21/05/2008

Homosexualité et Eglise réformée : une position équilibrée

 

 

Le Synode de l’Eglise réformée vaudoise (EERV) a accepté à une large majorité, en janvier dernier, cinq résolutions à cet égard. Impressionnant de voir comment, sur la base d’une compréhension incomplète voire erronée, certains stigmatisent les positions prises.

 

 

Je n’évoque ici que la question des ministres (pasteurs, diacres - hommes ou femmes) homosexuels, la plus discutée à ce stade. Lors du débat, en général de haute tenue, du 26 janvier, on a entendu articuler des idées qui semblaient avoir une « logique » mais sont tout à fait inapplicables. Ainsi, il a été suggéré que seule telle instance (par exemple la commission de consécration) soit autorisée à prendre connaissance de l’orientation sexuelle des candidat(e)s. Surréaliste. Faut-il rappeler que l’orientation sexuelle d’une personne n’est pas inscrite sur son front et se marque pour l’essentiel dans des comportements très privés sur lesquels l’employeur, aussi éminent soit-il, ne saurait exiger d’être informé et dont il ne saurait en principe se mêler. Mettre un(e) pasteur ou une(e) diacre à la question pour qu’il/elle « avoue » sa préférence sexuelle ? Pas possible au vu du respect nécessaire des droits de la personnalité, et impraticable : vérifier l’orientation sexuelle ne peut se faire comme mesurer la taille et le poids ; les critères seraient sujets à grande caution et les attitudes des personnes peuvent changer au cours du temps (imagine-t-on cette vérification chaque mois, chaque année ?...).

 

 

C’est là que le Synode a fait preuve  de sagesse en adoptant une résolution qui inclut : « De même que l’EERV, à quelque niveau ou moment que ce soit, ne saurait mettre un ministre ou candidat en demeure de dévoiler son orientation sexuelle, de même un ministre ne saurait mettre en demeure l’EERV de se prononcer sur son orientation sexuelle. Pour sa part, le ministre ne saurait utiliser sa fonction comme lieu  de revendications ou de militance ».

 

 

Equilibre judicieux, respectueux des intérêts et des personnes. L’institution n’a pas à se montrer inquisitoriale quant à  des aspects strictement privés. Mais, en miroir, le ministre ne saurait en aucune manière alléguer qu’il a été engagé dans l’Eglise « en tant  que » homosexuel. Et, dans la foulée, le Synode rappelle que tout chrétien doit constamment  donner attention à ne pas devenir pierre d’achoppement, objet de scandale, pour celles et ceux qui sont autour de lui.

 

 

 

 

18/05/2008

Valeur et importance des directives anticipées

 

L’actualité bruisse de débats sur la liberté du malade gravement souffrant de décider de ce qui lui arrive. Sans anticiper ici, par exemple, la réflexion annoncée par Eveline Widmer-Schlumpf sur l’euthanasie, il est bon d’éclairer le rôle possible des directives anticipées, instrument relativement nouveau - elles font partie de la législation vaudoise depuis 2002. Concrétisation de ce que, en matière de santé, chacun peut faire connaître formellement les dispositions qu’il entend voir respecter au cas où, temporairement ou définitivement, il devenait incapable (par maladie dégénérative, accident ou autre circonstance qui le prive de discernement) de décider lui-même de soins le concernant. Ces directives portent sur l’acceptation ou le refus de traitements : soins intensifs, usage de certains médicaments, telle prise en charge psychiatrique – refus de transfusion sanguine chez les témoins de Jéhovah. Ces directives ne sont  pas soumises à des conditions de forme pour autant que la volonté du patient soit clairement exprimée mais des formulaires ad hoc sont proposés par différents organismes. Le fait de remplir une carte de donneur d’organes est une directive anticipée.

 

Elles sont un moyen d’assurer que les personnes puissent exercer leur droit à l’autonomie, même quand elles ne sont plus en mesure de s’exprimer et, à ce titre, elles devraient faire l’unanimité. Elles peuvent apporter des clarifications bienvenues dans la prise en charge des personnes démentes (maladie d’Alzheimer). Or, on constate des attitudes bien différentes d’un pays à l’autre sur leur pertinence et leur possible caractère contraignant. En Suisse, les lois de plusieurs cantons prescrivent que les professionnels de santé doivent se conformer aux directives anticipées, sauf s’il y a de fortes raisons de penser que la personne n’avait pas envisagé la situation dans laquelle elle est maintenant. Dans d’autres pays comme l’Allemagne et l’Italie, on voit des réticences marquées, des affrontements dogmatiques : au nom d’une conception, indûment paternaliste à mon sens, de la déontologie, des mouvements d’opinion refusent que l’équipe de soins soit tenue de suivre la détermination des patients, au motif que sa liberté thérapeutique serait ainsi limitée : attitude qui entraîne une limitation significative de l’autonomie du patient. Or, il importe de le rappeler, c’est le malade qui, après explications  par le médecin ou autre professionnel, décide d’accepter - ou pas -  les examens ou traitements proposés : pilier fondamental, aujourd’hui ancré dans la loi, des relations entre soigné et soignant (notamment, les professionnels ne sauraient imposer leurs vues à  caractère moral).

 

De plus en plus, les hôpitaux, EMS, services de soins à domicile, comme les praticiens, rendent attentifs les patients à la possibilité de rédiger des directives anticipées et de s’assurer ainsi que, en situation critique, leur volonté sera respectée. A noter enfin que la directive la plus simple consister à désigner un représentant thérapeutique : personne en qui on a suffisamment confiance pour la charger de décider à sa place dans le cas où on n’est plus en mesure de le faire soi-même.

Dr Jean Martin, membre de la Commission nationale d'éthique

 

 

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12/05/2008

Assez de « Vous êtes le Mal », du dialogue, bordel !

 

 

Je n’ai jamais été un ami de l’Administration U.S. sortant de charge dans quelques mois, mais qui aujourd’hui juge qu’il y a quelque chose à sauver de son action de politique étrangère ? Malgré leur économie dans une mauvaise passe et, à terme, un inévitable redimensionnement de leur position dominante, il est clair que les Etats-Unis ont pour les années à venir un potentiel majeur d’influence et d’action sur la vie de la planète. Or, que constate-t-on chaque jour un peu plus ? La diplomatie à la cowboy et, plus pathogène, la guerre à la cowboy les ont fait haïr à peu près partout (alors que, bien sûr, ils ont aussi des qualités). Funeste en termes de « Realpolitik », ils ne sont simplement plus écoutés, après avoir tellement divisé de façon inepte le monde entre les bons et ceux de l’Axe ou de l’Empire du Mal. Décrédibilisés au point que leurs possibles avertissements n’ont  plus d’efficacité ; pas loin d’être mués en tigre de papier… Passons sur le désastre irakien. Voir le Proche Orient (Israël, Liban), où des attitudes passées moins manichéistes leur permettraient aujourd’hui de contribuer réellement à des solutions. Et ailleurs.

 

 

Ces jours après le cyclone Nargis, la manière dont la junte militaire birmane se fout (le mot est faible) de la communauté internationale est un indicateur désolant. Avec d’autres et en contact avec la Chine, des Etats-Unis qui ne seraient pas grillés pourraient évidemment mieux faire fléchir le régime.

 

 

Triste... Je réfléchissais à tous les drames, les génocides, à toutes les erreurs (se souvenir du mot d’un amiral anglais ancien « C’est plus qu’un crime, c’est une erreur »), liés à l’idéologie lamentable que le concurrent ou  l’adversaire est le Mal ; ces erreurs qui remplissent l’Histoire comme l’actualité. J’y pensais en lisant le livre de Gabrielle Nanchen qui vient de sortir : « Compostelle – de la Reconquista à la Réconciliation » (Editions Saint-Augustin, 1890 St-Maurice). Elle a fait le Chemin de Compostelle, une fois en entier du Puy-en-Velay à Santiago et plusieurs autres fois sur des parcours partiels. En plus de son expérience de pérégrine, elle décrit l’histoire médiévale de la péninsule ibérique, sa longue période arabo-musulmanne, la lutte de reconquête, durant des siècles, par des princes chrétiens. En lançant un vibrant appel, sérieux, combien pertinent et lucide, au dialogue avec l’Islam. Aujourd’hui, dans nos circonstances. Dialoguer avec la grande majorité des musulmans pondérés (qui bien sûr n’ont pas la moindre intention ni envie de détruire l’Occident !…). Qui dans son bon sens peut croire que c’est en les ostracisant, en faisant preuve à leur égard de rejet voire de racisme que les choses peuvent aller vers le mieux ?

 

 

Assez de vous êtes « les pelés, les galeux, d’où vient tout le mal », selon la formule de Monsieur de la Fontaine (et les outrances de George W.B.) !

 

11:24 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1)