25/02/2012

Hommage au Dr Aldo Calanca

 

 

 

C’est un médecin unanimement apprécié de ses patients comme de ses confrères qui nous a quittés le 9 février, dans sa 83e année. Le Dr Aldo Calanca a été médecin-cadre à l’Hôpital psychiatrique universitaire vaudois de Cery durant plus de vingt ans. Tout au long de sa carrière il a fait preuve d’originalité. Ainsi, il s’est beaucoup engagé dès les années 1970 dans la problématique lourde de la toxicomanie, aux drogues illégales comme à l’alcool. Ceci alors que rares étaient, parmi ses confrères psychiatres, ceux qui s’attachaient aux addictions, dont l’importance en termes de santé publique était pourtant manifeste. Dans un autre domaine lui aussi vu comme difficile, il est devenu une référence pour l’évaluation des situations transgenre.

 

En tant que médecin cantonal, j’ai eu le privilège de collaborer étroitement avec lui, dans la durée, en rapport avec les prises en charge à l’aide de méthadone. Grâce au charisme et au style confraternel du Dr Calanca a été mis sur pied un programme de perfectionnement destiné aux médecins suivant des toxicomanes à leur cabinet ; programme qui a représenté un moyen substantiel d’échanges et de soutien professionnel, pour des dizaines de praticiens acceptant de s’engager dans le suivi, qui a ses frustrations, de personnes abusant de substances.

 

Dans ses fonctions hospitalières, Aldo Calanca participait à l’enseignement aux étudiants et assistant ; beaucoup s’en souviennent comme l’un des meilleurs qu’ils aient eus. Il était l’auteur principal d’un Vademecum de thérapeutique psychiatrique (chez Médecine et Hygiène) dont, belle preuve de son apport, la 10e édition a été publiée quelques semaines avant qu’il ne s’en aille sans crier gare.

 

Dans ses nombreux sujets d’intérêt extraprofessionnels, il s’est là aussi montré atypique, surprenant parfois, comme l’a rappelé sa fille Manuela lors du service funèbre. Surtout, amateur de musique, il était un clarinettiste/saxophoniste de jazz passionné. Beaucoup de raisons de garder de lui un souvenir ému. Ciao dottore !

 

 

 

 

 

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12/02/2012

Implants mammaires PIP : A propos de la mission de l’autorité sanitaire

 

L’affaire des implants mammaires PIP donne lieu à de multiples questions. Partout les autorités sanitaires nationales s’efforcent de répondre aux craintes des patientes. Toutefois elles le font de manière non uniforme et ne recommandent pas systématiquement le retrait de ces prothèses lorsqu’elles n’occasionnent pas de troubles.

 

On peut se demander si ces instances assument véritablement leur mission ou si elles devraient prendre des mesures plus larges et/ou plus fermes. Le directeur de Swissmedic dit que son institut a fait son travail au sens des dispositions qu’il a le mandat d’appliquer. Dans le cas particulier et sans sous-estimer les préoccupations compréhensibles des femmes concernées, le fait est que le risque de complications graves est très faible. Ce qu’on sait ne demande pas d’envisager les mesures urgentes et contraignantes, à large échelle, que requiert par exemple un danger de pandémie. En Suisse, on n’aime pas (du tout !) que l’Etat donne des ordres qui ne seraient pas fondés sur une base légale claire et des motifs convaincants. Oui, l’autorité sanitaire peut, au motif de la clause d’urgence ou de celle de police, prendre des mesures non fixées par la législation spécifique. Mais le principe de proportionnalité doit être respecté : la gravité de la mesure doit être en rapport avec le risque évité, respectivement le bénéfice escompté.

 

Quelles actions seraient- elles judicieuses pour mieux répondre aux questions à propos des PIP ? L’ouverture d’une « ligne rouge » avec des répondant(e)s compétent(e)s par exemple. Plutôt que les Services cantonaux de la santé, voire l’Office fédéral, il serait pertinent « techniquement » parlant que les sociétés des disciplines médicales concernées (chirurgie plastique et esthétique, sénologie) mettent en œuvre une telle modalité. C’est  une des vertus du système suisse que des structures privées collaborent pragmatiquement avec l’autorité en remplissant des tâches d’intérêt général. Du côté du secteur public, on peut penser à des communiqués, avec les difficultés inhérentes à l’exercice car on n’évite pas les critiques : d’aucuns trouveront qu’on alarme la population pour trois fois rien, les autres au contraire qu’on banalise le danger… On peut imaginer une campagne d’information (à cet égard, la Suisse l’a fait très bien en matière de VIH/sida depuis plus de vingt ans) ; cependant ceux qui disposent des deniers publics doivent toujours se demander si l’impact vraisemblable sera en relation avec les ressources investies.

 

Il me paraît que ce sont mes confrères médecins praticiens, dans leur activité quotidienne en cabinet privé ou en hôpital, qui peuvent avoir le rôle le plus utile, dans la relation thérapeutique personnelle et de confiance avec leurs patientes. Certaines connaissances sont établies : les implants PIP étaient de qualité insuffisante et se rompent parfois ; l’évaluation de la situation selon les sources disponibles ne justifie pas à mon sens qu’on incite toutes ces femmes, en urgence, à demander le retrait des prothèses (NB: toute intervention chirurgicale entraîne en soi des risques, qui peuvent être aussi notables que ceux du maintien de l’implant). Les données actuelles ne font pas suspecter un risque de cancer ultérieur.

 

Reste à savoir si le contrôle même des dispositifs en cause doit être renforcé, rendu plus détaillé. On peut toujours faire plus, mais est-ce toujours mieux ? Notre société est déjà très prudente, imposant de multiples preuves et contrôles dans le domaine médical notamment, dont on peut penser qu’ils retardent parfois la mise en œuvre de progrès - et le risque zéro n’existe pas. Du reste, dans le cas PIP, le problème n’est pas issu d’une erreur dans la supervision mais d’un mensonge du fabricant, donc d’un acte qui sera pénalement puni.

 

Un mot sur les caisses-maladie : dans le cadre légal en vigueur et dans un Etat de droit libéral, l’autorité publique ne peut pas, me semble-t-il, imposer à ces assurances (qui mettent en œuvre la LAMal, mission d’intérêt public, mais qui sont privées) de prendre en charge les retraits de prothèse pratiqués préventivement, simplement pour tranquilliser la patiente (sous réserve donc d’une pathologie claire ou si des arguments scientifiques venaient demander un tel retrait dans tous les cas). Rappelons aussi que la grande majorité de ces prothèses sont  posées pour des raisons esthétiques, elles ne sont donc pas remboursées par la LAMal. Par contre, cela reste la liberté des assurances complémentaires, oeuvrant sur une base légale autre, d’envisager à bien plaire d'assumer ces frais.

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06/02/2012

Interculturalité

 

Ma famille et moi avons vécu huit ans outremer, il y a longtemps ; j’ai coutume de dire que cela nous a marqués au long des décennies qui ont suivi. Entre autres choses, en ces temps de xénophobie (qui toutefois, et ça fait du bien, semble s’essouffler tant soit peu), je souligne avoir toujours trouvé enrichissant de rencontrer des personnes, de rendre visite à des sociétés, qui ont des cadres socio-culturels différents du nôtre.

 

J’ai été intéressé par la lecture de « La migration comme métaphore » (Ed. La Dispute, Paris, 2011), le nouveau livre de Jean-Claude Métraux, pédopsychiatre qui a travaillé trois ans au Nicaragua en guerre à la fin des années 1980, puis a créé Appartenances, à Lausanne et est  une figure de la  scène des soins aux personnes migrantes. Ouvrage très nourrissant, en trois parties : une première où il parle de ses propres migrations, de celle de ses parents/grands-parents avant lui (en Suisse romande) et des dynamiques migratoires ; une deuxième où il critique les approches adoptées chez nous dans le passé récent. La troisième rassemble des considérations importantes pour la qualité de l’action des aidants concernés, qu’ils soient du domaine de la santé, du social ou de l’éducation.

 

Nous sommes tous attachés à notre héritage historico-culturel. J’y pensais il y a peu en assistant à un concert des Fifres et Tambours des Collèges lausannois, un corps auquel j’appartenais il y a tantôt 60 ans… Beaucoup de plaisir, j’aime cette conjonction de deux instruments seulement (dont un guère mélodique) ; il est vrai qu‘ils étaient surtout présents dans le passé dans la vie militaire et sur les champs de bataille, mais ils sont aussi une marque principale de l’incomparable Carnaval de Bâle. Ai rencontré un ami tambour de l’époque qui me disait qu’un de ses petits-fils avait intégré ce corps de musique, sans savoir que son grand-père y avait été (ça fait toujours plaisir). Et j’ai pensé à nos propres petits-enfants, qui vivent près de New York. Ils viennent chaque année un mois en Suisse et savent qu’ils sont aussi Suisses, mais il reste que leur vie est celle de petits Etats-uniens. L’idée me traversait que, s’ils étaient ici, ils pourraient participer à ces traditions vaudoises ou helvétiques auxquelles, tout en me pensant citoyen du monde, je reste attaché. 

 

Le Dr J.-C. Métraux dans le livre susmentionné, souhaite entre les migrants et la société d’accueil la « co-construction d’un monde de sens partagé, d’un espace commun » et souligne l’importance essentielle de la reconnaissance mutuelle -  dans les deux sens de la reconnaissance qui sert à identifier et de celle qui a une dimension de mutualité. Important donc que je comprenne que mes petits-enfants sont partiellement seulement des petits Suisses (que leur enfance ne saurait être comparable à la mienne !) et que, ensemble, nous avons à  « co-construire » quelque chose (les choses d’ailleurs ne se présentent pas mal).

 

Une minute cinéma encore, pour évoquer « Intouchables », film roboratif qui nous encourage à penser que des cultures  différentes  - différentes à plusieurs égards – peuvent se conjuguer pour que ça marche.

 

 

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