20/02/2015

La violence domestique, un grave problème actuel

 

 

 

Violences domestiques – Prise en charge et prévention, par Marice-Claude Hofner et Nataly Viens Python

Lausanne, Presse Polytechniques et Universitaires Romandes, 2014.

 

La maltraitance est aujourd’hui un sujet majeur de santé publique et sociale. Longtemps, ni les médecins ni les responsables locaux ou sociétaux ne se sont trop préoccupés de la violence domestique. Héritage du droit de vie et de mort du pater familias romain, on acceptait que le chef de famille était libre d’agir comme il l’entendait dans son propre foyer. De plus, pour des raisons de principe ou de crainte d’être intrusif, on préférait ne pas se mêler « de ce qui ne nous regarde pas ». Jusqu‘il y a quelques décennies, voyant de petits enfants arriver à l’hôpital avec contusions, fractures ou brûlures, la première réaction n’était pas d’imaginer que les parents puissent en être responsables (en dépit des études pionnières de Kempe et Silverman aux USA). Citation : « Ces hommes et ces femmes [battus] ont été en contact avec leur médecin, leur gynécologue, le médecin de l’entreprise, d’autres encore, et aucun de ces professionnels ne leur a posé les questions qui auraient permis de susciter une confidence (…) Une patiente dira : ‘ J’aurais tant voulu qu’on me demande, en tête-à-tête, si j’avais une autre version des faits’ » (référence ici aux maris pour qui il n’est pas question de laisser leur épouse seule avec un-e soignant-e).

 

Cet ouvrage est une belle démonstration de démarche de santé publique, en Suisse romande. Les institutions et professionnels médico-sociaux ont progressivement émergé d’une sorte de cécité à cet égard. A noter l’engagement alors de la pédopsychiatre Odette Masson ; le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) est devenu un partenaire majeur. Depuis 2000, un programme de prévention de la violence conjugale, « C’est assez », est mis en place à Lausanne, par le Bureau cantonal de l’égalité, le Centre des urgences du CHUV et l’Institut universitaire de médecine sociale et préventive. Vu l’importance des aspects médico-légaux, est créée en 2005 l’Unité de médecine des violences (UMV), rattachée au Centre universitaire de médecine légale.  Ouverture d’une consultation hospitalière en 2006, au sein de laquelle des infirmières spécifiquement formées collaborent avec les médecins légistes.

 

Les auteures se réfèrent à un « modèle écologique de la violence», soutenu par l’OMS,  avec quatre volets étroitement imbriqués : individuel, relationnel, communautaire et sociétal. Se basant sur une démarche prenant en compte les circonstances des personnes, de leur milieu proche et plus large. Développant des actions multisectorielles avec l’ensemble des services concernés : professionnels des soins et du social, policiers, instances judicaires etc. Créant des réseaux pour répondre aux besoins des personnes maltraitées, disséminant des « cartes du réseau » - permettant à chacun, quel que soit son lieu d’observation et de travail, de se mettre sans délai en rapport avec ceux dont les compétences et moyens sont nécessaires au traitement immédiat et à la gestion ultérieure d’une situation de maltraitance. Le réseautage est renforcé par des entretiens, visites sur le terrain (y compris journées et nuits passées avec des policiers), rencontres de formation. Traitement de problèmes juridiques comme celui, pas rare, de l’épouse battue d’origine étrangère qui risque de perdre son permis de résidence si elle quitte le domicile conjugal.

 

L’Unité de médecine des violences progresse, non sans avoir à faire face à certains obstacles : « Difficulté structurelle à développer des projets transversaux au sein d’institutions conçues et organisées en secteurs disciplinaires traditionnels ». Aussi, les auteures relèvent que, même si un tel programme est indispensable, les travaux scientifiques comme les expériences pratiques montrent que les  mesures à prendre doivent largement dépasser le domaine de la santé, et sont de la responsabilité de la communauté et des décideurs politiques et économiques concernés (s’agissant entre autres d’équipements sociaux, de conditions de logement et de travail). Affirmation d’un axiome de santé publique.

 

A noter un élément d’importance encore, dans le sens de l’évolution actuelle de partenariat avec les patients, de leur ‘empowerment’ : « L’expérience des femmes et des hommes [victimes et/ou auteurs] qui se sont émancipé de relations violentes, leur appréciation des messages et des formes d’aide proposées doivent désormais enrichir la réflexion et l’action des responsables de programmes. »