15/01/2010

Début d’année… Simplifiez-vous la vie !

 

 

 

Avant les Fêtes, passé trois semaines outre-Atlantique : réunion d'un comité de bioéthique de l’UNESCO et visite familiale : plaisir de pratiquer le métier de grand-père et de lire. Ai relu l’excellent Three men in a boat, de Jerome K. Jerome, aventures de trois jeunes gens et un chien sur la Tamise à la fin du XIXe siècle (publié en 1889). Hilarant, superbe humour anglais, avec toutefois à plusieurs reprises des remarques misogynes qui seraient à juste titre très incorrectes aujourd’hui.

 

Puis, dans le genre du recueil de conseils pour mieux gérer votre existence (utile y compris à mon âge… !), ai lu un petit ouvrage appelant à simplifier sa vie (1), qui débute d’ailleurs par une citation de Jerome K. Jerome : « Que le bateau de votre vie soit léger, chargé seulement de ce dont vous avez besoin – une maison accueillante et des plaisirs simples, un ou deux amis qui méritent ce nom, quelqu’un à aimer et quelqu’un qui vous aime, un chat, un chien, une pipe ou deux… ». Elaine St.James, décrite comme, auparavant, une « yuppie whose life was consumed and consuming » (une jeune personne ambitieuse, hyperactive et consommante des années 80, adepte du « more is better »), en est venue à beaucoup plus de simplicité et moins de consommation et a élaboré 100 conseils y relatifs. Cela va des suggestions sur la tenue du ménage au style de vie, aux finances, au travail et à quelques special issues for women.

 

Il ne s’agit pas chez elle d’une option doctrinaire mais de réduire agitation et gadgets tout en maintenant un certain confort, de minimiser les contraintes de leur vie antérieure et d’en éliminer la complexité; en se souvenant toutefois que la simplicité pour l’un peut être la complexité pour l’autre ! Ainsi, une de ses recommandations est de consacrer beaucoup moins de temps et d’énergie à tout ce qui entoure les fêtes comme Noël et Nouvel-An : fini les cartes de vœux, simplification drastique des cadeaux et des réunions de circonstance ! A l’évidence, cela passera mal et tendra à compliquer les choses dans certains contextes - et les fêtes de famille ne sont pas toutes ennuyeuses. L’auteur lance des piques vives et réitérées contre la publicité omniprésente, exerçant une pression obsédante et liberticide sur le public, créant des consommateurs « perpétuellement insatisfaits, insatiables, angoissés et qui s’ennuient » !

 

Mettre un frein vigoureux à l’accumulation désordonnée dans notre vie ; désencombrer ! Règle à cet égard : si vous ne l’avez pas utilisé durant la dernière année, jetez-le (tremendously liberating, dit l’auteur). Avec une proposition pratique : mettre ce qu’on utilise peu ou pas dans des cartons, avec une étiquette portant une date, dans deux ou trois ans. Quand la date est arrivée et que rien ne vous manqué, jetez sans ouvrir ! Prospectivement, observer un temps de réflexion avant tout achat important.

 

Cesser d’être l’esclave de dispositifs sophistiqués de planification du temps (attention au moment où, au lieu de vous assister, le « planner » n’est plus un assistant mais est devenu un patron contrôlant). Vivre près de son lieu de travail. Si c’est imaginable, faire de son hobby son travail rémunéré. Eviter le busy work (s’occuper pour s’occuper, sans résultat notable). Faire une seule chose à la fois. Sélectionner (en commençant par faire fonctionner le répondeur) les appels téléphoniques auxquels on réagit ! Renoncer aux abonnements et appartenances à des organisations dont en fait on ne profite pas.

 

Il importe dit-elle de réaliser que les meilleures choses dans la vie sont gratuites et que faire moins peut signifier être, et même avoir, plus (de sérénité, de paix): prendre le temps d’admirer un coucher - ou un lever - de soleil, marcher, bavarder, lire un bon livre… Et aussi ne rien faire. Prendre ses vacances à la maison, elles peuvent être très réussies. Se coucher à neuf heures un soir par semaine, passer un jour par mois dans la solitude. Et des idées « à l’américaine » : cesser de faire les lits, passer un minimum de temps à préparer la nourriture (simplement prendre ce qu’il y dans le frigo...), limiter au strict nécessaire - et au conventionnel - sa garde-rob!

 

Apprendre à rire, et à méditer. Eliminer la crainte du « Qu’en dira-t-on » : être non pas ce que les autres ont envie que vous soyez mais vivre comme si la seule personne dont l’avis compte, c’est vous-même. Si sur une tâche donnée vos efforts ne donnent pas de résultat, laisser tomber plutôt que s’acharner (« on ne peut pas mettre une cheville carrée dans un trou rond »).

 

Et puis, si important : cesser de vouloir changer les autres : « Ce que les gens (y compris conjoint et enfants) souhaitent, c’est une écoute soutenante. Ils changeront quand ils seront prêts ». Apprendre à dire non (un besoin de beaucoup d‘entre nous) : « Merci de la proposition mais la réponse est non ». Si on a de la peine à être aussi direct, avoir sous la main une liste d’excuses passe-partout. Enfin, savoir tourner la page sur les expériences frustrantes et les échecs ; ne pas s’appesantir à se demander ce qui se serait passé si vous ou les autres aviez fait différemment. 

 

Joli programme, non ? Avec mes vœux.

 

Référence :

 

Elkaine St.James. Simplify your life. New York: MJF Books, 2001.

 

 

 

10/01/2010

Avez-vous lu le dernier Amin Maalouf ?

 

 

Ecrivain d’origine libanaise vivant en France, Maalouf a écrit des romans passionnants, situés en Méditerranée et au Proche-Orient (Léon l’Africain, Samarcande, Le rocher de Tanios qui a eu le Prix Goncourt, parmi d’autres). Tirant profit de sa double appartenance, il est aussi un observateur incisif de la vie du monde. Un de ses premiers livres est « Les Croisades vues par les Arabes » ; choc pour l’Européen qui se souvient des leçons d’histoire reçues ici. Plus écemment, autre ouvrage fort, Les identités meurtrières, et en 2009 Le dérèglement du monde (Bernard Grasset, 2009).

 

Ses analyses historiques ont beaucoup à voir avec les relations au cours du temps de l’Occident et du monde arabo-musulman, illustrant de manière éclairante les frustrations de part et d’autre. Il décrit la longue myopie des Occidentaux. Puissances coloniales alors, aujourd’hui surtout les Etats-Unis (parce que l’évolution du monde dépend la politique menée, parfois de manière bien étroite, dans ce pays où vivent 5% des Terriens seulement) ; brandissant l’étendard des valeurs chrétiennes et des principes issus des Lumières - dont personne ne nie l’importance - mais se comportant pratiquement en occupants et exploitants déterminés, souvent brutaux, guère ouverts à l’autre. D’où des ressentiments majeurs, des plaies qui ne cicatrisent pas dans beaucoup d’endroits (y compris Afrique, Extrême-Orient et Amérique latine). Avec l’auteur, je ne suis pas certain que nos politiques et diplomates aient une conscience adéquate de l’intensité de ces sentiments.

 

Maalouf n’est pas un pessimiste patenté mais son analyse l’amène néanmoins à souligner la manière dont (sous réserve des efforts de l’Administration américaine d’Obama – mais parviendra-t-il à faire tourner le vent ?), tous les ressorts sont montés pour de plus en plus de communautarismes (chez les musulmans mais aussi les chrétiens, juifs, hindouistes, voire matérialistes !), de plus en plus d’extrémismes, de plus en plus de terrorisme. Beaucoup voient et craignent la dérive qui fait que les efforts de dialogue et d’accommodements - au meilleur sens du terme - peuvent être réduits à néant par un geste ponctuel. Je prends parfois l’avion, je souhaite que cela soit sûr et comprends qu’un acte à visée terroriste dans un avion suscite de l’émotion. Mais que, depuis deux semaines, un tel acte rigidifie toute la scène politique des Etats-Unis dans une attitude du genre « guerre à tous ces méchants qui nous veulent tellement de mal » ne fait rien  en vue d’une solution. Des actes isolés ont le potentiel de réduire à néant les efforts réfléchis et patients des responsables qui voudraient éviter la mise définitive à feu et à sang de la planète. Préoccupant, non ?

 

Sur l’épineuse question de l’intégration des étrangers: dans l’optique d’une meilleure coexistence, «  Que faudrait-il pour que les migrants veuillent transmettre à leurs sociétés d’origine un message constructif, notamment sur l’expérience européenne ?  Il faudrait qu’ils y soient associés ; qu’ils ne soient pas en butte aux discriminations, aux humiliations, au paternalisme, chaque fois qu’ils montrent leur visage ’typé’ (…) - ce qui suppose que le migrant puisse assumer sereinement sa double appartenance. Pour cela il faut éradiquer le présupposé faux qu’une personne ne peut appartenir pleinement à deux cultures à la fois ». Que ce présupposé soit faux, c’est d’ailleurs ce que démontrent de nombreux Suisses - fantasme dangereux que de prétendre qu’il n’y a qu’une manière d’être Suisse, comme certains voudraient nous le faire croire.

 

Pages de conclusion : « Ce débat global ne nous quittera plus. Il ne faut pas s’attendre à ce que les tensions s’émoussent par le simple effet du temps qui s’écoule. Surmonter ses préjugés et ses détestations n’est pas inscrit dans la nature humaine (…) Réconcilier, apprivoiser (se souvenir du renard du Petit Prince - note de J.M.), pacifier sont des gestes volontaires, qui exigent lucidité et persévérance, qui s’enseignent, qui se cultivent (…) On parle de la crise morale de notre temps en termes du ‘perte de repères’; de mon point de vue, il ne s’agit pas de retrouver des valeurs perdues mais d’en inventer pour faire face aux défis de l’ère nouvelle ».

 

Il faut lire Maalouf … si on entend chercher les manières de « régler » mieux la vie d’un monde globalisé.

 

 

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