23/08/2015

C'est ainsi que les hommes meurent

 

 

 

A propos du livre de ce titre du Dr Jean Leonetti (Editions Plon/Tribune libre 2015).

 

Le cardiologue Jean Leonetti a donné son nom à la loi du 22 avril 2005 relative aux droits des malades et à la fin de vie, principal document législatif traitant de cette problématique en France. A quoi il faut ajouter le Rapport de décembre 2012 de la Commission de réflexion présidée par le prof. Didier Sicard - mais qui n’a pas valeur légale. Le rapport Sicard décrivait  comment « on meurt mal en France aujourd’hui ». Plusieurs observateurs toutefois relèvent que, si les dispositions de la loi Leonetti étaient appliquées, la situation serait nettement plus satisfaisante ; parce qu’on renoncerait vraiment à l’obstination médicale déraisonnable, on traiterait mieux la douleur, on prodiguerait la sédation profonde.

 

Le Dr Leonetti publie un ouvrage sur la mort, le mourir et, en contre-chant, la vie. Panorama substantiel de ce que la réalité et l’inéluctabilité de la mort, les idées ou craintes qui y sont liées, a suscité chez les philosophes, les doctrines religieuses, les écrivains. En abordant les questions très actuelles posées dans la pratique et l‘éthique médicales. J'ai été intéressé d’approcher ainsi les positions d’un confrère qui a beaucoup influencé la pensée en France. Plusieurs éléments de doctrine qui valaient jusqu’ici comme intangibles devraient pouvoir être discutés, aménagés sur certains points - en rapport avec la réalité que le tableau général de la maladie et du mourir, et donc la pratique de la médecine, ont profondément changé. Changements qui, couplés à la promotion des droits des patients, notamment le respect de leur autonomie, demandent de sérieux réexamens : vis-à-vis de la douleur et de sa prise en charge, de la maladie terminale, des souhaits et déterminations propres des malades, y compris s’agissant de refus de mesures médicales (supplémentaires) et d’aide à soulager une agonie.

 

Ce qui est remarquable dans « C’est ainsi que les hommes meurent », c’est la dimension réaliste, pondérée, attentive à la vie des gens, des positions de l’auteur : on n’y trouve pas un certain côté militant conservateur, voire simpliste, qu’on aurait pu imaginer ; chez une personnalité qui aurait pu vouloir souligner de manière combative  la « différence »  ou  l’ « exception » française, par rapport notamment aux positions anglo-saxonnes plus libérales. Cela pourrait confirmer que, si ce qu’il promeut était généralement appliqué,  dès aujourd’hui on mourrait moins mal en France.

 

En fait, et c’est un médecin suisse impliqué en bioéthique qui l’écrit, si ce qui est présenté dans ce livre était mis en œuvre, la réalité pratique ne serait pas aussi différente, entre la France et la Suisse par exemple, qu’on pourrait le penser en lisant les fortes prises de positions de ténors politique et sociétaux, vouant aux gémonies toute éventualité d’admettre dans certains cas une assistance au suicide.  Regrettable d’en parler de manière manichéiste alors que, en réalité, la vie, le mourir, la médecine ne sont jamais en noir ou blanc, mais sont faits de continua de nuances de gris.

 

Une citation : « Les médecins génèrent quelquefois des situations de survie qui apparaissent insupportables pour les sujets qui les subissent et leur entourage. Cette remise en cause de l’action médicale déstabilise le monde des soignants, à qui il faut apprendre  ou réapprendre à s’abstenir de toute action et à mieux  prendre en compte la volonté du malade. » C’est l’acception actuelle de l’adage médical ‘D’abord ne pas nuire’.  

 

Le livre bénéficie d’une préface de Robert Badinter, ministre dela Justice qui a fait abolir la peine de mort en 1981.  « Je pense, écrit-il, qu’il est temps que, dans les Déclarations des droits humains, soit inscrit le droit à ne pas souffrir, avec comme corollaire le droit aux soins palliatifs et à la sédation profonde ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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