20/01/2015

Liberté sans limites ?

Dans la foulée de "Je suis Charlie",  il faut évoquer la !aïcité « républicaine » de nos voisins français. Rigide, ombrageuse, à cran si je peux dire, elle est dans ses effets anti-religieuse. Est-ce le bon modèle, qui devrait cas échéant être exporté plus loin ? Je ne le crois pas. Qu’on appartienne ou pas à une religion, le fait religieux existe et ne va pas disparaître prochainement de nos sociétés.  Le modèle (suisse, entre autres) de la neutralité religieuse des pouvoirs publics parait bien préférable. Un cadre constitutionnel laïc doit tenir compte des religions, dialoguer avec elles. Préférable pour les grands « groupes de référence » dans la société de tirer à la même corde, dans une perspective de  vivre ensemble respectueux, de  « santé »  et équilibre de la collectivité. Une semaine après le 7 janvier déjà, prenant du recul par rapport à l’unanimisme sans faille qui s’était manifesté, des observateurs ont appelé, entre autres choses, au soutien par les pouvoirs publics de la formation des prêtres, imams, etc. Pas pour leur apprendre la théologie mais pour débattre des caractéristiques de la collectivité dans laquelle ils oeuvrent, dans une optique de « santé psycho-sociale » si je peux dire. Pour la vie en société et pas la guerre en société. Je souhaite que nous voyions  un mouvement serein de rencontre(s), respectueux et raisonné, et pas une extrêmisation délétère de positions qui s’agressent, au nom d’une liberté sans aucune limite qui n’est à mon sens pas jouable sans des dégâts dramatiques comme ceux que nous avons vus.

03/01/2015

A propos d'Afrique du Sud, d'entomologie et d'autres choses

 

 

 

Je ne sais plus qui m’a offert "Le Fléau", de David Van Reybrouck (Actes Sud, 2014), il y a deux ou trois ans. Joli objet des Editions Actes Sud. Je décide de l’ouvrir et ne l’ai pas lâché. L’auteur est un universitaire belge (né en 1971), qui a étudié l’archéologie et la philosophie. Son point de départ est un litige historique que Van Reybrouck cherche à élucider. Avec pour protagonistes, à distance, le grand écrivain symboliste Maurice Maeterlinck , premier Prix Nobel belge de littérature, et un chercheur et écrivain sud-africain, largement autodidacte, Eugène Marais. Ce dernier s’est notamment intéressé, sur le terrain, à plusieurs familles d’animaux et a publié dans les années 1925 -26, dans un journal de son pays, des textes sur la vie des termites.

 

Maeterlinck, connu d’abord pour ses œuvres poétiques, a aussi publié des ouvrages naturalistes, dont le très connu « La vie des abeilles » et, en 1927, « La vie des termites ». Dans les années qui ont suivi, de vives critiques ont émané d’Afrique du Sud, accusant Maeterlinck d’avoir plagié, en puisant dans les textes de Marais sans en aucune manière lui donner crédit.

 

Dans les années 1990, Van Reyvbrouck s’est passionné pour cette affaire, d’une manière alliant la recherche bibliographique et la précision de l’académique à la motivation du journaliste d’investigation. Cela donne un récit de 400 pages qui vaut le voyage. L’auteur a rassemblé une large documentation, il est allé plusieurs sur le terrain, surtout dans la région de Pretoria.

 

Il a parcouru la région du Nord-Transvaal où Marais a passé des années. Van Reybrouck avance progressivement, les péripéties de sa recherche de témoins de l’époque et de la vie de Marais sont remarquablement décrites. Poursuite assidue : qu’il s’agisse de documents dans diverses bibliothèques ; d’éléments matériels (fermes délabrées où Marais a vécu quelque temps, objets) ; de localités et régions où des souvenirs de lui sont présents.  La conclusion de ses travaux attentifs reste une vraisemblance seulement (qu’il y a eu plagiat dans une mesure limitée).

 

Couplé à cela des descriptions du pays, des paysages, de la faune et flore. Et, autre dimension, description de l’Afrique du Sud au moment d’une mutation majeure, l’indépendance en 1994 et l’arrivée du pouvoir noir avec le président Mandela. Travail de la Commission Vérité et Réconciliation (1996-1998), ses remarquables réalisations mais aussi ses  limites (par exemple, un tiers des Blanc invités/convoqués par le Commission ont simplement refusé de se présenter). Réflexions sur l’avenir du pays : il y a encore dans certains milieux un racisme inchangé, explicite ; on veut croire que, le temps passant, les mentalités évolueront. Restent aussi des défis majeurs quant au vivre ensemble dans ce pays et au nécessaire « rattrapage », au plan socio-économique et de l’éducation/formation en particulier, des Noirs et des autres minorités.

 

Même si on juge ne pas être grandement concerné par ce qui se passe au sud de l’Afrique, cette stimulante lecture vaut par ses qualités littéraires, de recherche historique et de présentation du présent.

 

 

 

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