05/07/2015

Pour une vraie éthique planétaire, de l'intérêt général

 

 

 

A propos de:  La tyrannie des modes de vie – Sur le paradoxe moral de notre temps. F-33310 Lormont, Ed. Le Bord de l’Eau, 2015.

 

Mark Hunyadi, né en 1960, est un philosophe suisse. Après les Universités de Genève et Laval au Québec, il est professeur depuis 2007 à l’Université de Louvain.  Son dernier ouvrage lance un pavé dans la mare, appelant à substituer une « Grande éthique » porteuse de sens à ce qu’il appelle la « Petite éthique » actuelle (celle à laquelle  s’attachent  l’essentiel des travaux en bioéthique) qui à son sens sert à pasteuriser un système insoutenable.  « Nous vivons un paradoxe si manifeste que nous ne le voyons plus. Une véritable inflation éthique, par la multiplication des comités, chartes, conseils, tous censés protéger les droits individuels, [fait que] des modes de vie de plus en plus contraignants, qui échappent à tout contrôle, étendent leur emprise.  » Aussi : « C’est comme si nous luttions avec acharnement pour la liberté de choisir la couleur des briques  de notre propre prison.» 

 

L’éthique est vassale du système, dit-il.  Nos débats éthiques servent-ils surtout de blanc-seing aux avancées tous azimuts des sciences et techniques ? Il y a là une question que se posent tous ceux qui se préoccupent de bioéthique.  A quoi devrait ressembler, selon l’auteur, la « Grande éthique » nécessaire : "Ce n’est pas la lettre des articles des droits de l’homme que nous défendons, comme le ferait un juriste procédurier, c’est leur sens, c'est-à-dire cette notion d’égale dignité " (de et pour tous).

 

 L’empereur est nu, s’agissant d’éthique globale, c’est ce que dit Hunyadi. Comment avancer mieux ? Formaliser et mettre en œuvre des droits « communautaires » (mais le mot n’est guère aimé dans certaines acceptions), « sociétaux » ? Mais on sait les difficultés qu’il y a à définir l’intérêt général, même si d’une façon ou de l’autre c’est indispensable – c’est notamment ce que s’attache à faire la santé publique.  Qui donne attention aux intérêts des générations futures – eux aussi difficiles à préciser, relèvent nos critiques ! Il reste vraisemblable que l’accent quasi exclusif mis sur des droits individuels toujours plus nombreux et dont chacun exige la concrétisation, devrait être revisitée dans un sens moins égocentré, plus solidaire – étant entendu qu’on ne saurait jeter aux orties les acquis des droits humains. Promouvoir un changement de conscience et de pratiques de tous, en particulier des nantis, comment ?

 

Hunyadi demande - comme d’autres l’ont fait - la création d’une nouvelle Chambre, en complément au système politique bicaméral usuel.  Un Parlement (virtuel) des modes de vie, « institution qui, instaurant le commun [à savoir une préoccupation centrale pour les biens et l’intérêt communs] ébranlerait le pilier de nos démocraties libérales, celui du partage strict entre une sphère publique devant obéir au principe de neutralité  et la sphère privée où s’exerce le libre choix de chacun. » On peut penser que sa mise en œuvre rencontrera(it) des obstacles formidables, par la mise au défi du système démocratique où chacun vote pour l’essentiel selon son intérêt propre à court terme. Même si la manière de concrétiser les propositions de l’auteur reste mal définie, on peut penser que (sous peine de fin d’histoire ?) il faudra trouver les voies et moyens d’une ‘Grande éthique’, planétaire, allant au-delà des seuls droits des individus.

 

 

 

 

 

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