13/02/2009

Rougeole: augmenter la part de non-vaccinés n’est pas une attitude responsable.

L’individualisme parfois dévoyé qui marque la société occidentale a pour corollaire un affaiblissement de la notion d’appartenance à une collectivité et d’une certaine responsabilité à assumer à l’égard de cette dernière -  aussi modeste que soit sa propre position. Ainsi dans le débat réalimenté par l’émergence de dizaines de cas de rougeole. A la différence de la situation de populations très défavorisées, on a pu raisonnablement renoncer chez nous aux vaccinations obligatoires (j’ai ai été partie à la suppression de la dernière sur Vaud, celle contre la diphtérie). Ceci pour éviter des épisodes  rocambolesques telles que faire vacciner un enfant entre deux gendarmes… Par contre, distinguo essentiel, non-obligation ne veut en rien dire qu’il y ait doute sur l’utilité des vaccins. Ils sont et restent un moyen excellent, indispensable, d’amélioration de la santé de la population et c’est le devoir des responsables médicaux de les recommander expressément.

 

Quid alors des milieux qui s’y opposent ? Dans ma fonction officielle, je n’ai jamais voulu de chasse aux sorcières vis-à-vis des praticiens complémentaires ; j’ai des amis homéopathes. Mais je suis très en colère d’entendre certains d’entre eux affirmer avec aplomb des choses fausses, sans base scientifique, alléguant que leur vérité vaut bien celle de la médecine scientifique. Ce n’est pas vrai; je ne nie pas du tout qu’il y ait une place pour l’expérience empirique dans les soins mais des professionnels n’ont pas le droit de dire n’importe quoi. Me souvenant que j’avais à instruire des affaires disciplinaires, je note que certains propos de médecins disqualifiant les vaccinations et niant les risques des maladies qu’ils préviennent mériteraient que leur droit de pratique soit remis en cause. Et il est approprié qu’une enquête soit ouverte à l’endroit de ceux qui négligent l’obligation de déclaration prescrite par la loi sur les épidémies.  

 

Sur la responsabilité des parents qui ne font pas vacciner leurs enfants : ils doivent réaliser qu’il importe qu’un haut pourcentage (90% et au-delà) des enfants soient immunisés pour que la collectivité soit protégée. Si les non-vaccinés sont suffisamment rares, il ne peut y avoir épidémie mais le danger grandit rapidement s’ils sont plus nombreux. Je souhaite une société libérale qui ne contraint pas indûment ses membres, mais une société aussi où chacun fait sa part pour le mieux-être collectif. Augmenter la part de non-vaccinés n’est pas une attitude responsable.

 

Dr Jean Martin, ancien médecin cantonal

 

 

03/02/2009

L’éthique, parent pauvre…

 

 

On vient d’apprendre que Christoph Rehmann-Sutter, président de la Commission nationale d’éthique (CNE) depuis son institution par le Conseil fédéral en 2001, la quitte pour rejoindre Lübeck, où il a été nommé professeur. Christoph Rehmann est un biologiste qui s’est orienté vers la philosophie et l’éthique. Lors de la mise en place de la CNE, il a été prévu que son budget comprenait 40% de poste destiné au président ; ce dernier a bénéficié en complément d’une charge d’enseignant à Bâle, lui donnant ainsi des moyens d’existence normaux pour un universitaire avec charge de famille. L’ennui, c’est que le soutien fédéral en question valait pour une période « de lancement » de la commission et qu’il a été supprimé en 2008. 

 

L’intéressé, qui a par ailleurs excellemment présidé la commission, a ainsi dû s’employer à chercher un emploi correspondant à ses compétences et qui ne soit pas bénévole. Une université suisse était une possibilité logique mais les voies de la relève académique, de mise au concours et de nomination, sont complexes et trop peu rapides. Rien ne s’est concrétisé à temps et le professeur Rehmann s’en va enseigner et poursuivre ses travaux scientifiques ailleurs. Regrettable, déplorable.

 

C’est là une illustration d’un vrai problème : la place qu’on veut bien accorder, au début du XXIe siècle, à la réflexion éthique : dans les sciences biomédicales mais aussi plus largement : changement climatique, problématique globale de l’eau, sécurité alimentaire, progression – que tous disent souhaiter ! – vers un monde susceptible d’être durable, au meilleur sens du terme, et tant soit peu plus équitable. Un pays comme la Suisse, malgré sa petitesse objective mais compte tenu de ses qualités et réalisations en termes de recherche scientifique ne devrait-il pas disposer de (et se payer !) un dispositif public en matière d’éthique qui se laisse voir ? On aimerait croire que la plupart de ceux qui légifèrent ou nous gouvernent réalisent l’importance de réfléchir aux bases éthiques de nos actions et de l’évolution de nos sociétés, mais les signes n’en sont pas éclatants…

 

Extrait d’une interview de Christoph Rehmann dans le Basler Zeitung du 31 janvier. Répondant à la question « Où la CNE met-elle la limite que la recherche ne doit pas enfreindre ? », il dit : « Partout là où la science perd le contact avec la réalité, le terrain, et où manque un lien avec les véritables besoins de l’être humain. (Il faut voir que) la recherche a sa dynamique et ses intérêts propres, qui tiennent à d’autres choses que seulement aider les personnes ».

 

 

 

 

 

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