30/05/2014

Soins palliatifs - Remarquable ouvrage du Professeur Borasio

 

Il faut lire « Mourir- Ce que l’on sait - Ce que l’on peut faire – Comment s’y préparer » (Lausanne : Presses polytechniques et universitaires romandes, 2014). G.D. Borasio, chef du service universitaire de soins palliatifs  à Lausanne, aborde dans cet ouvrage, concis mais très complet, les dimensions liées à la fin de vie - médicales,  physiques, psychosociales, spirituelles, juridiques - et les manières d’être meilleur aujourd’hui à ces égards. A propos d’attitudes est évoquée la vexation narcissique qu’est pour certains professionnels le fait qu’un patient meure. « Cette attitude de ‘refus d’un échec’ provoque des souffrance inutiles à bien des patients et leurs familles ». S’agissant de bienveillance médicale et de fin de vie : « La bienveillance ne revient pas à décider pour son patient mais à l’aider à prendre lui -même la décision la plus appropriée ». Parmi les angoisses répandues, il y a celles d’une mort de soif ou par étouffement. Ces points font encore débat alors que cela ne devrait plus être le cas : « Presque automatiquement, médecins et soignants prescrivent du liquide par voie intraveineuse et de l’oxygène par voie nasale (…) Ces deux mesures présentent deux inconvénients majeurs : elles sont inutiles et elles nuisent au patient » (voir pages 99 à 108, y compris sur l’usage de la morphine).

 

L’interdisciplinarité est au coeur des soins palliatifs, qui doivent inclure les compétences clés du médecin, de l’infirmière, du psychologue, du travailleur social.Dans des conditions optimales, plus de 90% des personnes en fin de vie pourraient mourir en bénéficiant d’un bon accompagnement sans avoir jamais vu un médecin spécialiste, à condition que tous les praticiens aient acquis les connaissances nécessaires. En Suisse le chemin a été balisé par l’adoption d’une Stratégie nationale de soins palliatifs, encore qu’il y ait « toujours un risque que des acteurs défendant des intérêts particuliers freinent le processus ». L’importance d’une assistance spirituelle est maintenant reconnue, notamment dans la définition de l’OMS des soins palliatifs. Le premier poste européen de professeur en assistance spirituelle au sein d’une Faculté de médecine a été créé en 2010 à Munich.

 

Le patient est au centre, bien sûr. Le professeur Borasio lui donne une liste de 12 conseils pour « réussir l’entretien avec son médecin », parmi lesquels : 1. Réfléchissez si une personne de confiance devrait vous accompagner ; 6. Commencez par raconter au médecin – s’il ne vous le demande pas spontanément – ce que vous savez, pensez ou supposez déjà ; 7. Parlez de vos peurs, de vos espoirs et de vos craintes ; 8. Posez tout de suite une question si vous ne comprenez pas ; 10. Demandez au médecin d’expliciter toutes les alternatives de la stratégie thérapeutique qu’il recommande. En cas de maladie très grave, demandez-lui si un traitement exclusivement palliatif ne serait pas aussi une bonne alternative. Un chapitre parle des dispositions souhaitables pour sa fin de vie, notamment les directives anticipées.

 

On veut croire que tous aujourd’hui, à la Faculté, à l’hôpital et ailleurs, reconnaissent le bien-fondé d’objectifs et de méthodesdifférents quand on parle de lutte contre la souffrance irréversible en fin de vie. Etant aussi rappelé que les travaux scientifiques montrent que les soins palliatifs, tout en se distançant de l’obstination thérapeutique, permettent en réalité de prolonger la vie plutôt qu’ils ne la raccourcissent – et qu’ils le font dans des conditions, en particulier de relation humaine, beaucoup meilleures.  La lecture de ce livre est hautement recommandée.

 

11:14 Publié dans Médecine | Lien permanent | Commentaires (0)

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