15/05/2010

Pour un avenir durable, nous devons changer de rêve

 

 

La Revue Durable, publiée sous la direction de Jacques Mirenowicz et Susana Jourdan (rue de Lausanne 23, 1700 Fribourg, www.larevuedurable.com.) mérite d’être - beaucoup - mieux connue. Dans le numéro 36 récent, entretien avec Olivier Abel, professeur de philosophie à Paris, qui a été membre du Conseil consultatif national français d’éthique. A propos de la panique latente en ce qui concerne l’avenir de la planète (surconsommation, énergie, réchauffement climatique) : « Tout un discours apocalyptique est présent dans l’islam et le protestantisme, en particulier aux Etats-Unis. Il n‘est pas marginal. Il est très présent, les trois quarts des bandes dessinées racontent des mondes abîmés, détruits ».

 

Aussi : « Le monde protestant est très lié à la modernité, aussi bien au capitalisme qu’au communisme. C’est un monde dans lequel on part ailleurs tout recommencer (…) C’est une belle utopie mais aujourd’hui la limite de cet imaginaire c’est qu’on ne peut précisément plus aller ailleurs ». Sur l’éthique discutée par Max Weber : « Nous plaçons trop au coeur de notre anthropologie l’homme travailleur et efficace. La créativité c’est bien joli mais les valeurs de cohabitation sont plus essentielles (…) La question du changement des habitudes est absolument décisive, dans un sens de convivialité et de frugalité". Ainsi, Abel tendrait à renverser le paradigme majeur où la Suisse et l’Europe voient  leurs chances pour l’avenir (société de la connaissance, consacrer prioritairement des ressources à la recherche). Dire autre chose est ce qu’on fait de mieux actuellement chez nous en termes d’hérésie…

 

Pourtant il ne veut pas tout casser. Quand le journaliste relève que, par exemple, l’urgence climatique apparaît extrême, Abel répond : « Ce que je redoute, c’est l’éboulement brutal. Il faut effriter la société tout de suite pour que les choses se fassent en douceur grâce à une multitude de petits éboulements. La société est un grand paquebot  auquel il faut du temps pour changer de cap ». 

 

Agir dans la société telle qu’elle est : « Dans l’idéologie d’un monde voué au pillage, à la barbarie, l’idée est de se retirer pour créer des îlots de culture, d’équilibre (…) Il va falloir un saint Basile ; il est allé chercher tous les anachorètes dans les montagnes d’Anatolie et les a encouragés  à être témoins, à revenir ensemble dans le monde ordinaire (…) Il va falloir un mouvement très fort qui dise : n’abandonnez pas ce monde-ci ».

 

Agir dans le monde ordinaire aussi pour qu’il reste démocratique. Dans le Nouvel Observateur du 20 janvier dernier, l'enseignant américain Russell Banks écrit que les Etats-Unis sont une « république qui tente depuis un siècle de devenir une ploutocratie (gouvernement par les riches) et qui est en passe d’y parvenir » - la Suisse est ici bonne élève si on pense à l’influence croissante de l’argent dans les partis politiques et au poids des lobbies. Abel a des paroles qui déplairont à ceux qui stigmatisent notre propension à l’auto-flagellation : « Nos démocraties ne pourront plus vivre dans l’hypocrisie qui consiste à être démocratiques à l’intérieur et fascistes à l’extérieur » (par rapport au reste du monde). Intéressant, non ?

 

Une évidence qui ne devrait plus être contestée est que personne ne se sauvera tout seul. D’où le besoin de ressouder la société et de faire face ensemble. « Il y a là une dimension imaginaire, culturelle. Qu’est-ce qui va nous faire rêver maintenant ? ». Bonne question : comment rêver juste et, au réveil, prendre les orientations que cela appelle ?  

18:13 Publié dans Monde | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

...personne ne se sauvera tout seul mais pour beaucoup l'attente d'une monde meilleur a déjà commencé depuis longtemps, pour les autres, bonne vacances de l'ascension ! mm

Écrit par : méchante madame | 16/05/2010

Je ne sais pas trop à quoi, à qui je faisais allusion, il y a tellement de choses différentes dans cet article que je ne savais pas par quoi commencer… Exit, c’est un mot pour les riches, la majorité des gens sur cette planète se contente de mourir, voir même de crever comme les bêtes. Alors une revue « durable » pour qui ? Force est de constater qu’ici en Suisse comme dans tous les autres pays dits riches on ne fait rien, mais alors rien du tout pour que cela change et ce n’est pas en comptant sur la bonne volonté de nos sociétés que nous changerons l’avenir de ceux qui n’attendent plus rien, qui savent depuis longtemps qu’ils n’ont pas d’avenir. Ici, les mots durables, écologie n’ont de sens qu’en voyant assez étroits pour surtout éviter de voir global. Ici global - dans le sens d’un avenir pour le monde - c’est avant tout notre économie, notre fric, nos privilèges et y compris celui de pouvoir passer par exit. Alors changer les rêves des occidentaux ? Je ne vois pas trop. Ce matin j’entendais que l’on parlait de prunes en pensant aux fruits de saison que proposait samedi une de nos grandes surfaces. Que voulez-vous que je vous dise ? Ecologie, développement durable, produit équitable, ce sont des mots qui me donnent des boutons…

Écrit par : méchante madame | 16/05/2010

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