28/01/2013

Faire la morale n’est guère apprécié mais nous avons besoin de morale

 

Fin janvier, dernier moment pour les bonnes résolutions de début d’année... J’ai comme père et grand-père la tentation de prodiguer de bons conseils, mais ce n’est plus la mode. Cependant, comment ne pas souligner que, si le droit se limite à dire ce qui n’est pas acceptable, la morale elle a un rôle sociétal plus exigeant et nécessaire ? L’exemple crasse aujourd’hui est celui de la finance. Bien que certains politiques veuillent (faire) croire que ces comportements scandaleux étaient le fait d’une minorité de personnes, les preuves s’amoncellent que, dans les plus grandes banques de la planète, il y avait (il y a encore ?) une culture de la fraude  et du mensonge, à large échelle.

 

La Suisse héberge de grands consortiums dont les activités posent question en terme d’éthique. Le 17 janvier à Berne, Swissaid organisait un grand débat avec la participation de hautes personnalités des domaines publi et privé, dont deux Secrétaires d’Etat, sur la transparence dans le secteur des matières premières. Citation du document d’invitation : «  La toile de fond du débat est le fait que, dans des pays comme le Niger, l’Angola ou le Congo, en dépit d’une immense richesse en ressources minières, beaucoup survivent dans un dénuement extrême » (NB : on parle même de malédiction des ressources). « La Suisse, plus grande place du négoce des matières premières au monde, devra assumer sa responsabilité dans la réglementation » indispensable. Enjeu fondamental de morale au plan international, avec actuellement des effets négatifs sanitaires et sociaux majeurs. Pas acceptable de se voiler la face derrière des arguments de liberté entrepreneuriale.

 

Problème très pratique pour les services de santé depuis des décennies, l‘exode des cerveaux (brain drain). De dizaines de milliers de médecins et plus encore d’infirmières, formés à grands efforts dans les pays en développement, sont engagés dans nos pays et y restent. Même si on peut dire que c’est leur droit de vouloir émigrer, cela reste un hold up au détriment de la santé des populations des régions d’origine. L’OMS  a émis un Code de conduite pour ses Etats-menbres mais on est encore loin d’une situation satisfaisante. Noter aussi que l’équivalent (financier et en termes de compétences) de ces aides des pays pauvres aux pays riches est plus élevé que ce qui est fait par ces derniers au titre de la coopération. Que la riche Suisse soit incapable de former les personnels de santé dont elle a besoin est simplement inadmissible. L’OMS est aussi très soucieuse d’une accessibilité adéquate des médicaments dans les pays défavorisés, y compris et notamment en ce qui concerne leur prix.

 

Faut-il évoquer la longue saga de la colonisation et du néocolonialisme qui lui succédé. Beaucoup de discours sur les grandes valeurs et les droits humains alors que ces derniers sont de routine foulés au pied quand cela arrange ceux qui tiennent le haut du pavé. Je pensais vivement à nos rapports avec le tiers monde en lisant une biographie récente du médecin allemand de la région de Bâle qui a créé, en Amazonie péruvienne, un hôpital où j’ai travaillé entre 1968 et 1970*. Malgré le fait que les populations amérindiennes (les Premières Nations) s’efforcent de relever la tête, les classes possédantes continuent à exploiter, déplacer, mépriser.

 

Dans un autre registre mais toujours à propos de respect et d’égalité : peu avant Noël, sur Arte, un documentaire sur Billie Holiday. Avec l’évocation de la chanson « Strange Fruit » de 1939, évoquant ce que vivaient les Noirs américains trois quarts de siècle après l’abolition de l’esclavage, notamment les lynchages en toute impunité - une des premières manifestations du mouvement des droits civiques. Aujourd’hui, la vénération meurtrière dont est l’objet aux Etats-Unis le port d’arme, et ses conséquences comme la tuerie du 14 décembre dans le Connecticut, continuent à révolter qui n’est pas intoxiqué par la mythologie d’un droit « sacré » des héritiers des pionniers. L’immense difficulté (même pour Obama dans son second mandat) de promulguer un vrai contrôle des armes à feu laisse songeur.

 

 *Raymond Claudepierre. Le médecin des Indiens (Theodor Binder). F-68720 Illfurth : Editions Saint Brice, 2011.

 

Commentaires

en effet Cher Monsieur tout le monde a besoin de morale surtout la gauche et les trop nombreux autres qui rêvent du temps des Médicis! Avec la nouvelle révélation concernant les déchets triés à nouveau mélangés pour être brulés a défaut de sorciers st sorcières à mettre sur le bucher ,trouvons de quoi occuper les Protestants.
Pauvre Henri 4 il serait fort désapointé et qu'ensuite on ne dise plus aux anciens ,oh vous les vieux avec vos souvenirs! heureusement qu'ils sont encore dans nos mémoires pour savoir que cette fumisterie n'a d'égale que la lacheté de ceux qui s'imaginent pouvoir jouer gratuitement avec la santé du peuple en s'imaginant à tort que tout le monde croit encore aux contes de la Saint Eloi !que les Eloims en grand nombre sur Internet redescendent sur terre et leur faire la morale ne sert à rien ils sont déjà dépourvus de tous sentiments humains

Écrit par : lovsmeralda | 02/02/2013

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