24/02/2011

Entendre Ingrid Betancourt – Impressionnant

 

Mardi soir 14 février, à Vidy, Grand débat Payot avec Ingrid Betancourt. Informé de son passage, je m’étais dit que l’ancien de l’Amérique latine que je suis (comme médecin de brousse au Pérou il y a longtemps, dans le type de jungle où elle a été prisonnière) ne pouvait guère rater ça - mais un peu comme on a envie de voir un « people » de près.

 

Cela n’a pas été cela du tout. Dès ses premières réponses aux questions d’Isabelle Falconnier, la femme, la dame, l’être humain qui a vécu six ans et demi comme otage, marque, surprend, par cette pondération, cette clarté, une sérénité. « J’ai pardonné », c’est beau mais cela semble trop beau. Un moment plus tard « J’ai décidé de ne plus critiquer les autres » ; critiquer ne fait progresser personne, nous le savons tous mais bien rares sont ceux qui pratiquent. Un Colombien dans la salle, avant de dire qu’il a été déçu qu’elle ait demandé un dédommagement financier au gouvernement, rend à juste titre hommage à la dimension spirituelle de ce que nous entendons - au reste, s’agissant de la demande de compensation, Ingrid B. explique qu’une loi du pays existe dans ce but et qu’elle a présenté la même demande que les personnes libérées avec elle ; mais que les médias colombiens se sont focalisés, de manière critique et durablement, sur sa requête seulement. Je ne peux juger mais elle a évidemment été blessée - ses proches aussi.

 

Une auditrice parle de Jean-Claude Kaufman, autre otage célèbre, qui a dit après sa libération qu’il n’avait pas de cesse avant que les autres otages soient libérés, qu’il portait constamment ce fardeau. Vivez-vous la même chose ? « Oui, pendant la plus grande partie des deux ans qui viennent de s’écouler mais plus aujourd’hui. Un matin récemment, je me suis réveillée en pensant ‘je me réveille comme avant’ ». Et d’ajouter qu’elle est heureuse, qu’elle souhaite continuer à l’être ;  elle donne ce conseil qui peut faire du bien à tous : « Ne pas/ne plus se donner de bonnes raisons d’être malheureux. Quelle qu’ait été notre existence, vivre dans le présent, et avoir de la gratitude pour ce que l’on a ».

 

A ce stade, elle n’est plus intéressée par la politique, sans exclure que cela puisse revenir. Elle a très envie d’écrire encore et des interventions l’encouragent à le faire. De fiction peut-être, où pourrait passer aussi son expérience de vie dont, une fois encore, la hauteur et une vraie sagesse secouent.

 

Interview et questions ont duré un peu plus d’une heure, pas assez pour être absolument certain que ce qu’on ressent est bien « juste ». Mais le sentiment est fort d’un apport substantiel. Je vais lire son ouvrage « Même le silence a une fin ». 

 

 

 

21:20 Publié dans Monde | Lien permanent | Commentaires (1)

23/02/2011

Eviter toute discrimination - La responsabilité des médias

A propos de la réflexion de Daniel Cornu « Un Suisse fracasse le crâne d’un compatriote... » - 24 Heures du 2 février 2011

 

Merci à Daniel Cornu, médiateur d’Edipresse Suisse, pour son billet sur le danger de discrimination dans les médias. Tout en sachant que le sujet n’est pas simple, la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA) , dont j'ai l'honneur de présider la section vaudoise, s’en préoccupe et salue la prise de position du Conseil de la presse soulignant que « L’essentiel est de proscrire toute forme de discrimination », en particulier quand  cela peut « généraliser des jugements de valeurs négatifs ».

 

Une question m’est parfois posée à cet égard : « Pour ne pas être raciste, est-ce qu’on doit alors absolument aimer tout le monde ? ». Pas forcément. On a le droit d’avoir une préférence pour ceux qu’on considère comme des amis proches. Ce qui est impératif par contre, c’est de respecter tous et chacun. Y compris ceux qui sont différents par la couleur de la peau, le type d’habillement, ou à cause d’un handicap, ou parce qu’ils ne réagissent pas comme nous aux circonstances de la vie quotidienne. Les gens sont différents, il n’est pas interdit d’en parler si on le fait sereinement, sans parti pris ; c’est mépriser, insulter, ironiser, sous-entendre, considérer l’autre comme un inférieur - et bien sûr agresser physiquement - qui est inadmissible.

 

La LICRA- Suisse, sous l’égide de son président Jean-Philippe Rapp, organise des « Cafés LICRA » qui donnent l’occasion de débattre de ces thèmes. A fin janvier à Genève, le premier parlait des Roms, et bientôt un autre sera précisément consacré au rôle des médias. Le 16 mars,  au Bourg à Lausanne à 19 h. 30, le troisième traitera de discrimination dans le sport, dans le cadre de la Semaine lausannoise d'actions contre le racisme.

 

 

 

 

 

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02/02/2011

Ne pas oublier Auschwitz - En parler à nos petits-enfants

 

Récemment, bien intéressante émission De quoi je me mêle sur "La Première" de la RSR, avec un reportage sur le camp de concentration d’Auschwitz, centre du système nazi de « solution finale », coeur de la constellation des lieux d’extermination des juifs et d’autres groupes (homosexuels, tziganes, opposants politiques etc). Elle met en évidence les enjeux majeurs aujourd’hui en rapport avec ces pages funestes de l’histoire : primo, ne pas oublier ; secundo, comment passer le message aux nouvelles générations, alors que les quelques rescapés des camps encore vivants ont 80 ans et plus – ceci en relevant que, pour un enfant, ce qu’ont vécu les grands parents fait partie de son histoire, tandis que ce qu’ont vécu les aïeux plus lointains, c’est de l’ histoire). Tertio, encore et encore, il faut se demander comment cela a été possible : comment une population intelligente et cultivée comme celle de l’Allemagne a pu être « séduite » par un mouvement populiste extrêmiste qui a mis sur pied une telle machinerie de mort. Avec un ami, j’ai visité Auschwitz-Birkenau en octobre dernier. Comme le journaliste de la RSR, j’ai vivement ressenti l’importance du non-oubli et ai cherché à y contribuer par une « Lettre à mes petits-enfants » dans le Bulletin des médecins suisses (no. 49/2010 - consultable sur le web). Nous sommes aujourd’hui confrontés à de grands et nouveaux défis ; il reste que, comme l’a dit Churchill, c’est généralement parce qu’on n’a pas donné attention aux enseignements de l’histoire que, plus tard, des décisions inadéquates sont prises. Donc, se souvenir.

 

11:20 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (5)