05/11/2010

La loi connaît le noir et le blanc, la vie est faite de nuances de gris

: la loi connaît le noir et le blanc, la vie est faite de nuances de gris)

 

 

Les échos médiatiques du procès du Dr Daphné Berner, accusée d’avoir pratiqué une euthanasie active, sont impressonniants, noptamment chez les internautes : l’unanimité (ou presque) des opinions lui sont favorables, certains en parlent comme d’une héroïne. Il faut dire que les caractères de la fin de vie de personnes souffrant de la maladie neurologique en cause sont tels que, sauf opposition dogmatique, « hors-sol », nous comprendrions tous que le patient veuille qu’on l’aide à mourir.

 

Est mis en évidence le caractère flou, souvent aujourd’hui, de la limite pratique entre l’assistance au suicide et l’euthanasie - où un tiers, une autre personne fait le geste entraînant la mort (je note à ce propos ces jours la publication d’un ouvrage romand sur le sujet, sous le titre « Il n’y a pas de mort naturelle… » - Editions Mon Village). Or, pour la loi, une situation est noire ou blanche alors que la vie est faite de nuances de gris. J’ai longtemps servi l’Etat, avec fierté, mais pense avoir appris qu’il y a des choses que la loi ne sait pas faire adéquatement. Confronté depuis vingt ans à la question de l’aide au suicide, comme médecin cantonal parlant avec ses confrères et au sein de la Commission nationale d’éthique, ma conviction est faite : pour des circonstances aussi personnelles et privées, la loi peut poser un cadre de principe (ce que fait bien l’article 115 du Code pénal) mais ne devrait pas aller dans le détail, devenir pointilliste. Une manière judicieuse de régler les situations limites est de donner aux Ministères publics (procureurs) la latitude de classer sans suite des cas qui ressortissent aux « nuances de gris » et suscitent la compréhension ; système que connaissent les Pays-Bas. Mais, chez nous, il faut compter avec l’allergie des Suisses au « pouvoir des juges ».

 

19:39 Publié dans Ethique | Lien permanent | Commentaires (0)