29/08/2010

On ne dira plus « Bon appétit »… - Merci à Coline Serreau

 

C‘est avec des mois de retard que j’ai vu le film de Coline Serreau « Solutions locales pour un désordre global » illustrant comment, dans diverses parties du monde, des paysans et agronomes ont décidé de tourner le dos aux « merveilles » de l’agrochimie pour se  montrer plus respectueux de la terre/de la Terre - et ceci avec succès. Très éclairant. On se laisse aller à rêver (le pire n’est jamais certain) que ces démarches se propagent plus vite que les méthodes des multinationales du domaine. Méthodes délétères pour le sol qui devient inerte, qui meurt – avec diminution/élimination des êtres vivants qui y vivent et y jouent des rôles utiles ; et hautement délétères pour les populations concernées : quotidiennement des dizaines de suicides en Inde de paysans ruinés par le recours aux graines commerciales, aux pesticides et aux engrais puis dépossédés de leur terre.

 

Intéressant de noter que Coline Serreau se penche sur ces thèmes vitaux pour l’avenir de la planète après avoir donné dans le plus léger ; on se souvient de « Trois hommes et un couffin » ! Elle a promené caméra et micro sur plusieurs continents : tout particulièrement, en plus de la France, au Brésil et en Inde (on apprécierait aussi d’avoir des échos de Chine). Ainsi qu’en Ukraine (impressionnant ex-kolkhoze) et au Maroc.

 

Judicieux de rappeler que le système mondial actuel des échanges correspond à une importante assistance des pays du Sud à ceux du Nord (oui, du Sud au Nord), qui nous permet d’avoir le niveau de vie dont nous bénéficions. Des intervenants ont souligné que l’usage croissant du bio-éthanol comme carburant va affamer des populations défavorisées entières.

 

L’évolution agro-industrielle à large échelle a déraciné par dizaines de millions ceux qui vivaient dans les régions rurales ; elle a aussi déraciné les plantes, dit un agronome montrant un plant de vigne aux racines désorientées ! L’agriculture devient pour l’essentiel la « gestion de pathologies végétales ». J’ai il y a plus de trente ans travaillé durant deux ans en Inde, à l’époque où on propageait la Révolution verte. Les espoirs étaient grands et ont été déçus : des augmentations de productivité sans doute mais avec des effets collatéraux désastreux du point de vue environnemental, humain et (micro-)économique ; spécialement par la création d’une dépendance « ligotante » des cultivateurs vis-à-vis des semenciers et agrochimiques multinationaux. Qu’il importe de changer d’orientation saute aux yeux mais il y a beaucoup de myopes.

 

Introduire une dimension « genre » dans tout ce qui se passe dans nos sociétés a un côté cliché ;  il reste que, quand on souligne que la culture « douce », respectueuse de son environnement et du long terme, a des qualités de respect et de soin qui sont féminines, on a certainement raison.  Trouver un équilibre entre ce respect et ce soin et les poussées techniques, machinistes (machistes ?) d’efficacité uniformisante - et les périls associés pour la biodiversité…

 

Pour finir, ce mot d’une personne interviewée à propos de la qualité de ce que produit l’agriculture intensive industrielle : on n’osera plus souhaiter « Bon appétit » à ses convives, on leur dira « Bonne chance » !

 

13:13 Publié dans Monde | Lien permanent | Commentaires (0)

23/08/2010

Prédiction et prévention en médecine

On a annoncé récemment la découverte par des chercheurs belges d’une méthode permettant de prédire une évolution vers la démence de type Alzheimer; cela illustre les résultats importants auxquels peut mener la science. On a alors envie de penser qu’on est proche de la prévention de la maladie alors qu'en fait on en est loin - en  tout cas il n’y a pas forcément de rapport entre l’une et l’autre chose. Avant d'envisager de mettre en oeuvre un dépistage systématique au sein d'une population, un certain nombre de critères doivent être satisfaits, notamment de nature éthique. Un tel critère majeur est qu’on doit pouvoir tirer des suites pratiques pertinentes de la découverte d‘une pré-maladie : il est impératif de disposer d’un moyen thérapeutique améliorant significativement le pronostic de l’affection dépistée. De plus, le système de santé du pays doit être en mesure d’appliquer ce moyen à ceux qui le nécessiteraient. Si ces conditions ne sont pas remplies, on découvre des signes selon quoi des personnes ont - vraisemblablement - un avenir qui sera marqué par telle maladie et ceci sans pouvoir les aider. En termes bruts, on annonce une mauvaise nouvelle, cas échéant des années avant le déclenchement de la pathologie, et on ne peut apporter - au mieux - qu’un soutien moral… Alors que sans dépistage ces personnes vivraient sereinement, sans épée de Damoclès sur leur tête et sans les soucis graves ou la dépression que cette annonce entraîne. Ensuite, si on peut répondre positivement aux questions ci-dessus, il convient d'examiner la complexité et le coût (rapport coût-bénéfice) liés à l'objectif d'atteindre l'ensemble de la population qui devrait être testée.

21:28 Publié dans Médecine | Lien permanent | Commentaires (0)

17/08/2010

La RSR « la Première » lundi matin 16 août

L’heure d’actualité et débat de la RSR entre 7 et 8 heures chaque matin est le plus souvent bien intéressante. Lundi 16 août, prises de positions particulièrement claires, fermes, crédibles, de Léonard Gianadda d’une part, d’Elmar Ledergerber, ancien maire de Zurich, d’autre part.

 

Le premier, qui a créé la Fondation Pierre Gianadda avec le succès qu’on sait, poursuit aujourd’hui son mécénat dans sa bonne ville de Martigny dans le domaine social, notamment  en ce qui concerne des logements. Impressionnant d‘entendre – ce n’est pas la première fois – la solide et active gratitude qu’il manifeste à la cité suisse qui a accueilli son grand-père immigrant piémontais. Citoyen d’un canton voisin et ami, il m’est arrivé de me dire qu’il pourrait répartir plus largement, géographiquement, ses bonnes oeuvres… Mais qu’à cela ne tienne, on se réjouit de la chance de Martigny. Respect pour Léonard G.

 

Juste après, billet hebdomadaire d’Elmar L. (heureuse initiative de la radio d’inviter régulièrement ainsi de distingués Confédérés « d’outre en là »). A propos du commerce international des matières premières et de la nourriture (blé spécialement), il a eu des mots forts et bienvenus contre les spéculateurs – évoquant les perturbations majeures qui seront liées aux désastres naturels en Russie en ce moment (incendies etc.). Dont ces spéculateurs profiteront comme d’habitude - sauf changement de coeur pas terriblement probable, pour le grand malheur de populations et régions qui ont faim.