18/05/2015

La mort et nous par la bande dessinée

 

La Fondation La Chrysalide est un centre de soins palliatifs ouvert à la Chaux de Fonds en 1998 et qui depuis 2006 fait partie de l’Hôpital Neuchâtelois. Elle a pour mission de promouvoir la qualité de l’accompagnement en fin de vie dans les lieux de soins (domicile, institutions, hôpitaux).

Dans une démarche originale, la fondation a publié en 2012 une brochure qui a retenu l‘attention, « A la vie… à la mort ! », rassemblant des contributions sur« l’avant », « l’autour de » et « l’après » la mort. Dans un esprit semblable de communication avec le public, elle publie en 2015 une série de trois bandes dessinées, touchant les mêmes thématiques.  

« Je meurs » (Hélice Helas Editeur, 2015, 60 pages) est la première, qui vient de sortir : treize histoires courtes, par des auteurs de bandes dessinées de notre pays. Elle met l’accent prioritairement  sur les sentiments de la personne qui meurt mais ceux des proches apparaissent aussi; la deuxième, « Tu meurs », évoquera ceux des personnes qui perdent un être cher tandis que la troisième, « Il meurt », abordera les rapports à la mort en général. « Je meurs » est un album de 60 pages. Le Dr Ph. Babando, président de la fondation, en signe la préface dans laquelle il raconte la trajectoire d’un cancéreux telle qu’il a pu en suivre dans sa pratique.

Les contributuons sont de styles divers et se passent dans des contextes divers. Certaines décrivent/incluent le milieu médical et hospitalier. La première, touchante, illustre le dialogue de petits-enfants avec un grand-père dont la santé décline. Il y a celle de l’adolescent victime d’un grave AVC, de ses parents à son chevet et des soignantes dont les efforts  n’éviteront pas l’issue fatale. Une femme jeune mourante qui pense aux rapports avec ses proches, à leur douleur, à sa colère (« de n’avoir pas su guérir, qu’on me parle de tout et de rien comme si tout allait bien,  contre moi même d’exiger que vous acceptiez l’inacceptable »). Des dialogues entre le patient et son corps qui a mal, qui cache des choses, qui ne veut plus bouger (est absent), qui s’affaiblit, qui « m’attire vers les grands fonds. » Une BD évoque le chagrin amoureux d’une jeune fille, ses pulsions suicidaires puis, comme des clips télévisuels dont on parle en ce moment, la voit écrasée par une voiture alors qu’elle consulte son I-phone. Une est située en Afrique dans un contexte d’exactions violentes. Enfin, dernière BD de la plaquette, évocation d’un patient « mort durant quelques minutes » après un accident de voiture et qu’on parvient à réanimer sans séquelle neurologique - « J’étais [à nouveau] vivant. » 

La plupart de ces histoires sont réalistes. Certaines ont une dimension plus ou moins onirique, fantasmée : rencontre avec la Mort faucheuse ou pincée de science-fiction, avec survenue d’engins spatiaux et d’animaux fantastiques…  On trouve aussi le fameux tunnel au bout duquel luit la lumière. Le dessin va du « bien propre sur soi », si je peux dire, à des styles très originaux, parfois poétiques, parfois côtoyant le trash.

On retrouve, explicitement ou entre les lignes, les stades popularisés par Elisabeth Kubler Ross dans la confrontation à la maladie grave : surprise/dénégation, colère, marchandage, dépression, acceptation.

Parmi les publications qui fleurissent autour de la fin de vie, « Je meurs » retiendra l’attention du public adepte de bandes dessinées, mais pas seulement. Cet album se prêtera bien à utilisation/animation dans des groupes de jeunes ou dans les écoles, en stimulant réactions, réflexions, discussions. Je veux croire qu’elle rencontrera le succès.

 

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