18/05/2008

Valeur et importance des directives anticipées

 

L’actualité bruisse de débats sur la liberté du malade gravement souffrant de décider de ce qui lui arrive. Sans anticiper ici, par exemple, la réflexion annoncée par Eveline Widmer-Schlumpf sur l’euthanasie, il est bon d’éclairer le rôle possible des directives anticipées, instrument relativement nouveau - elles font partie de la législation vaudoise depuis 2002. Concrétisation de ce que, en matière de santé, chacun peut faire connaître formellement les dispositions qu’il entend voir respecter au cas où, temporairement ou définitivement, il devenait incapable (par maladie dégénérative, accident ou autre circonstance qui le prive de discernement) de décider lui-même de soins le concernant. Ces directives portent sur l’acceptation ou le refus de traitements : soins intensifs, usage de certains médicaments, telle prise en charge psychiatrique – refus de transfusion sanguine chez les témoins de Jéhovah. Ces directives ne sont  pas soumises à des conditions de forme pour autant que la volonté du patient soit clairement exprimée mais des formulaires ad hoc sont proposés par différents organismes. Le fait de remplir une carte de donneur d’organes est une directive anticipée.

 

Elles sont un moyen d’assurer que les personnes puissent exercer leur droit à l’autonomie, même quand elles ne sont plus en mesure de s’exprimer et, à ce titre, elles devraient faire l’unanimité. Elles peuvent apporter des clarifications bienvenues dans la prise en charge des personnes démentes (maladie d’Alzheimer). Or, on constate des attitudes bien différentes d’un pays à l’autre sur leur pertinence et leur possible caractère contraignant. En Suisse, les lois de plusieurs cantons prescrivent que les professionnels de santé doivent se conformer aux directives anticipées, sauf s’il y a de fortes raisons de penser que la personne n’avait pas envisagé la situation dans laquelle elle est maintenant. Dans d’autres pays comme l’Allemagne et l’Italie, on voit des réticences marquées, des affrontements dogmatiques : au nom d’une conception, indûment paternaliste à mon sens, de la déontologie, des mouvements d’opinion refusent que l’équipe de soins soit tenue de suivre la détermination des patients, au motif que sa liberté thérapeutique serait ainsi limitée : attitude qui entraîne une limitation significative de l’autonomie du patient. Or, il importe de le rappeler, c’est le malade qui, après explications  par le médecin ou autre professionnel, décide d’accepter - ou pas -  les examens ou traitements proposés : pilier fondamental, aujourd’hui ancré dans la loi, des relations entre soigné et soignant (notamment, les professionnels ne sauraient imposer leurs vues à  caractère moral).

 

De plus en plus, les hôpitaux, EMS, services de soins à domicile, comme les praticiens, rendent attentifs les patients à la possibilité de rédiger des directives anticipées et de s’assurer ainsi que, en situation critique, leur volonté sera respectée. A noter enfin que la directive la plus simple consister à désigner un représentant thérapeutique : personne en qui on a suffisamment confiance pour la charger de décider à sa place dans le cas où on n’est plus en mesure de le faire soi-même.

Dr Jean Martin, membre de la Commission nationale d'éthique

 

 

14:26 Publié dans Médecine | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

La notion de directives anticipées me semble juste et responsable. Les Suisses respectent les patients et leurs volontés bien mieux que les Français englués dans leurs idées rétrogrades. Combien d'esprits chagrins devrons nous affronter en France avant ce progrès qui devrait s'imposer par sa logique évidente ? Merci à Jean Martin de nous ouvrir à toutes ces idées intéressantes.

Écrit par : Geneviève Hoerni | 21/05/2008

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