07/08/2015

Nature en crise - L'écologie est forcément politique

 

 

 

 

 

 

 

A propos de

 

Nature en crise – Penser la biodiversité

 

Vincent Devictor

 

Paris : Seuil, 2015, 358 pages

 

Vincent Devictor est chargé de recherches à l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier, ses travaux sur la dynamique de la biodiversité  retiennent l’attention. II publie un substantiel ouvrage sur ce sujet. Présentation large de que qu’il faut entendre par biodiversité et des réflexions et travaux sur cette question au cours du temps -  essentiellement depuis la fin du XIXe siècle jusqu’aujourd’hui.

 

Ce livre très bien informé, fourmillant d’indications historiques et scientifiques, a cinq chapitres. Le premier, « Une crise du vivant », brosse un résumé de l’histoire  de la vie sur la Terre, montrant pourquoi nous sommes actuellement à un moment de crise. Parmi beaucoup de sujets, il discute la notion d’Anthropocène : par quoi on veut dire un effet de l’Homme sur la planète et ce qui y vit qui peut se comparer aux périodes géologiques classiques, bien qu’elle se déploie dans un temps beaucoup plus court. Le deuxième chapitre est consacré à l’éthique nouvelle impérativement nécessaire. Ceci en soulignant que la problématique écologique  doit être considérée dans le cadre de la société en général et que, s’agissant de prendre des mesures correctrices, il est simplement indispensable d’être en lien avec le champ politique.

 

On sera intéressé par la discussion des thèses et objectifs des deux doctrines principales que sont la préservation et la conservation : cette dernière ayant un but général de bonne gestion/gouvernance de l’environnement,  l’objectif de la première étant la sauvegarde, sur la prémisse d’une valeur intrinsèque attribuée à la nature et ses composantes – avec les conséquences  philosophiques et éthiques y relatives. Les figures historiques principales de ces deux visions, qui connaissent leurs conflits, sont aux Etats-Unis John Muir (1838-1914), préservationniste qui veut protéger la wilderness, et le forestier conversationniste Gifford Pinchot (1865-1946).

 

Les chapitres 3 et 4 sont techniques voire mathématiques : aspects auxquels il faut s’attacher dans la mesure où plusieurs notions importantes dans le domaine traité sont en fait difficiles à cerner et à définir, entre autres parce qu’elles  admettent des modalités d’approche différentes. Le dernier chapitre discute le lien avec la politique au sens large (« l’absence de rupture entre savoir scientifique et enjeux politiques »). En particulier les différentes démarches (conférences etc.) et réalisations (conventions , lois) intervenues au cours des décennies – malheureusement sans que les progrès enregistrés soient à la hauteur des paroles et des écrits. Un appareil de notes rend compte de l’importance de la bibliographie pertinente.

 

Cet ouvrage est bienvenu comme une présentation très complète de ce qu’il faut entendre par biodiversité et sa sauvegarde :  sur l’état de la science (des connaissances), sur les directions stratégiques envisageables et sur les besoins d’actions conjointes, localement et globalement - rassemblant le biologique, le social, l’économique, le politique. La nécessité d’une éthique nouvelle et d’un développement durable sont discutés. « Investir les problèmes de  biodiversité, c’est investir l’imprégnation réciproque entre faits et valeurs. Personne ne dit que c’est facile. Mais il se trouve que c’est nécessaire et passionnant. (…) Quoi qu’il en soit, les sciences de la biodiversité bousculent les étanchéités souvent admises ou défendues entre science, politique et société. »

 

 

 

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