16/12/2010

L’indésirable sacralisation de la « vox populi »

 

Quel plaisir (quel soulagement…) de retrouver à la page « Opinions » de 24 Heures du 8 décembre la plume pondérée, au-dessus de la mêlée, d’Edmond Aubert. Il se peut que je sois un vieil aigri mais j’avoue mes regrets, partagés par d’autres, que des sages de sa qualité - ou comme l’abbé Philippe Baud par exemple - se soient faits si rares dans ces colonnes. Je partage sa crainte que notre incomparable (!) démocratie directe puisse devenir une machine totalitaire. On oublie que le mérite de la politique en Suisse était d’être un système où la majorité décide, mais dans le respect - ou au moins la considération attentive - des minorités (étant entendu que, aujourd’hui, celles-ci ne sont plus seulement les entités cantonales ou linguistiques). Ou dit autrement: en Suisse, la majorité peut imposer sa loi à d'autres... mais ne le fait pas.

 

Choquerai-je en rappelant Sénèque disant « La preuve du pire c’est la foule » ? Mais cela vient à l’esprit devant plusieurs menées politiques victorieuses des dernières années, faisant fi notamment des droits fondamentaux des personnes ou du droit supérieur ratifié par notre pays. Il est illusoire d'imaginer que, en votation populaire, les Suisses accepteraient unee modification constitutionnelle ou légale qui préciserait que, pour certains sujets, les citoyens décident « qui va décider pour eux » (les parlementaires donc), comme c’est le cas ailleurs, sans que chaque décision puisse être portée devant le peuple. Pourtant... Une partie des blocages politiques tient chez nous à ce que les parlements vivent sous la crainte (la terreur ?) constante du référendum. L’édifice institutionnel qui convenait aux enjeux des XIXe et XXe siècles devrait être adapté, dans le sens de hautes instances indépendantes telles que celles dont disposent la France et d’autres pays occidentaux - qui sont légitimées à dire que, parfois, des décisions soutenues par une majorité populaire ne sont pas acceptables dans un Etat de droit. 

 

21:33 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)

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