19/11/2008

Merveilleux Gilles

 

Je sors d’une soirée au Sycomore (petit café rattaché à l’Espace culturel des Terreaux, à Lausanne), où un enseignant montreusien, Vincent Favrod, accompagné d’un excellent pianiste, vient de donner une vingtaine de chansons et poèmes de Jean Villard Gilles.

 

 

Merveilleux… ll y a cinquante ans bien sonnés que j’apprécie la manière dont Gilles a chanté le Pays de Vaud et les Vaudois (mais pas seulement eux, aussi la France où il a vécu, l’Auberge de la fille sans cœur, le 14 juillet, et plus loin « Le dieu dollar » et la pampa argentine d’« Exotisme vaudois »). Mais la façon dont je suis remué change : plus je l’ai écouté au cours des décennies et plus je savoure chaque phrase, plus je suis profondément touché, plus les larmes sont proches – souvent présentes.

 

 

Gilles chante un pays que j’ai connu et qui n’existe plus au même degré. Un canton où on bougeait moins, où une bonne partie de la population travaillait la terre, où il y avait un téléphone pour trois ou quatre ménages, où c’était être fort bien parti que d’aller à la primaire-supérieure. Où les respect des autorités, des « Messieurs » (ce n’étaient que des Messieurs parmi les notables) avait un autre poids qu’aujourd’hui. Tout en sachant que le « bon vieux temps » est largement une illusion, dans mon souvenir j’en ai vécu un, que Gilles chante en m’émouvant. En tout cas, ce qu’il décrit est partie intégrante de mon bagage, je pourrais presque dire de ma « religion ». Si j’avais émigré à des milliers de kilomètres d’ici et qu’on me passe un disque de lui, l’effet serait le même que le fait de chanter « Liauba » pour les soldats suisses au service de France : cœur serré et folle envie de désertion pour rentrer à la maison.

 

 

Entendu une chanson que je ne connaissais pas, « L’adieu du soldat », évocation du départ des mobilisés en 1939. Superbe. Ai retenu cette formulation de ce qu’ils perdent en partant (temporairement - contrairement aux soldats des pays voisins dont beaucoup ne sont jamais revenus) : « Ma femme, mon clocher, ma vigne ». Oui, c’est cela…

 

 

J’ai de la tendresse pour ce coin de pays, ses habitants, la manière dont on y « fonctionne », ses qualités et ses petitesses. Cet attachement est pour beaucoup lié à ce que j’ai vécu durant mes vingt premières années, dans les années 1940 et 1950, dans le milieu familial et social - vigneron, dans la région de Morges - qui était le nôtre ; environnement qui, pour une bonne part une fois encore, s’en est allé pour ne plus  revenir. Je comprends bien que mes enfants vibrent aujourd’hui à d’autres choses. Ce qui n’empêche pas de vouloir leur dire combien je vibre à notre Gilles national, en leur recommandant de l’écouter, à l’occasion, s’ils ont une demi-heure (tout en les priant de ne pas me dire si ça ne leur fait rien du tout).

 

 

A mon service funèbre, j’ai dit souhaiter de la musique de J.S. Bach. En fait, j’aurais encore plus de plaisir avec des chansons de Gilles ; il faudra que je réfléchisse auxquelles choisir.

 

 

 

23:32 Publié dans Vaud | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Oui Gilles est un merveilleux poète et compositeur, dommage qu'il ne soit pas Belge, Canadien ou Français, il serait alors encore connu et reconnu. Il y a quelques temps j'ai entendu sur une radio locale suisse "Les trois cloches" interprétée par Edith Piaff. Le présentateur avait annoncé "Les trois cloches" composée par les Compagnons de la chanson...

Écrit par : Christian Favre | 20/11/2008

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