05/05/2008

Grossesse à plus de 60 ans… Aucun souci ?

 

 

 

Les chiffres qui viennent d’être publiés au niveau fédéral indiquent que, en Suisse en 2007, deux femmes de plus de 60 ans ont donné naissance à des enfants, grâce aux « merveilles » de la procréation médicalement assistée (PMA). Dans un de ces cas, il y aurait eu don d’ovule, ce qui fait penser que la PMA a été réalisée à l’étranger dans la mesure où la loi suisse prohibe le un tel don ; mais pas celui de sperme… situation d’inégalité évidente entre les sexes, discutable, que le législateur fédéral a justifiée à l’époque par l’intention de ne pas enfreindre la maxime du droit romain « mater semper certa, pater semper incertus » - la mère est toujours certaine, le père toujours incertain.

 

 

Dans la foulée, est-ce  soutenir une autre inégalité discutable que de juger problématique la grossesse de femmes de plus de 60 ans ? On peut bien sûr invoquer le droit de la personne à son autonomie, à ses libres choix, et rappeler que de tout temps des hommes âgés ont pu procréer jusqu’à 80 ans et plus. Sans doute. Je suis attaché au fait que, quant au principe, chacun(e) jouisse des mêmes prérogatives. Mais, dans le cas particulier, l’argument n’est-il pas un peu court ? Les rôles de la mère et du père ne diffèrent pas seulement par le fait biologique que la première porte l’enfant. Il est très souhaitable qu’elle l’allaite (ce qui n’est il est vrai pas exclu pour une femme de 60 ans) ; même à une époque de meilleur partage des tâches d’éducation et domestiques, la mère a un plus grand  rôle, de diverses manières, s’agissant de « materner » et nourrir l’enfant - pas seulement au plan alimentaire. Plusieurs de ces tâches sont très certainement mieux et plus aisément remplies à l’âge usuel de procréation.

 

 

On peut se demander si, au nom de considérations d’égalité entre les genres, il y a lieu de promouvoir le fait que des enfants aient deux « vieux parents », plutôt qu’un comme cela était parfois le cas quand la nature réglait la chose. Ne doit-on pas souhaiter que les enfants puissent bénéficier de l’affection, de l’assistance et de l’encadrement de leurs parents (ou au moins un d’entre eux) durant une période prolongée. Statistiquement, l’enfant d’une mère de 60 ans bénéficiera de cet accompagnement 30 ans de moins que celui d’une mère de 30 ans. Le fait que l’âge maternel au premier enfant ait augmenté depuis deux ou trois générations (il était alors de 20 à 25 ans) ne saurait être une raison pour vouloir l’augmenter encore plus. Convient-il de multiplier les situations de parents d’un âge qui, dans un autre temps, était celui des grands-parents ?

 

 

Un facteur d’un registre différent doit être considéré : quand des hommes très âgés deviennent pères, ils le font sans assistance technologique par des mécanismes collectifs bénéficiant souvent (en partie tout au moins) des deniers publics. La PMA est éminemment tributaire de la technologie et n’est pas imaginable dans le cadre très privé du couple mettant en  oeuvre ses seuls  moyens naturels. Cela étant, la société a à mon sens le droit de se prononcer sur une question tel que l’accès à la PMA de personnes au-delà d’un certain âge.

 

 

La Commission nationale d’éthique (CNE) a été interpellée il y a quelques mois par un de ses  membres à ce sujet, sur lequel la CNE a la faculté d’émettre une recommandation. Au motif que ces cas étaient rarissimes voire inconnus chez nous, nous avons pensé qu’il était loisible de s’en remettre à la déontologie des professionnels concernés. Toutefois, si les services pratiquant la PMA multipliaient la « création » de mères âgées, cela est susceptible de changer l’appréciation. Une fois encore, on a là une situation qu’on voudrait voir régler par ce que les Anciens appelaient la « sagesse pratique », le bon sens, en tenant compte non seulement d’une interprétation littérale, assez simpliste tout de même, du droit d’un individu, mais de l’intérêt à différents égards de l’ensemble des personnes touchées.

 

15:09 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0)

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