08/06/2013

Le « Indignez-vous ! » d’un honnête homme engagé

 

 A propos de « Nus parmi les chacals - Enfance opprimée », de Raymond Durous (L’Aire, Vevey, 2013)

 

Raymond Durous a 77 ans. Petit-fils d’immigrés italiens, subissant pour cela des avanies diverses dans le quartier de Lausanne où il a passé son enfance. Il est devenu instituteur puis enseignant secondaire de français, histoire et géographie. De longue date, il y a chez lui un engagement vigoureux, concrétisé entre autres dans une demi-douzaine d’ouvrages ; marqués par une préoccupation sociale même quand il s’intéresse aux footballeurs d’origine italienne qui font les beaux jours de l’équipe suisse ou qu’il rassemble des entretiens avec des personnalités issues de l’immigration transalpine. Son « opus magnus » est le récit de la vie de son père et de sa famille, Victor le Conquérant, qui fait toucher du doigt le pourquoi de sa lutte contre inégalités et injustices.

 

Nus parmi les chacals a un caractère différent : au nom du mieux-être des enfants, aujourd’hui sur notre planète, l’auteur présente informations et témoignages recueillis au cours de sa carrière de pédagogue et d’homme de culture. Vaste tableau structuré en cinq chapitres traitant de droits fondamentaux : droit à l’égalité et à la non-discrimination, aux moyens de se développer sainement, à l’amour et à la compréhension, à la protection contre l’exploitation, à des conditions de vie décentes. Mosaïque enjambant les types de maltraitance, les époques, les régions du monde, les couches sociales. A mettre en évidence comme une dimension originale très intéressante, les références à des œuvres littéraires, à des films et à des chansons qu’on trouve au fil des différentes sections.

 

Enfants exploités, négligés, abîmés dans tant de contextes, avec des effets irréversibles souvent, que traumatismes et privations font glisser dans l’aliénation sociale, la maladie, la mort. Abus insupportables commis  au nom d’une idéologie folle et meurtrière, comme pour le nazisme ; ou alors avec le but affiché de « civiliser » des populations dont les références et les modes de vie diffèrent des nôtres. Ainsi la destruction humaine et matérielle des Premières Nations aux Etats-Unis. Le film Lincoln, de Steven Spielberg, retraçant l’abolition de l’esclavage aux Etats-Unis, a retenu récemment l’attention ; y apparaît Ulysses S. Grant, commandant nordiste de la Guerre de sécession. Intéressant de savoir que Grant a, au cours de son mandat présidentiel ultérieur, tenu pour lettre morte plus de quatre-vingt accords pris par le gouvernement américain de l’époque avec les tribus indiennes…

 

Il convient aussi d’évoquer dans notre pays la funeste « Oeuvre pour les enfants de la Grande Route », qui voulait éduquer les enfants roms au « propre en ordre » sédentaire et national. Tentatives lésant gravement leur dignité et l’intégrité personnelle et sociale. L’actualité fait mentionner la commémoration pour les victimes de mesures de coercition à des fins d’assistance, à Berne le 11 avril 2013, sous l’égide de la Conseillère fédérale Simonetta Sommaruga.Citation du document y relatif : « Beaucoup des victimes en ont éprouvé une grande souffrance qui continue d’affecter leur vie de manière déterminante. Ce chapitre sombre de l’histoire de notre pays doit être préservé de l’oubli ». Important de tirer les enseignements des démarches autoritaires de systèmes dogmatiques, au nombre desquels il faut mettre des mouvements religieux, ici et ailleurs - et des dérives comme le scandale planétaire des abus sexuels par des personnes auxquelles on confie le progrès spirituel et moral des enfants !

 

Durous est un frère (en toute modestie) des « Grands Indignés » tels notre compatriote Edmond Kaiser, fondateur de Terre des Hommes, l’agronome René Dumont, ou le résistant puis diplomate Stéphane Hessel, décédé il y a peu. Penser aussi à ces personnalités dont ma trajectoire m’a fait rencontrer les idées et les ouvrages, dont dom Helder Camara, Paulo Freire, Ivan Illich. De beaux esprits disent que ces indignations amènent peu de changements et ont surtout pour effet de nous donner bonne conscience. Pour moi, il reste important de dire et redire ces choses. Tout en joignant le geste à la parole et en soutenant pratiquement les actions sur le terrain : dans la défense des droits humains, pour le respect culturel, pour l’éducation, pour l’abolition de mécanismes économiques qui font le lit de la misère, pour l’éradication de la violence vis-à-vis des femmes et des filles.

 

Avec Nus parmi les chacals, l’auteur envoie une longue lettre aux jeunes et moins jeunes, pour s’interroger sur le sens de ce que nous faisons - ou ne faisons pas – pour les enfants, alors même que nous savons les erreurs et drames du passé et d’aujourd’hui, phénomènes auto-reproducteurs de la misère et de la maladie. Souhaitons à son ouvrage de sensibiliser et faire bouger les choses.

 

 

 

Commentaires

@Jean Martin,reflets d'une période dont on aimerait parfois ne plus devoir se souvenir cependant la presse nous y ramène et le retour en arrière qui semblait pourtant avancer reste figé.Mais ce qui est écrit dans l'article est exact .Ce mal être ressenti par nos grands parents dénoncés parceque de peau plus sombre et renvoyés en Allemagne vers les camps ,laisse un gout d'amertume et ce jusqu'à la troisième génération qui ne supporte pas la sédentarité
Mais voilà vieillesse oblige avec les nombreux maux liés aux secrets de famille si longtemps portés comme un joug séculaire quand aux plus jeunes ,ils préférent carrément ne plus parler du passé,ceci ne semble plus les concerner du tout avec un grand Dommage,avant on savait on aurait voulu entendre ce qui était caché et maintenant qu'on pourrait expliquer ,plus personne ne semble intéressé.Il faut simplement essayer de les comprendre
En voyant les films programmés et les nombreuses consoles avec jeux meurtriers ou même des adultes semblent passer le plus clair de leur temps comment voulez vous qu'ensuite des jeunes aient encore l'envie d'en savoir plus sur leurs grands parents ou arrières grands parents
mais comme d'autres avant eux à un certain âge ou suite à un décès ils auront envie de savoir d'ou la très grand importance d'écrire sa vie même pour eux tous seuls,Laisser des traces avec photos ,écrits de lettres miraculeusement retrouvées et leur esprit s'éveillera à ce qu'ils préférent occulter présentement afin de vivre leur vie à eux.
Avouez tout de même l'étrangeté de la situation,obligés de nous taire afin de préserver notre intégrité car traités de menteurs et maintenant encore devoir rester muet afin de ne pas perdre ses ultimes forces pour lutter dans la vie qui devient de plus en plus compliquée grâce à l'informatisation généralisée
Heureusement les punitions pleuvaient quand on babillait en classe,notre génération était sans doute déjà préparée au pire
Car s'indigner oui bien sûr,mais face au vide alors qu'il faut déjà combler le moment présent en meublant des manques affectifs par plus de vides,pas étonnant qu'en Suisse les harasses de vins ou autres eaux minérales aient toujours eut leur comptant de vides,rire
Notre génération ne remerciera jamais assez les personnes ayant vécu 14 -18 celles-là mêmes qui nous enseignèrent à cultiver malgré tout l'optimisme ,spécial sauve garde garnie en surabondance de faits vécus et que personne ne pourra jamais renvoyer chez l'ennemi.Ultime consolation enrichie grâce au pardon qui seul permet non pas d'oublier mais d'avancer dans sa propre existance
Toute belle journée pour Vous Monsieur

Écrit par : lovsmeralda | 10/06/2013

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