07/08/2008

Démence, épuisement des proches, euthanasie (II)

 

Dans les situations, lourdes, de personnes en souffrance en fin de vie et qui souhaitent voir leur existence se terminer, l’attitude qu’adoptent responsables et personnel des EMs varie d’un canton à l’autre. Les organisations faîtières genevoise et vaudoise, la FEGEMS et l’AVDEMS, leur demandent d’écouter les demandes qui sont faites, c’est-à-dire de ne pas leur opposer une attitude doctrinale, et considèrent admissibles les interventions d’une association d’assistance au suicide comme Exit. Mais elles estiment que le personnel n’a pas à participer activement à un tel acte. Il peut toutefois y assister et «tenir la main» du patient, s’il le veut bien.

 

La pratique existante est-elle satisfaisante? Pas entièrement. La démence pose problème. Avant d’en être victimes, nous n’avons pas de raisons de vouloir lui échapper par le suicide. Mais une fois atteints, nous ne sommes plus capables de prendre une telle décision avec le discernement indispensable. Ce qui est parfois suggéré, dans la mesure où la démence peut être à l’origine de l’envie de mettre fin à ses jours, est de se suicider avant d’être dément, ce qui est pour le moins indésirable...

 

 

Pour cette raison, je pense que nous n’échapperons pas à un débat sur les «directives anticipées». Tout un chacun peut d’ores et déjà rédiger ce genre de recommandations afin de demander que lui soit épargné tout acharnement thérapeutique. En bref, pour bénéficier le moment venu d’une euthanasie passive. Mais il sera à mon avis de plus en plus question d’utiliser cette possibilité pour demander, à un moment où l’on a encore toute sa tête, d’être conduit vers la mort en cas de démence, de rupture totale de contact avec autrui. Ce qui représenterait cette fois de l’euthanasie active, aujourd’hui pénalement punissable. 

Y a-t-il à ce propos un argument qui peut être considéré comme moral, éthique? On peut le dire, et c’est un argument qui pèse de plus en plus lourd depuis vingt ou trente ans dans les relations soigné-soignant: l’autonomie du patient. La liberté que chacun a de décider des soins qu’il reçoit ou refuse de recevoir, ce qui peut valoir aussi sur la manière dont on entend mourir. Avec de telles directives anticipées, on resterait fidèle au principe selon lequel le patient décide.

 

 

Ce qui exclut évidemment toute forme d’euthanasie active ou d’assistance au suicide qui n’aurait pas reçu l’aval du malade. Et ceci même pour son bien supposé : le principe du «tu ne tueras pas» doit être maintenu fermement. L’euthanasie active sans consentement de la personne concernée constitue, et devrait constituer toujours à l’avenir, un meurtre. Cela dit, tous les meurtres ne sont pas équivalents. Si celui qui le commet se trouve dans un état avancé d’épuisement, s’il est lui-même victime d’une décompensation, s’il agit sur demande de la victime ou avec la certitude, sur des bases crédibles, que cette dernière aurait appelé pareille issue de ses vœux, que c’est là en quelque sorte un dernier « acte d’amour »…, il dispose sans doute de circonstances atténuantes. (fin)

 

 

 

 

09:34 Publié dans Ethique | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Bonjour à vous,
Que tout cela est vrai et bien dit !
J'ai répondu cette semaine à un article publié par un comité suisse qui va faire une proposition de loi et j'ai arrêté ce qu'ils appellent un "dialogue" car c'était un "dialogue", mais "de sourds" malheureusement, parce que les membres de ce comité ne laissent aucune place à des idées extérieures et à des réflexions qui peuvent diverger des leurs. C'est dommage !
Par contre, je suis tout à fait d'accord avec l'analyse de la situation telle qu'elle est présentée dans l'article ci-dessus et j'en remercie son auteur. Bien sûr qu'il faut encadrer de façon très réglementée l'aide active au suicide pour éviter tout abus, mais la société ne pourra pas la refuser éternellement. Il est temps que les conservateurs des pratiques des temps anciens se rendent compte que le monde évolue et les mentalités aussi.
Terminé le temps où le corps médical était seul et unique décideur de notre fin de vie. Terminé, pour bientôt j'espère, ce temps ou les religieux veulent garder main mise sur notre pouvoir de décision, dictent leur loi et veulent imposer leur croyance à tout le monde. La fin de vie appartient à celui qui l'a vécue et c'est à lui, et à lui seul que revient le pouvoir de décision final.
Il faut qu'il y ait reconnaissance du "testament de vie" ou des "directives anticipées" et que ces documents soient reconnus pour que la volonté des malades soit respectée quand le moment sera venu. Comme vous le dites si bien, nous n'allons quand même pas nous suicider "préventivement" pour être certains que nous ne serons pas victimes d'acharnement thérapeutique ! Ce serait un comble !
Je suis Française, je me suis inscrite à l'ADMD France toute jeune (cela fait 31 ans) et à Dignitas depuis plusieurs années parce que j'ai toujours défendu l'idée que chacun est libre de choisir sa façon de mourir. Je me bats dans mon pays pour que la loi Léonetti soit modifiée dans ce sens et j'espère qu'en attendant ce moment, vous n'interdirez pas à des personnes étrangères, comme moi, le droit de bénéficier de la tolérance et de l'humanité dont le peuple Suisse fait preuve et qui nous manque actuellement chez nous.
Merci encore pour votre analyse que je partage entièrement.
Cordialement
Pierret Claudette

Écrit par : PIERRET Claudette | 07/08/2008

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