15/12/2008

Conseiller funéraire, un beau métier...

Il est des professions dont la pratique apparaît d’emblée difficile. Ainsi celle d’Edmond Pittet, responsable d’une entreprise de pompes funèbres, dont il parle comme d’un sacerdoce dans un livre intitulé « La mort humanisée »*, et qui montre qu’on peut en faire un beau métier.

 

 

J’y ai découvert des liens avec l’activité des médecins et soignants qui s’occupent de repousser la mort. E. Pittet affirme que « le professionnel cherche constamment à éviter d’exercer un pouvoir sur les endeuillés ». Remarquable correspondance avec l’éthique médicale actuelle où l’autonomie du patient est au premier plan. « Rien n’est fait sans l’accord des proches ».

 

 

La mort fait partie de la vie. La seconde moitié du XXe siècle, ivre des progrès des techniques médicales, a voulu occulter la mort, on affirmait dans les hôpitaux « Ici on guérit, on ne meurt pas »… fuite et myopie devant la réalité. Les soignants luttent contre la mort bien sûr mais cette volonté a eu parfois l’effet déplorable qu’on se détournait des mourants, leur décès proche étant vécu comme un échec. Le développement des soins palliatifs a heureusement changé cet état d’esprit. On sait mieux que vie et mort sont inséparables, ne sont pas d’absolues ennemies.

 

 

Décrivant l’activité de celui qu’il appelle conseiller funéraire, l’auteur donne des histoires vécues fortes. Ainsi celle de cette cravate qu’un enfant demande à l’employé funéraire de ne pas mettre tout de suite à son vieux père parce que, juste avant sa mort, il ne pouvait plus respirer et que la cravate serrée le rappelle de manière insupportable. Tant d’exemples qui démontrent comment faire juste (et dans quelques cas faire faux) vis-à-vis des endeuillés. On salue ce qui est dit sur l’importance des mots prononcés et la manière dont on les prononce, sur certains gestes, y compris le point crucial du contact (y compris physique, cas échéant) que les proches vont encore avoir avec la personne décédée.

 

 

Frappants aussi, les témoignages sur des deuils mal vécus, mal faits, des noeuds jamais dénoués durant 25 ou 30 ans en rapport avec des non-dits ou des aménagements de la vérité autour du décès d’un proche. Les médecins entre autres savent le potentiel toxique des secrets de famille. Occasion de redire qu’on craint trop d’être transparents, non seulement  à l’égard des adultes mais aussi des enfants, de leur permettre de voir la personne décédée et de participer au service funèbre. « Ne pas voler aux proches leur disparu ».

 

 

Certains décident que leur départ se fera dans la plus grande discrétion, sans cérémonie ni rassemblement, sans réflexion sur le passage vers ailleurs. Comme l’auteur, je suis convaincu de l’importance d’une véritable prise de congé à quoi on accorde la solennité, le temps, la substance, les formes et rituels adéquats.

 

 

 « Les familles savent elles-mêmes ce dont elles ont besoin, la fonction du professionnel consiste à les conseiller et leur procurer un accompagnement approprié ». Disant cela, E. Pittet rappelle que, dans toutes les facettes de la vie, l’essentiel est de renforcer la confiance des gens en eux-mêmes, pas de la nier.

 

 

 

*Editions Ouverture, Le Mont s/Lausanne (sous presse).

 

 

 

 

 

 

 

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14:07 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0)

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