29/01/2011

De la foi excessive dans la concurrence en matière de santé

 

Le refus du Parlement vaudois d’entrer en matière sur une modification du financement en matière hospitalière (24 Heures du 26 janvier) va au-delà de la « gifle » au Conseiller d’Etat concerné. Peut-être est-ce de bonne guerre en préambule d’une année chaude d’ici aux élections cantonales, à ceci près que les milieux de l’économie qui coachent chaleureusement les députés de la droite de l’hémicycle les ont convaincus d’une thèse erronée : que la concurrence sans entraves est la panacée aux maux du système de santé. Pascal Couchepin a lui aussi trop cru les chantres de la dérégulation. Pourtant, si des mécanismes favorisant l’émulation, une certaine compétition pour la qualité et l’efficience – tout en faisant une place à la collaboration - sont souhaitables, la concurrence à l’américaine est hautement indésirable ; elle a fait des Etats-Unis le pays industrialisé le moins à même de fournir des soins adéquats à toute sa population. Il y a quelques jours, un parlementaire US a dit que la façon dont les républicains martèlent que la loi Obama sur la santé (qui pour la première fois introduit une dimension sociale/sociétale aux soins dans le pays) est désastreuse est proche de celle dont les nazis ont réalisé un lavage de cerveau anti-juif du peuple allemand – disant cela il a créé le scandale mais, en réalité, la comparaison n’est pas inepte.

 

La grande majorité des Vaudois n’ont certainement aucune envie que les soins de santé prodigués dans le cadre LAMal donnent lieu à des bénéfices rémunérant des actionnaires. Pas plus qu’ils ne veulent que les revenus de directeurs d’établissements soient sans limites – que cela existe pour les banquiers leur suffit sans doute.

 

Personne ne vise la disparition des cliniques privées, dans un système où elles assument le 15% des hospitalisations. Il convient toutefois que tout le monde (députés y compris) se souvienne que les cliniques privées ne prennent pour l’essentiel pas de cas complexes, lourds, où le pronostic vital est en jeu, et qui coûtent cher. Il serait normal que, si elles doivent oeuvrer de routine dans l’assurance-maladie sociale, des mesures adéquates soient prises pour éviter – précisément !- des distorsions de concurrence.

 

 

 

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12/01/2011

Le défi des « parentalités nouvelles »

 

 

La presse du 29 décembre apprenait au monde scandalisé ou enthousiaste la naissance de Zachary, fils d’Elton John et de son compagnon – son époux selon la loi britannique. Grâce au service rendu par une jeune Américaine, qui a « prêté son ventre » et probablement mis à disposition un ovocyte (techniquement, l’ovocyte pourrait aussi être celui d’une autre femme). Une telle situation est illicite en Suisse, prêt d’utérus et don d’ovocyte sont tous deux interdits par la loi fédérale. Cependant, on peut être certain - à supposer que ce ne soit pas déjà le cas - que des couples homosexuels suisses, hommes ou femmes, iront en nombre croissant chercher ailleurs une aide en matière de procréation médicalement assistée par des modalités illégales chez nous (une cause du phénomène étant l’hétérogénéité des législations nationales, y compris entre pays proches). Rentrant au pays, ces personnes seront menacées de poursuites pénales et/ou rencontreront des difficultés graves en termes d’état civil. La question est alors : aussi longtemps que de tels cas restent exceptionnels, la société vivra tant bien que mal avec la dissonance qu’ils créent. Mais que fait-on quand ils se multiplient comme ils le feront vraisemblablement dans l’avenir ? Malgré les infractions qui ont permis à ces enfants de naître (!), on devra impérativement d’un point de vue d’éthique sociale leur garantir les mêmes droits et possibilités qu’à leurs contemporains ; si on ne le faisait pas, ils n’auraient nulle part où se tourner – et on n’imagine guère que, après avoir surmonté de nombreux obstacles, un couple homosexuel dans ce cas donne son enfant pour adoption... A l’évidence, nos systèmes civils et politiques seront mis au défi de trouver des solutions acceptables

 

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