24/04/2015

Démarche éthique dans l'activité soignante et sociale - Pourquoi, comment ?

 

 

Que faut-il entendre par éthique ? Dans les dictionnaires et traités, on trouve des sens divers : selon les auteurs ou groupes concernés, les distinctions, les « limites », entre éthique, déontologie, attitudes professionnelles, morale voire spiritualité, ne sont pas posées de la même manière ou au même endroit. Pratiquement, je trouve bonne la formule d’Eric Fuchs, professeur d’éthique à l’Université de Genève dans les années 1990, disant que faire œuvre éthique, dans une situation donnée, c’est rechercher « Comment faire pour bien faire ? »

 

Des défis majeurs sont aujourd’hui lancés à la médecine, aux institutions sociales et plus généralement à la société. Les avancées scientifiques et des techniques biomédicales toujours plus performantes permettent quasiment de déchiffrer notre corps comme « à livre ouvert », et d’y intervenir de façon inouïe jusqu’ici – en bousculant des idées admises et ce qui réglait la vie des familles et de la collectivité. Le « tsunami gris » du vieillissement démographique et la manière de répondre (quantitativement comme qualitativement) aux besoins des personnes âgées sont très vivement à l’ordre du jour des pouvoirs publics. Les réponses à élaborer ne sont évidemment pas seulement matérielles et techniques mais aussi du registre communautaire et de l’éthique. Comment faire pour bien/mieux vivre ensemble ?

 

D’abord, une dimension fondamentale est le respect de l’autre et de ses droits et intérêts, de sa dignité en particulier. Depuis l’irruption des préoccupations bioéthiques (éthique dans la biomédecine et les soins), grosso modo depuis les années 1970, de grands principes sont mis en exergue : respecter l’autonomie du patient/client, oeuvrer dans un sens de bienfaisance, éviter la malfaisance, rechercher l’équité et la justice.

 

Un chapitre important, parfois insuffisamment connu, est celui des règles concernant les relations entre soigné et soignant, client et prestataire. Ce qu’on appelle les droits des patients, qui sont maintenant ancrés dans des lois : le droit du patient/client à l’information, complète et compréhensible, donnée spontanément ; condition d’un consentement éclairé ; l’accès au dossier, le droit de rédiger des directives anticipées (qui sont contraignantes pour les professionnels), entre autres.

 

Aujourd’hui, des enjeux éthiques majeurs se jouent dans trois domaines/périodes de la vie. D’abord au début de celle-ci, avec des problèmes de toujours (comme l’interruption de grossesse) et les potentialités nouvelles extraordinaires de la procréation médicalement assistée - faisant considérer séparément procréation et sexualité, voire procréation et filiation. En cours de vie, il y a les possibilités et moyens de prévention des maladies et de transplantation d’organes notamment ; on parle aussi d’« amélioration » de l’être humain, d’aller au-delà de l’humain (post-humanisme) – parfois des rêves un peu fous... En fin de vie, c’est la problématique de l’« acharnement thérapeutique », qui doit être dépassée par le développement des soins palliatifs. La Suisse retient l’attention à l’étranger par sa tolérance de l’assistance au suicide. D’autres pays permettent l’euthanasie (où c’est une tierce personne, et non pas le malade concerné lui-même, qui fait le geste ultime).

 

Un point encore : de l’avis général aujourd’hui, les professionnels doivent être attentifs à éviter une attitude indûment directive, ‘autoritaire’ quand ils sont amenés dans leur travail à formuler des avis ou recommandations touchant à l’éthique - à savoir, éviter une approche où le professionnel tend à imposer ses propres priorités morales. NB : on peut faire état de ses convictions, notamment si cela est sollicité par le client/patient. Mais il importe de se souvenir que, chez nos contemporains, on trouve des cadres de référence et systèmes de valeurs différents. Dans des situations difficiles voire conflictuelles, le professionnel le gardera à l’esprit, en prenant du recul et en donnant attention à d’autres points de vue légitimes.

 

C’est dire que l’échange interpersonnel et interdisciplinaire et le débat respectueux sont essentiels dans le travail éthique. L’Académie suisse des sciences médicales a émis des recommandations en la matière ; à propos de l’attitude fondamentale nécessaire, elle dit entre autres : « faire preuve d’introspection sur ses propres choix de valeur ; être prêt à reconsidérer son avis initial à la lumière d’une discussion commune, notamment avec des personnes de points de vue différents ; être ouvert aux autres disciplines et professions ; avoir une vision réaliste du quotidien. » Dans cette optique, la capacité d’écoute et celle de montrer à l’autre (aux autres) intérêt, respect, soutien et empathie sont au premier plan. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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