03/12/2014

Boris Cyrulnik (II)

La psychiatrie au cours du temps

On trouve dans Les âmes blessées des descriptions de l’état sommaire des établissements psychiatriques, voire de la psychiatrie elle-même, au sortir de la Seconde Guerre : dizaines de patients dans une même salle, dormant sur la paille parfois. Hébergés mais guère traités. « J’ai commencé ma navigation (en psychiatrie) dans les années 1960, quand les récits sociaux légitimaient la lobotomie et l’enfermement dans les hôpitaux. »

Il décrit l’évolution intervenue en France depuis cette époque, avec les deux pôles que sont la psychanalyse et l’école de Jacques Lacan, d’une part, et les tenants de la théorie de l’attachement (suivant John Bowlby, avec Françoise Dolto et d’autres), proche de l’éthologie, d’autre part.

En rapport avec l’émergence du Largactil (travaux notamment de Henri Laborit) et des psychotropes à partir des années 1950 : « Quand on évoque une nouveauté, on bouscule les habitudes de pensée. Les esprits sont encore plus chahutés quand l’innovation oblige à changer de raisonnement et à accepter l’invraisemblable découverte qu’une substance palpable modifie un psychisme invisible, non mesurable et de surcroît caché dans le monde de la faute, de la honte ou de la folie. »

Douleur et maltraitance des enfants

 « Quand nous étions jeunes médecins, nos maîtres enseignaient que les enfants ne pouvaient pas ressentir la douleur. Il ne fallait donc pas les anesthésier car on risquait de supprimer l’expression des symptômes. On suturait leurs plaies, on arrachait leurs amygdales  et on réduisait leurs fractures sans anesthésie. »  (je suis un quasi-contemporain de Cyrulnik ; je n’ai pas vu cela et n’arrive guère à y croire - J.M.).

Sous le titre « Oser penser la maltraitance », il souligne la difficulté que les cliniciens ont eu, jusque dans les années 1960, à admettre la notion d’enfant battu, à accepter que des parents ne voulaient pas toujours le bien de leur enfant (rappelant le travail pionnier de Kempe et Silverman). Qui était étudiant ou médecin assistant à cette période se souvient effectivement d’un scepticisme avec lequel ont d’abord été accueillies les publications sur le « battered child syndrome ».

Réaction venue d’outre-Atlantique : « Après la Seconde Guerre, la psychanalyse américaine a légitimé l’éducation du laissez-faire. Le désir, disait-elle, témoigne d’une montée d’énergie saine. Le docteur Spock est devenu mondialement célèbre par ses conseils éducatifs, disant que l’enfant est une personne qu’il ne faut pas brimer pour éviter la névrose. »

Perspective  historique: « A l’époque où le mariage ne servait qu’à fabriquer du social, il était logique de penser qu’un enfant qui naissait hors mariage devait être malformé ou tourmenté. Ses souffrances servaient de preuve à la nécessité morale de se marier. On maltraitait, on humiliait les survivants qui quittaient l’orphelinat pour la maison de correction. » 

 

 

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