29/03/2009

Vouloir le bien, faire le lit du mal

 

 

 

S'agissant du sida, les faits sont terribles en Afrique au Sud du Sahara; c'est, de loin, la région du globe la plus touchée par le sida : alors qu’elle compte 12 % de la population mondiale, plus des deux tiers de toutes les personnes contaminées par le virus VIH y vivent et on y enregistre les trois quarts des morts dues à la maladie… Cette fréquence est liée à des modes des de vie - notamment le statut social inférieur de la femme ; l’expérience de terrain montre que faire évoluer les cultures est une affaire de très longue haleine ; il y faut de la persévérance et de la compréhension des gens. Dans ce contexte, des admonestations vertueuses à l’abstinence sont hors sol, « extra-terrestres ». Elles peuvent influencer ici et là quelques fidèles mais ne sauraient avoir un impact à la mesure de l’urgence. Comme tous les responsables de la lutte contre le sida l’expriment fortement, le préservatif, loin d’être le diable que décrit Rome, est un moyen préventif simplement indispensable. Le fait est que dans ce registre comme dans quelques autres, les prescriptions de la Curie sont « hors de ce monde », et je ne parviens pas à vouloir forcer sur ce monde ce qui vaudra dans l’autre quand cela fait le lit du mal et la maladie. Devant de tels décalages, je sais le désarroi d’amis catholiques engagés. Combien de temps accepteront-ils de dire « Quand je ne comprends pas, j’obéis » ?

 

Dans ce canton depuis vint ans, nous avons collaboré, y compris avec des prêtres catholiques, à prévenir le sida par une éducation ouverte, non repoussante, sur la sexualité, permettant une gestion équilibrée par les jeunes de cette dimension de leur vie. De nombreuses observations montrent que cela prévient mieux les maladies vénériennes, les grossesses adolescentes et les dommages liés à l’ignorance, que les injonctions simplistes qui interdisent. Si bien sûr personne ne s’oppose à des objectifs élevés, la condition impérative, ici comme ailleurs, est que le propos corresponde à quelque chose dans l’existence de ceux auxquels on s’adresse. La réalité est, primo, que les exhortations du pape n’ont pas réellement de sens dans les conditions de vie des populations auxquelles il rend visite et, segundo, qu’elles prennent de manière désastreuse le contre-pied des efforts de prévention.

 

Le plus choquant c’est que les pays concernés sont ceux qui ont le plus besoin d’une approche pragmatique, qui ne juge pas, puisque que le sida continue à les ravager (alors que chez nous la situation est pour l’essentiel sous contrôle, grâce à la prévention et aux thérapies actuelles – thérapies souvent inaccessibles en Afrique). Cela étant, n’y a-t-il pas une forme de mépris des Africains à insister sur un discours ignorant les circonstances de leur vie quotidienne ? Un discours que dans nos pays la large majorité n’écoute plus. S’il n’y a pas mépris, pour le moins y a-t-il abandon, par le refus de considérer la réalité. Faut-il rappeler que la compassion devrait être une vertu chrétienne majeure ?

Dr Jean Martin, ancien médecin cantonal

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