03/02/2009

L’éthique, parent pauvre…

 

 

On vient d’apprendre que Christoph Rehmann-Sutter, président de la Commission nationale d’éthique (CNE) depuis son institution par le Conseil fédéral en 2001, la quitte pour rejoindre Lübeck, où il a été nommé professeur. Christoph Rehmann est un biologiste qui s’est orienté vers la philosophie et l’éthique. Lors de la mise en place de la CNE, il a été prévu que son budget comprenait 40% de poste destiné au président ; ce dernier a bénéficié en complément d’une charge d’enseignant à Bâle, lui donnant ainsi des moyens d’existence normaux pour un universitaire avec charge de famille. L’ennui, c’est que le soutien fédéral en question valait pour une période « de lancement » de la commission et qu’il a été supprimé en 2008. 

 

L’intéressé, qui a par ailleurs excellemment présidé la commission, a ainsi dû s’employer à chercher un emploi correspondant à ses compétences et qui ne soit pas bénévole. Une université suisse était une possibilité logique mais les voies de la relève académique, de mise au concours et de nomination, sont complexes et trop peu rapides. Rien ne s’est concrétisé à temps et le professeur Rehmann s’en va enseigner et poursuivre ses travaux scientifiques ailleurs. Regrettable, déplorable.

 

C’est là une illustration d’un vrai problème : la place qu’on veut bien accorder, au début du XXIe siècle, à la réflexion éthique : dans les sciences biomédicales mais aussi plus largement : changement climatique, problématique globale de l’eau, sécurité alimentaire, progression – que tous disent souhaiter ! – vers un monde susceptible d’être durable, au meilleur sens du terme, et tant soit peu plus équitable. Un pays comme la Suisse, malgré sa petitesse objective mais compte tenu de ses qualités et réalisations en termes de recherche scientifique ne devrait-il pas disposer de (et se payer !) un dispositif public en matière d’éthique qui se laisse voir ? On aimerait croire que la plupart de ceux qui légifèrent ou nous gouvernent réalisent l’importance de réfléchir aux bases éthiques de nos actions et de l’évolution de nos sociétés, mais les signes n’en sont pas éclatants…

 

Extrait d’une interview de Christoph Rehmann dans le Basler Zeitung du 31 janvier. Répondant à la question « Où la CNE met-elle la limite que la recherche ne doit pas enfreindre ? », il dit : « Partout là où la science perd le contact avec la réalité, le terrain, et où manque un lien avec les véritables besoins de l’être humain. (Il faut voir que) la recherche a sa dynamique et ses intérêts propres, qui tiennent à d’autres choses que seulement aider les personnes ».

 

 

 

 

 

23:20 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0)

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