr a le droit de l’ignorer.

 

 

L’idée cautionnée par une majorité du Parlement pose des problèmes majeurs, à l’école publique, notamment du point de vue des droits de la personnalité. De plus, comme médecin cantonal, j’ai été très sensibilisé à la situation inconfortable du médecin qui devient l’auxiliaire des services chargés de la  répression. Le même souci vaut quand on demande aux pédagogues de le devenir : mélange des genres délétère. Et c’est la droite, si attachée au respect de la sphère privée, qui valide cette orientation malvenue…

 

 

Il faut voir encore comment l’application de la loi souhaitée sera d’une complication kafkaïenne. D’ores et déjà, des parents mandatent des avocats pour contester telle mauvaise note ou mesure disciplinaire infligée à leur enfant. Qui imagine que ces parents vont enregistrer sereinement le résultat positif de tests inadéquatement fiables ? Je prends le pari de vigoureux recours. On demandera à l’école vaudoise le type de preuves qui dont les « beaux » jours de l’athlétisme de haute compétition, à l’Agence internationale contre le dopage et devant le Tribunal du sport ; stimulantes nouvelles activités en vue pour les juristes de l’Etat qui devront défendre les décisions de sanctions.

 

 

La motion en question est une véritable prescription pour le malaise éthique, la dégradation de l’ambiance en milieu scolaire, la méfiance, l’acrimonie, le conflit. Et « accessoirement » pour l’inefficacité ! Qui peut se réjouir de voir notre canton se mettre en vedette avec de telles croisades ? Intéressant aussi de noter que cette dérive est voulue par un député qui consacre beaucoup d’énergie à affirmer que l’école doit mieux se centrer sur ses tâches fondamentales…

 

 

Dr Jean Martin , ancien médecin cantonal

 

09:57 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Tout personnage public s'expose à des critiques, c'est un fait et c'est probablement heureux, la liberté d'expression l'autorisant dans certaines mesures. Toutefois, affirmer que J. Martin est un esprit "borné" (je cite) me semble relever surtout du fantasme et probablement de l'ignorance.

Quant à l'école, n'est-elle pas en mesure d'être un lieu où l'adolescent dans lequel se rend pour apprendre ET pour affirmer sa personnalité ? La personnalité ne se forge-t-elle pas aussi par la connaissance, au regard de laquelle on se détermine ?

Écrit par : Madame Poppins | 30/04/2008

« Après le succès des deux premières campagnes « le cannabis tue » et « Touche pas au cannabis !, chaque année, des personnes meurent sur les routes à cause du cannabis. 50% ont moins de 25 ans », une nouvelle affiche et des cartes postales sont diffusées avec un slogan choc : le cannabis à l'école n'a pas sa place ! »

Écrit par : perruque | 05/05/2010

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