01/05/2013

Erudition, rapports maître-élève – sous quelles formes demain ?

 

Appréciant étymologie et domaines connexes, j’ai été intéressé par l’ouvrage d’un couple anglo-saxon qui s’est attaché à rassembler au cours des années, patiemment (à l’ancienne, ce que j’ai lu est la révision d’éditions antérieures), des données sur l’origine de coutumes et expressions (R. et L. Brasch. How did it begin New York: MJF Books, 2006). Traitant, parmi d’autres, d’idées et pratiques entourant la naissance, le mariage, la mort, les manières de table, la beauté et le vêtement, la médecine et la justice, le sport, la mesure du temps, la religion. 

 

Chemin faisant, j’ai pour quelques thèmes comparé leur discussion avec ce qu’en dit Wikipedia, en trouvant une bonne corrélation. Ainsi à propos de la césarienne: qui ne doit pas son nom au fait que Jules César serait né de cette manière (il a plus tard écrit des lettres à sa mère), mais plutôt son parent Scipion l’Africain, ou à une loi romaine prescrivant d’ouvrir (caedere) une gestante (immédiatement post mortem) pour sauver l’enfant. Rassurant en quelque sorte - malgré le côté « non garanti par une autorité » de Wikipedia, je trouve l’institution bien intéressante.

 

Cela a fait ressurgir une question qui m’intrigue : google et les autres ne signifient-ils pas la fin d’un rôle éminent de l’érudition personnelle ? On disait dans ma jeunesse que, pour être médecin par exemple, il fallait d’abord avoir bonne mémoire. Une des grandes supériorités de nos maîtres était l’étendue de leurs connaissances; le savoir de certains, parfois dit encyclopédique, était admiré – et il était un élément déterminant dans l’accession à certains postes. Logiquement, ce critère devrait perdre de son importance dans les évaluations de commissions de sélection diverses et multiples. Wikipedia nous met quasiment tous sur le même pied ; la compétence requise est de savoir lire. On me dira que la personne cultivée tient tout cela dans sa tête et peut le restituer à tout instant. Oui… mai je ne suis pas le seul à être surpris, lors d’une rencontre amicale ou familiale, de voir les générations qui me suivent se précipiter sur leur portable intelligent pour apprendre à la seconde même ce qu’est un terme, un endroit ou un phénomène évoqué qu’ils ne connaissent pas. 

 

La rapidité des évolutions est formidable ; il n’y a évidement pas d’autre option que de s’adapter. Dans mon domaine professionnel la médecine (par exemple), par quoi la distinction, dans le rapport maître-élève, que la banque de données personnelle (l’érudition) ne fera plus guère, sera-t-elle gardée vivante, opérante ? Plusieurs candidats sérieux tout de même : l’expérience (la seule chose qui ne s’apprend pas dans les livres… ni sur écran ? et encore, les simulations et autres « jeux » - gamification - vont être de plus en plus utiles, sans même compter les robots) ; la capacité à prendre du recul et à interpréter les informations, le sens clinique ; la qualité pédagogique ; celle du contact humain, et un certain bon sens (terrien ou pas, en tout cas avec les pieds plantés dans la réalité de la vie des gens).

 

 

 

20:12 Publié dans Formation | Lien permanent | Commentaires (0)

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