23/02/2013

Vigueur et lucidité d'un "vieux magnifique"

Lors du Congrès de CURAVIVA à Lausanne des 14 et 15 février dernier, consacré aux personnes âgées (et particulièrement aux personnes âgées dépendantes - CURAVIVA est l'association suisse des EMS), le journaliste Jacques Pilet, dans un exposé remarqué, a parlé de ces "vieux mangifiques", évoquant  Edgar Morin, Stéphane Hessel, l'acteur Michel Bouquet, parmi d'autres.

Vendredi 22 février sur France 5, dans l'émission mensuelle "Les Grandes Questions" de F.-O. Giesbert, il y avait Edgar Morin, deux autres philosophes, Axel Kahn et quelques autres.

J'ai une fois de plus été frappé par la vigueur du nonagénaire Morin, avec son appréciation lucide des enjeux auxquels nous sommes confrontés et que souvent nous ne voulons pas voir. Une de ses formules de hier soir: "Nous sommes possédés par la technique que nous croyons posséder - Nous sommes possédés par l'économie que nous croyons posséder".

 

15/02/2013

En politique, manoeuvres de retardement ou recherche de l'intérêt commun?

Par exemple: le PLR entend-il suivre les républicains étatsuniens ? Radical vaudois « historique », je suis préoccupé de voir le PLR s’éloigner de ce qu’il a été durant 150 ans, dans notre canton en particulier ; à savoir un grand parti de centre-droite  encourageant l’économie et le développement tout en gardant à l’esprit l’intérêt général et se montrant bâtisseur de compromis.

 

Je réalise qu’il n’est plus omnipotent depuis quelques décennies. Son action actuelle néanmoins, au niveau du pays, illustre la perte de cette vocation libérale avec une vraie volonté sociale. Qu’on en juge à propos des votations prochaines et, par exemple, la position négative du Congrès suisse sur l’article constitutionnel sur la famille. S’aliénant ainsi une partie substantielle de sa base, notamment sa section féminine. Pour éviter de perdre des électeurs tentés par l’UDC, le parti s’associe à des démarches de retardement d’évolutions inéluctables. Compréhensible au plan tactique mais attristant sur le fond. La tactique ne devrait pas justifier le "n'importe quoi".

 

Je suis de longue date la vie politique des Etats-Unis. On sait que depuis quatre ans le parti républicain, tétanisé par le Tea Party qui le fait chanter, y pratique une obstruction systématique, bloquant des avancées législatives nécessaires (immigration, contrôle des armes, réforme du fonctionnement du Sénat), ce qui contribue à la réputation exécrable de « Washington » dans la population. J’aimerais penser que le PLR ne prend pas comme modèle, au détriment de l’intérêt commun, cette politique sectaire outre-Atlantique.

 

 

06/02/2013

Migration et système de santé - Histoire vaudoise

A l’occasion de son 125e anniversaire, la Policlinique médicale universitaire de Lausanne ademandé à l’Institut d’histoire de la médecine et de la santé publique d’étudier les interactions entre migration et santé dans le canton  au cours des deux derniers siècles. 

 

Migration et système de santé vaudois brosse un panorama des rapports entre la santé, la médecine, ceux qui la pratiquent, les pouvoirs publics et les mouvements de personnes ; que ces personnes migrent parce qu’elles viennent ici en villégiature ou pour s’y faire soigner, ou qu’elles cherchent refuge ou travail. Qu’elles soient riches ou pauvres et souvent maltraitées par la vie.

Mon intérêt personnel à sa lecture a été aiguisé par le fait que j’ai été, au service de l’Etat de Vaud, un « descendant » des protagonistes dont parle ce livre. 

 

Médecins, soignants et étudiants étrangers

 

La première partie du livre m’a parlé dans la mesure où j’ai vécu et parfois actionné les mécanismes à l’œuvre : questions et interventions auprès du Service sanitaire cantonal, du Conseiller d’Etat chargé de la santé qui prend l’avis du Conseil de santé. Décisions y relatives. Relations avec les associations professionnelles, la société cantonale de médecine au premier chef. Craintes chroniques de pléthore médicale. J’ai été frappé aussi par des remarques et décisions du registre du racisme, notamment  de l’antisémitisme ; tout en sachant que, avant et jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, l’antisémitisme était courant chez nous. Toutefois, on lit avec soulagement la manière dont en 1943 l’Université de Lausanne a refusé d’exclure des étudiants étrangers, notamment juifs italiens, disant qu’elle se place « au-dessus des partis, des nationalités et des contingences de race ».

 

Pratiquement proche du racisme, une certaine xénophobie surgit dans les prises de position rapportées (dans les premières lignes du livre, on voit le Conseil fédéral, en 1921, recommander de ne pas accepter d’étrangers dont l’« affinité ethnique » est trop différente). Inquiétude qui tend à se justifier par des allégations de formation insuffisante, d’usage de méthodes différentes, de mauvaise intégration, en un mot d’« étrangeté ». Crainte d’« invasion » (Überfremdung).

 

.Service de l’Etat, droit et justice…

 

La lecture m’a amené à un questionnement qui m’habite de longue date, à propos d’attitudes de ceux qui sont venus avant nous et que nous tendons à juger de manière critique. Aurions-nous fait beaucoup mieux ? Nous serions-nous élevés contre une position critiquable largement partagée par le public et les notables autour de nous ? Cas échéant, aurions-nous eu le courage de faire œuvre de désobéissance civile ?

 

Découverte de ce que le droit n’est pas toujours la justice (parfois même, summum jus summa injuria). Avec, scénario connu, le choix entre assumer malgré le malaise et s’efforcer de faire en sorte que ces situations se reproduisent le moins possible, ou rendre public son désaccord et démissionner ou être démissionné.

 

Pour être depuis longtemps en contact avec des organisations qui se préoccupent des personnes venues d’ailleurs, je sais avec quelle fréquence certains professionnels sont confrontés, avec leurs clients, à des situations où « ce n’est pas juste » : de ne pas croire celui-ci qui cherche refuge, de dire que ses troubles de santé peuvent adéquatement être traités dans son pays d’origine ou sont du registre de la simulation, etc.

 

Les maladies à travers les frontières

 

Dans la période considérée, il y a toujours eu des étudiants étrangers à Lausanne. Au début du XXe siècle, beaucoup venaient de Russie. Le livre rappelle des drames à large échelle liés aux épidémies de choléra dans ce pays, qui faisaient peur jusque chez nous – « St-Pétersbourg est à moins de soixante heures de Lausanne »…

 

S’agissant de maladies infectieuses, ma Guerre de Troie, avec beaucoup d’autres, a été l’épidémie VIH/sida. C’est vers 1985 qu’on a pris conscience de ce qu’il s’agissait d’un grand problème de santé publique. Avec l’explosion de problématiques éthiques majeures, alimentées par le fait que la science n’avait pas de réponse efficace. D’où une floraison de  propositions dont beaucoup menaient à des formes de stigmatisation, discrimination, limitation de la liberté des personnes concernées. Propositions auxquelles la Suisse a bien résisté grâce à des leaders de santé publique courageux, notamment à l’Office fédéral de la santé publique.

 

Les migrants, actuellement

 

On lit avec intérêt comment, au sortir de la Seconde Guerre, l’Académie suisse des sciences médicales confie à la psychiatre zurichoise Maria Pfister-Ammende le soin de mener une enquête sur la santé mentale des internés ; ses résultats viennent renforcer la perception des troubles dont ces derniers souffrent comme conséquences des atrocités de la guerre et des vicissitudes de leur parcours migratoire (notion qui n’a pas pris une ride !). 

 

L’influence du milieu, donnée majeure de santé publique, retient alors l’attention. L’intérêt  porté aux caractéristiques particulières des troubles de santé des migrants est d’abord le fait des psychiatres. Le Dr Jean-LouisVilla, de Lausanne, en vient à estimer que « son activité relève moins du traitement de pathologies psychiques que d’un travail de régulation sociale », « que c’est à chaque citoyen suisse de participer au bon accueil des travailleurs ». Toutes les notions pertinentes ne sont pas d’aujourd’hui.

 

Ceci, il convient de le noter,  à une époque où on pensait qu’il y a une (seule) bonne manière de se comporter si on se sent malade, vis-à-vis de soi et vis-à-vis du docteur ou de l’hôpital…  alors qu’il n’y a jamais qu’une bonne manière. Le besoin est maintenant largement reconnu de compétences cliniques transculturelles adéquates.

 

Référence: Taline Garibian et Vincent Barras.  Migration et système de santé vaudois, du19e siècle à nos jours. Lausanne : Institut universitaire d’histoire de la médecine et de la santé publique, 2012.