02/06/2013

Science et spiritualité – Le temps est venu de chercher ensemble

 

Le Dalaï Lama, guide spirituel des Tibétains, a récemment passé par la Suisse. Il était à l’Université de Lausanne en avril pour une rencontre sous le titre « Vivre et mourir en paix – Regards croisés sur la vieillesse ». Le professeur Philippe Moreillon, animateur de la journée, commence par une question à laquelle chacun répondra de son côté: que dire à un enfant qui demande à son grand-père si c’est bien de devenir vieux… Le psychologue Dario Spini mentionne trois attitudes, qui peuvent être complémentaires : lutter contre  le vieillissement (anti-aging), le compenser par divers moyens et techniques, chercher à en faire un facteur de croissance personnelle. Là et à plusieurs autres reprises, le Dalaï Lama met l’accent sur la chaleur du cœur, la compassion et la paix de l’esprit – esprit qu’il s’agit constamment d’entraîner.

 

Il partage le souhait qu’on soit attentif à l’isolement des personnes âgées, sans oublier que certaines apprécient la solitude (recherche de paix intérieure). La question est posée de la démence ; il se contente de répondre que, bien sûr, le dément reste une personne. Tout en notant à plusieurs sujets que les situations-limites complexes devraient être examinées au cas par cas. Aussi – et cela nous change d’autres « guides », il ne craint pas de répondre « Je ne sais pas » à plusieurs questions.

 

Définition de la mort : pour l’invité de l’Université, c’est le moment où l’âme quitte le corps. Il y a selon la doctrine bouddhiste huit niveaux successifs de dissolution de la conscience ; guère possible ici de faire un pont avec les définitions médico-scientifiques. Il mentionne les cas rapportés de lamas, remarquables par leur savoir et leur manière de vivre, dont le corps est  resté peu changé (fresh, dit-il) pendant plusieurs semaines après la mort.La débat a aussi traité des rituels. Le Dalaï Lama a du respect pour l’affliction personnelle lors d’un décès mais dit accorder peu d’importance aux cérémonies (y compris au son de trompettes tibétaines !). Surprise, alors que beaucoup estiment important qu’il soit pris congé du défunt par un service funèbre plus ou moins ritualisé. A mettre en lien avec le fait que la mort n’est pas une fin pour le bouddhiste, qui croit à la réincarnation ?

 

Pour le Dalaï Lama, spiritualité et démarche scientifique se complètent ; aucune contradiction avec la doctrine bouddhiste. Son discours est fait de grande expérience spirituelle et de beaucoup de bon sens : « Il est nécessaire de poursuivre la recherche, meilleur moyen d’utiliser l’intelligence de l’homme ». Cette absence de réticence frappe par rapport aux réserves d’autres instances spirituelles qui peuvent voir les chercheurs comme des Faust (pour le moins potentiels).

 

Il insiste sur le besoin d’une éducation généralisée à une éthique universelle séculière. En effet, comment ne pas voir qu’il faut développer, partout, une plateforme fondamentale, en espérant répondre aux défis pratiques et moraux d’aujourd’hui. Option différente de celle d’autres leaders religieux : le Dalaï Lama souhaite un fondement laïc sur lequel chaque personne, et chaque société ou culture, pourra greffer les apports de sa propre tradition - « L’amour bienveillant et altruiste est beaucoup plus large que la religion ». Le fait est, dans plusieurs régions du monde aujourd’hui, qu’on voit trop d’exemples de prosélytisme donnant lieu à des antagonismes aux effets négatifs – et tant d’affrontements, souvent meurtriers, de la nature de guerres de religion. Il souligne qu’il n’attend pas de ceux qui le suivent qu’ils le fassent par acte de foi ou dévotion mais dans une démarche de questionnement et expérimentation. L’humour du Dalaï Lama est souvent relevé : à propos des problèmes actuels, il juge que nous devons les résoudre nous-mêmes, il ne serait pas fairplay d’attendre de Dieu qu’il les règle…

 

Cette journée, ainsi que des développements comparables ailleurs, illustre un vrai changement de paradigme par rapport aux attitudes des scientifiques il y a une ou deux générations.*Il devient convenable et souhaité pour les scientifiques de s’intéresser à la spiritualité.

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