29/04/2008

A l’approche de l’EURO, l’accent sur l’éthique dans le football !

 

 

Le 28 avril, à l’invitation du comité d’éthique du FC Lausanne-Sport, symposium au Musée Olympique sur l’éthique dans le football. Occasion d’entendre et de rencontrer des personnalités concernées : le professeur de médecine Jacques Cornuz, président du comité d’éthique susmentionné, son collègue Denis Müller, de l’Université de Lausanne (qui publie chez Labor & Fides « Le football, ses dieux et ses démons »), le Juge d’instruction vaudois Jacques Antenen. D’autres dont le football est la vie, si je peux dire : Claude Ryf, le footballeur connu, aujourd’hui entraîneur de l’équipe suisse des moins de 18 ans, William Gaillard, porte-parole de l’UEFA, Yvan Cornu, responsable des arbitres de cette même Union.

 

 

J’y participai au vu de mon intérêt pour le sport et de mes engagements dans les problématiques éthiques (biomédicale et sociale) ; aussi parce que la LICRA dont je suis membre est partenaire d’actions contre le racisme et la discrimination dans le sport, discrimination qu’on peut voir sur les terrains de football et autour (spectateurs, parents), dans les vestiaires, dans la rue. On veut croire que l’EURO qui arrive sera exemplaire du point de vue du respect des joueurs quels qu’ils soient.

 

 

Entre autres apports, l’exposé de Claude Ryf a montré une fois de plus l’épaisseur humaine – au meilleur sens du terme -  d’entraîneurs de haut niveau. Qui sont loin de se résumer à d’anciens artistes du ballon rond prodiguant des indications tactiques avec des injonctions de gagner coûte que coûte… S’ils sont dans les positions qu’ils occupent, c’est que la plupart ont fait la preuve de qualités de psychologie, de compréhension de la vie, des choses et des gens, en un mot d’humanité - et d’humanisme - au-delà du commun. Claude Ryf a souligné l’importance pour le footballeur de pointe de la tolérance aux frustrations ; utile à tout un chacun mais essentiel en compétition. La priorité, a-t-il dit, est de respecter la personnalité du joueur grand ou petit. Mon commentaire : sans doute ne peut-on forcer personne à aimer son voisin mais le premier impératif de la vie en société est le respect.

 

 

William Gaillard a décrit les engagements de l’UEFA dans la lutte contre racisme et intolérance. Les Roms (tziganes) sont l’objet de mépris et de rejet à beaucoup d’endroits ; ainsi en Europe centrale et de l’Est. Au point que des communautés roms ont demandé à l’UEFA de les aider à créer des ligues qui leur seraient réservées. Ce n’est pas la bonne solution, a été la réponse, cela ne fera qu’accroître votre marginalisation. Plutôt, l’UEFA s’est engagée auprès des instances du football de ces pays, par exemple pour faire reconnaître largement la qualité de footballeurs roms ou descendants de Roms dans leurs équipes les plus connues. Cela demande du courage, de la part de dirigeants qui passent un message pas forcément bien accueilli et des joueurs en cause, qui  pourront voir leur popularité baisser...

 

 

Il a donné d’autres exemples d’efforts de l’UEFA, sous l’impulsion de son Président Michel Platini, qui vraiment vont dans le bon sens ! Encourageant. Compte tenu de la grande popularité du football, on peut penser que de telles démarches sont susceptible d’obtenir des résultats que gouvernements et organisations de défense des droits de l’homme peinent à concrétiser.

 

 

Ensuite, des ateliers se sont penchés sur le développement de chartes d’éthique dans le sport, sur les possibles incitatifs pour promouvoir le fair play, sur la violence dans les stades, sur ce que le football pourrait apprendre d’autres sports (rugby par exemple). Au final, journée hautement intéressante ; merci d’avance à ses animateurs de poursuivre et étoffer leur action !

 

 

 

 

 

25/04/2008

Dépistage du cannabis dans les écoles - L'exemple de la fausse bonne idée

Le Grand Conseil vaudois vient d’accepter une motion exigeant une loi permettant le dépistage du cannabis dans les écoles publiques. Nouvel exemple - notre bon canton en est affligé depuis vingt ans - de positions dogmatiques de milieux qui se sont improvisés experts en toxicomanie tout en ignorant superbement la complexité de la problématique. Y’a qu’à prohiber et punir !... insistent-ils, balayant du dos de la main l’expérience de milliers d’intervenants (dont il serait ridicule de prétendre qu’ils sont politiquement motivés – le sérieux Bulletin des médecins suisses, dans son édition du 23 avril, comprend derechef un article professionnel soulignant comment ne sont utiles que des options équilibrées). La politique bien sûr a le droit de l’ignorer.

 

 

L’idée cautionnée par une majorité du Parlement pose des problèmes majeurs, à l’école publique, notamment du point de vue des droits de la personnalité. De plus, comme médecin cantonal, j’ai été très sensibilisé à la situation inconfortable du médecin qui devient l’auxiliaire des services chargés de la  répression. Le même souci vaut quand on demande aux pédagogues de le devenir : mélange des genres délétère. Et c’est la droite, si attachée au respect de la sphère privée, qui valide cette orientation malvenue…

 

 

Il faut voir encore comment l’application de la loi souhaitée sera d’une complication kafkaïenne. D’ores et déjà, des parents mandatent des avocats pour contester telle mauvaise note ou mesure disciplinaire infligée à leur enfant. Qui imagine que ces parents vont enregistrer sereinement le résultat positif de tests inadéquatement fiables ? Je prends le pari de vigoureux recours. On demandera à l’école vaudoise le type de preuves qui dont les « beaux » jours de l’athlétisme de haute compétition, à l’Agence internationale contre le dopage et devant le Tribunal du sport ; stimulantes nouvelles activités en vue pour les juristes de l’Etat qui devront défendre les décisions de sanctions.

 

 

La motion en question est une véritable prescription pour le malaise éthique, la dégradation de l’ambiance en milieu scolaire, la méfiance, l’acrimonie, le conflit. Et « accessoirement » pour l’inefficacité ! Qui peut se réjouir de voir notre canton se mettre en vedette avec de telles croisades ? Intéressant aussi de noter que cette dérive est voulue par un député qui consacre beaucoup d’énergie à affirmer que l’école doit mieux se centrer sur ses tâches fondamentales…

 

 

Dr Jean Martin , ancien médecin cantonal

 

09:57 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2)

16/04/2008

"Cinq hommes" - Un spectacle à voir !

 

 

Substantiel moment de théâtre, prenant, complètement crédible.

 

 

Comme tant d’autres clandestins, ces cinq-là ont quitté leur famille, leur pays, en quête de chantiers où l’on prend ceux qui n’ont pas de permis de travail pour autant qu’ils se soumettent aux conditions imposées. Pour le patron, ils sont tous pareils, déracinés prêts à tout pour gagner quelque argent.

 

 

Daniel Keene, auteur australien, dont la pièce originale a été adaptée à l’Europe continentale par le metteur en scène Robert Bouvier et les acteurs eux-mêmes, donne ainsi la parole à des personnages que le théâtre représente rarement ; parole qui leur est fidèle dans leur intime vérité et avec une singulière dignité.

 

 

Vif, stimulant, mettant en scène les plusieurs facettes de la vie de ces gens venus d’ailleurs (le chantier, le bar, le baraquement-dortoir), aux prises avec leur coexistence aléatoire, avec les liens et les amours laissés au pays, avec la tentation du fatalisme ou de la « chute d’espoir ». Remarquablement joué par des acteurs qui véritablement « incorporent » leurs personnages : le Nord-Africain sérieux et empathique à l’affût des lettres de ses femme et enfant, l’ancien soldat espagnol qui a passé par la guerre, le Hongrois épuisé, le Roumain porté sur la bouteille, le Sénégalais qui écrit des histoires pour enfants…

 

 

Excellente soirée. Espace Culturel des Terreaux, Lausanne, jusqu’à dimanche 20 avril.

 

 

23:30 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0)