31/05/2013

La magie, parfois triste, de New York – Superbe lecture !

 

 Je ne vais en aucune manière bouder mon plaisir – moi qui ne suis pas souvent passionné, là je le suis. Colum McCann est cet écrivain (encore jeune, né en 1965) d’origine irlandaise, vivant à New York. Il a publié plusieurs livres racontant des histoires hors du commun, extra-ordinaires. Quoique romans, ils sont basés sur des réalités historiques que l’auteur va rechercher dans des documents et aussi sur le terrain : en Slovaquie pour Zoli, histoire d’une femme rom durant la Seconde guerre mondiale, dans les bas-fonds de New York pour Les saisons de la nuit. Je recommande vivement Let the great world spin.

 

L’histoire se tisse à New York et dans ses différents « boroughs » en 1974 (avec quelques dernières pages datées de 2006), autour d’un épisode acrobatique et esthétique devenu emblématique : la traversée en août 1974, sur un câble lancé entre les « Twin Towers » du World Trade Center, à 400 mètres de hauteur, du funambule français Philippe Petit. S’entremêlent les péripéties de vie de protagonistes bien différents : un jésuite qui, après une jeunesse difficile à Dublin, pratique la théologie de la libération en accueillant des prostituées noires dans le Bronx, et son frère arrivant d’Irlande en espérant réussir aux Etats-Unis ; un groupe de cinq mères de milieux socio-économiques disparates, qui toutes ont perdu un fils à la guerre du Vietnam (qui dure encore) et se voient de temps en temps pour en parler. Un couple d’artistes des milieux artistiques branchés et très « swinging » autour de Greenwich Village. Une jeune veuve guatémaltèque qui voudrait devenir médecin et ses deux enfants. Des communications difficiles, des amours, des accidents et des morts dans ces existences. En arrière-fond, l’enfance des deux frères à Dublin, avec une mère musicienne  très aimée, un père enseignant universitaire à Londres qui envoie un chèque mensuel mais qu’ils ne revoient qu’au décès de la mère. Dublin où on retrouvera brièvement le frère survivant (le jésuite meurt) trente ans plus tard. Et bien sûr la vie de la métropole urbaine qu’est New York. Un chapitre sur l’entraînement  acrobatique très astreignant de Philippe Petit, durant des années.

 

Talent de McCann de faire vivre l’existence quotidienne, ses vicissitudes et quelques joies. Tout en décrivant ces trajectoires humaines avec une sorte de recul, depuis l’extérieur en quelque sorte (même quand il se/nous met dans la peau d’une personne). Sans pathos ; en nous laissant par exemple imaginer les sentiments d’une femme qui perd l’amour de sa vie, ceux d’une prostituée attachante dont la fille est tuée dans un accident de circulation et qui, parce qu’elle a commis quelques larcins et « pété les plombs » en prison, ne peut pas s’occuper de ses petites-filles, prunelles de ses yeux - elle doit les voir confiées par les service sociaux  à une autre femme et se suicide en prison.

 

Description d’une époque, de ses drames (Vietnam), de ses excès (drogue, alcool, sexe - avant le sida !). On réalise que c’était avant internet aussi, même si le fils d’une grande bourgeoise de Park Avenue tué à Saigon y était pour des tâches informatiques ultra-sophistiquées de type hacking.  Juifs, catholiques, WASP (white anglo-saxon protestants), blancs, noirs, latinos ; la prostitution de rue et les acrobaties dans le même registre dans la jet set. Le fonctionnement judiciaire et la différence entre le droit et la justice. Sans que McCann s’y appesantisse (en général, il ne s’appesantit précisément pas), la problématique du racisme et des discriminations est là au.

 

Plaisir de la lecture, propos direct, jamais alambiqué. Juste ce qu’il faut de formules argotiques américaines. On sent des parentés avec Hemingway, Philip Roth, John Irving. Substantiel. Profond. Gripping. Si ce livre vous tombe sous les yeux ou la main, prenez-le.

 

 

 

08/05/2013

La magie, parfois triste, de New York - Superbe lecture!

 

 Je ne boude en aucune manière mon plaisir – moi qui ne suis pas souvent passionné, là je le suis. Colum McCann est cet écrivain (encore jeune, né en 1965) d’origine irlandaise, vivant à New York. Il a publié plusieurs livres racontant des histoires hors du commun, extra-ordinaires. Quoique romans, ils sont basés sur des réalités historiques que l’auteur va rechercher dans des documents et aussi sur le terrain : en Slovaquie pour Zoli, histoire d’une femme rom durant la Seconde guerre mondiale, dans les bas-fonds de New York pour Les saisons de la nuit. Je recommande vivement Let the great world spin (traduction française: « Et que le vaste monde poursuive sa course folle). 

 

L’histoire se tisse à New York et dans ses différents « boroughs » en 1974 (avec quelques dernières pages datées de 2006), autour d’un épisode acrobatique et esthétique devenu emblématique : la traversée en août 1974, sur un câble lancé entre les « Twin Towers » du World Trade Center, à 400 mètres de hauteur, du funambule français Philippe Petit. S’entremêlent les péripéties de vie de protagonistes bien différents : un jésuite qui, après une jeunesse difficile à Dublin, pratique la théologie de la libération en accueillant des prostituées noires dans le Bronx, et son frère arrivant d’Irlande en espérant réussir aux Etats-Unis ; un groupe de cinq mères de milieux socio-économiques disparates, qui toutes ont perdu un fils à la guerre du Vietnam (qui dure encore) et se voient de temps en temps pour en parler. Un couple d’artistes des milieux artistiques branchés et très « swinging » autour de Greenwich Village. Une jeune veuve guatémaltèque qui voudrait devenir médecin et ses deux enfants. Des communications difficiles, des amours, des accidents et des morts dans ces existences. En arrière-fond, l’enfance des deux frères à Dublin, avec une mère musicienne  très aimée, un père enseignant universitaire à Londres qui envoie un chèque mensuel mais qu’ils ne revoient qu’au décès de la mère. Dublin où on retrouvera brièvement le frère survivant (le jésuite meurt) trente ans plus tard. Et bien sûr la vie de la métropole urbaine qu’est New York. Un chapitre sur l’entraînement  acrobatique très astreignant de Philippe Petit, durant des années.

 

Talent de McCann de faire vivre la vie quotidienne, ses vicissitudes et quelques joies. Tout en décrivant ces trajectoires humaines avec une sorte de recul, depuis l’extérieur en quelque sorte (même quand il se/nous met dans la peau d’une personne). Sans pathos ; en nous laissant par exemple imaginer les sentiments d’une femme qui perd l’amour de sa vie, ceux d’une prostituée attachante dont la fille est tuée dans un accident de circulation et qui, parce qu’elle a commis quelques larcins et « pété les plombs » en prison, ne peut pas s’occuper de ses petites-filles, prunelles de ses yeux - elle doit les voir confiées par les service sociaux  à une autre femme et se suicide en prison.

 

Description d’une époque, de ses drames (Vietnam), de ses excès (drogue, alcool, sexe - avant le sida !). On réalise que c’était avant internet aussi, même si le fils d’une grande bourgeoise de Park Avenue tué à Saigon y était pour des tâches informatiques ultra-sophistiquées de type hacking.  Juifs, catholiques, WASP (white anglo-saxon protestants), blancs, noirs, latinos ; la prostitution de rue et les acrobaties dans le même registre dans la jet set. Le fonctionnement judiciaire et la différence entre le droit et la justice. Sans que McCann s’y appesantisse (en général, il ne s’appesantit précisément pas), la problématique du racisme et des discriminations est là au.

 

Plaisir de la lecture, propos direct, jamais alambiqué. Juste ce qu’il faut de formules argotiques américaines. On sent des parentés avec Hemingway, Philip Roth, John Irving. Substantiel. Profond. Gripping. Si ce livre vous tombe sous les yeux ou la main, prenez-le.

 

 

 

14:07 Publié dans Lettres | Lien permanent | Commentaires (0)

05/05/2013

La "boîte à bébé" est une fausse bonne idée

 

 

Les boîtes à bébé reprennent de l’actualité. Selon des sondages, notre population y est favorable. Délicat dans ces conditions de dire son avis que ces « boîtes » sont une fausse bonne idée. Mais, même si chacun comprend qu’une mère peut dans certains cas souhaiter l’anonymat, on doit absolument penser à l’intérêt de l’enfant, dont le droit à connaître ses origines est maintenant largement reconnu.

 

Il est anachronique de vouloir recréer chez nous l’institution française de l’accouchement sous X, qui existe depuis plusieurs siècles mais est actuellement contestée. Le Comité des droits de l’enfant des Nations Unies, présidé par l’éminent juge suisse Jean Zermatten, s’y oppose ; il est clairement critiquable, vis-à-vis de l’enfant et de l’adulte qu’il deviendra, de collaborer à « camoufler » son origine. Et c’est bien ce que des hôpitaux font avec ces boîtes. Un Etat de droit ne saurait encourager une telle démarche !

 

Certains laissent entendre que les nouveau-nés recueillis seraient décédés si une « boîte » n’avait pas été disponible. C’est très invraisemblable ; ce qu’on sait des cas d’infanticide ou de mauvais traitements graves indique que les mères concernées ont des problèmes autres, par exemple de santé mentale. Un souci majeur est que l’abandon du bébé dans une « boîte » soit le résultat de pressions de l’entourage de la femme - et donc contre son avis. Ceci sans qu’aucune discussion ou médiation, qui pourrait avoir un effet préventif, soit possible puisque cela se passe dans un complet anonymat.

 

Ainsi, il est impératif de réfléchir au-delà du « bon cœur ». Il serait désastreux que, au XXIe siècle, la « boîte à bébé » vienne à être considérée comme un progrès.

 

10:26 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (1)